ToulÉco

Publié le jeudi 26 septembre 2019 à 20h46min par Sophie Arutunian

Plateforme logistique de Toulouse Fondeyre : les limites de ce nouvel équipement

Le centre logistique qui sortira de terre à Toulouse Fondeyre d’ici 2021 vient d’être lancé en grande pompe. Mais au-delà du dernier kilomètre, La Poste et les pouvoirs publics doivent tenir compte d’autres problématiques. Le géant du e-commerce Amazon en est une.

A quatre kilomètres de Toulouse, une zone logistique de neuf hectares, avec une plateforme de 19.500 m2 : la future zone de Logistique Urbaine de Toulouse Fondeyre se présente comme la première plateforme régionale dédiée au dernier kilomètre. Un premier pas pour désengorger le centre-ville à l’heure où le e-commerce prend une place de plus en plus importante, engendrant un flux de colis à livrer aux particuliers sans précédent.

Portée par La Poste, la Caisse d’Epargne Midi-Pyrénées et La Semmaris dans le cadre d’une concession de Toulouse Métropole, cette plateforme au nord de Toulouse ne régulera pas pour autant à elle toute seule les nuisances liées à une logistique urbaine non maîtrisée. La très forte présence d’Amazon et de ses chauffeurs-livreurs, ainsi qu’un manque d’anticipation des politiques affaiblissent la puissance de frappe du site de Fondeyre.

Impliquer Amazon dans les changements de comportements ?

Que valent tous les efforts de La Poste pour réduire les nuisances dues aux livraisons de colis, si le géant américain Amazon continue de ne pas en faire ? C’est en substance la question que pose Michel Colombié. Le vice-président d’Eurosud Team, qui a soutenu la création de la plateforme de Fondeyre, s’explique : « le modèle économique d’Amazon s’arrête à leur plateforme de Toulouse Sud, qui est du reste un très bel entrepôt. Mais après, ce sont plusieurs dizaines de sous-traitants et auto-entrepreneurs qui livrent chez les particuliers, sans aucune coordination », explique-t-il. « Ainsi, si quatre personnes dans une même famille commandent chacun un objet sur Amazon, quatre fois dans la journée un fourgon - à chaque fois une société différente - va venir livrer le foyer. Pendant que La Poste essaie de mutualiser ses flux et optimiser ses process pour désengorger l’espace public, Amazon prend la place avec ses camions ».

La solution ? Une politique globale forte qui impliquerait Amazon, selon Michel Colombié. « Nous pourrions imaginer que les pouvoirs publics établissent un cahier des charges strict pour établir une deuxième zone logistique au sud de Toulouse, en délégation de service public. Si Amazon gagne cet appel d’offres, ils seront forcés de changer de comportement. Mais c’est aux politiques de poser les règles du jeu via le cahier des charges, en imposant par exemple 100 % de véhicules électriques ».

D’autres plate-formes nécessaires

Et l‘éventualité d’une deuxième, voire d’une troisième plateforme logistique autour de Toulouse n’est pas absurde : « La plateforme de Fondeyre va désengorger uniquement le nord de Toulouse. Il en faudrait au moins deux autres, rapidement », martèle Michel Colombié, pour qui Toulouse en est aux prémices en matière de logistique urbaine : « Qu’il s’agisse de Toulouse, de Montpellier ou de Grenoble, les élus se montrent satisfaits car ils lancent une plateforme logistique. Il y a une volonté, c’est formidable, mais ce n’est absolument pas suffisant, il ne faut pas s’endormir sur ses lauriers, il faut anticiper davantage ».

Le spécialiste des transports note enfin un autre point d’amélioration : l’accès pour les camions au site de Fondeyre. « Quand on parle de dernier kilomètre, on sous-entend que tout ce qui se passe avant fonctionne bien, mais ce n’est pas le cas. Il faut déjà alimenter le hub dans de bonnes conditions. Fondeyre étant intra-muros, si les camions sont coincés avec trois kilomètres de bouchons en amont du péage, vous pouvez mettre le meilleur service de dernier kilomètre, ça ne servira à rien ». Des aménagements d’accès seraient donc souhaitables pour optimiser le site. « Il faut traiter la logistique urbaine comme on traite l’accessibilité : ce doit être un réflexe à chaque fois que l’on emménage un espace urbain. »
Sophie Arutunian

Sur l’image : une vue d’architecte de la future plateforme de Fondeyre. Crédits DR.

Zoom sur… Eurosud Team

Eurosud Team est une association loi 1901, créée en 1992, qui développe une activité de veille stratégique, de promotion et de communication en faveur des grands projets de transport, en particulier ferroviaires, au sein du Sud-Ouest européen. En clair, c’est un outil de lobbying auprès des pouvoirs publics, qui a notamment été très présent dans le débat sur la LGV.

Eurosud Team possède une expertise dans les domaines de la conduite des grands projets, de la construction et de l’exploitation d’infrastructures ferroviaires, de la logistique et des transports, de l’aménagement, du financement et de la concertation.

Valérie Cormier est directrice de l’association, qui est présidée par Jean-Louis Chauzy. Michel Colombier, qui s’exprime dans cet article, est vice-président. Il a également les casquettes de vice-président de la CCI du Tarn, élu CCI d’Occitanie et président de l’ORT Occitanie, l’Observatoire régional des transports. Entrepreneur, il est directeur général de Lead Tech, basée dans le Tarn.