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Publié le mardi 18 avril 2017 à 23h04min par Johanna Decorse

Présidentielles 2017. L’analyse éco du programme de : Benoît Hamon

La rédaction de ToulÉco se met au diapason des présidentielles. Nous avons demandé à un panel de décideurs - économiste, patron, syndicaliste, etc. - d’apporter leur éclairage sur les programmes économiques des principaux candidats. Aujourd’hui, celui de Benoît Hamon.

Le revenu universel : c’est la mesure phare du candidat Hamon. Les modalités du « revenu universel d’existence » ont fluctué depuis les primaires et son périmètre définitif devrait être arrêté lors d’une « conférence citoyenne » en 2019. La première étape de ce projet serait le versement du revenu universel pour les 18-25 ans et l’ensemble des salariés touchant « jusqu’à 1,9 smic pour un coût de « 35 milliards d’euros » .

Grégory Martin : La CFDT a commencé à réfléchir à cette question il y a cinq ans, bien avant qu’elle ne devienne un enjeu présidentiel. Nous avons un désaccord profond avec Benoît Hamon sur sa justification du revenu universel, à savoir la fin du travail. Son analyse, de notre point de vue, n’est pas la bonne et l’outil qu’il souhaite mettre à disposition du plus grand nombre, une erreur. Nous considérons que le travail va continuer à exister et à s’amplifier et donc que ce n’est pas la fin du travail mais la fin du travail à vie. Pour nous, le revenu universel doit être attaché à des périodes de transition, pour financer un moment de vie. Il pourrait participer à la sécurisation des parcours au moment où les gens subissent contre leur gré une rupture ou font le choix d’aider par exemple une personne en fin de vie, d’intervenir dans une association ou pour des artistes, de mener un projet de création.
Par ailleurs, il ne s’agirait pas que l’Etat et la collectivité se dédouanent de la question de la formation professionnelle, de la pénibilité, de l’accompagnement de celles et ceux qui sont le plus éloignés de l’emploi, en donnant 800 euros et en disant : « Tu te débrouilles pour tout ». Ce ne serait plus « faire société ».

Gilles Nakache (photo) : Une prestation versée sans condition d’effort est quelque chose qui me pose problème en tant que chef d’entreprise. Par rapport aux sommes annoncées, même si elles sont passées de 450 milliards à 35 milliards, il faut être sérieux et revenir à une réalité : qu’est-ce que l’on peut faire aujourd’hui pour redresser la France ? Benoît Hamo veut financer le revenu universel par la suppression de l’évasion fiscale – facile à dire, encore faut-il y arriver – la réduction des niches fiscales, du CICE et par la taxe sur les robots… En France nous avons 127 robots pour 10.000 employés avec un taux de chômage de 10%, l’Allemagne en a 301 pour 3,9% de chômage et les Etats-Unis, 167 robots pour 4,8%. Les pays les plus riches aujourd’hui sont ceux qui ont le plus de robots. Il faut être réaliste sur le plan économique.

Pierre-André Buigues : La justification qui est donnée du revenu universel ne tient pas la route. Les pays européens les plus riches, comme l’Allemagne ou les pays nordiques, ont un taux de chômage très faible. Je ne crois pas à cette thèse de diminution du travail. Par ailleurs, si l’on donne un revenu universel de façon automatique, sans conditions, cela va créér des effets très négatifs. La France est dans un situation financière très difficile. On bute complètement contre des contraintes financières que nous impose notre appartenance au traité. Si l’on augmente les dépenses comme le propose Hamon, on va se retrouver hors de l’euro. De plus, on a en France beaucoup moins de robots qu’en Allemagne, en Italie ou en Espagne. Si l’on veut améliorer l’efficacité de l’appareil productif français, c’est au contraire une aide à l’investissement qu’il faudrait mettre en place.

Vincent Aguilera : Il s’agit d’une mesure utopique et marketing pour éliminer le seul candidat à la primaire qui était face à Hamon, Manuel Valls. La compensation pour des problèmes de parcours professionnel ou des problématiques d’accident de la vie, je suis entièrement d’accord. On aurait pu aussi se poser la question de l’apprentissage. Aujourd’hui, prendre un apprenti coûte 750 euros par mois pour 15 jours dans l’entreprise. Des mesures devraient être redirigées vers une baisse drastique du coût de l’apprentissage pour une société formant un jeune apprenti sur les métiers de demain et qui peut à son tour devenir chef d’entreprise et créer de la valeur ajoutée.

Sur ces mesures dans l’entreprise

D’une façon générale, Benoît Hamon veut renforcer le poids des salariés et des organisations syndicales dans les entreprises. Outre l’abrogation de la loi Travail, il veut donner un droit de veto au comité d’entreprise sur « les grands choix stratégiques » dans les groupes de plus de 2.000 salariés et améliorer la représentation des salariés et des partenaires au sein des conseils d’administration et de surveillance selon la règle des trois tiers : 1/3 de sièges pour les représentants des actionnaires, 1/3 pour les représentants des salariés et 1/3 pour les représentants des clients, fournisseurs, collectivités locales, ONG, sous-traitants.

Grégory Martin : Un candidat à l’élection présidentielle qui dit vouloir renforcer le droit des organisations syndicales dans les entreprises et qui veut commencer par abroger la loi Travail, loi qui par nature renforce justement ce droit-là avec le mandatement pour négocier l’organisation du travail, l’accord majoritaire, l’augmentation du temps des délégués syndicaux, devrait déjà regarder ce qui existe…
Qu’il y ait de la part de l’Etat des travaux menés pour améliorer la capacité des élus à se former oui mais on ne s’improvise pas membre d’un conseil d’administration d’une société. C’est plutôt la qualité du dialogue social qu’il faut renforcer au niveau de l’entreprise, là où la vie économique et sociale des gens se fait. Il faut donner des moyens substantiels en matière de formation syndicale pour que les salariés aient voix au chapitre dans le sens d’une stratégie d’entreprise.

Pierre-André Buigues 
 : Pour élargir au plan international, il est clair que les pays qui marchent le mieux sont ceux où la qualité du dialogue social est bonne comme en Allemagne ou dans les pays nordiques. Améliorer la qualité du dialogue social, renforcer les formations, c’est aller dans le bon sens. A côté de cela, il y a des absurdités totales dans les propositions de Benoît Hamon comme le droit de veto sur les décisions stratégiques. Est-ce que vous imaginez des multinationales venir investir en France si on leur impose un droit de veto ? On va faire fuir tous les investissements étrangers ! Il s’agit d’une mesure extrêmement destructrice en matière d’emplois

Gilles Nakache : L’abrogation de la loi Travail, c’est revenir au code du travail, cadre dans lequel on se demande comment on arrive à avancer. Nous sommes pour un dialogue dans l’entreprise. Lorsqu’un chef d’entreprise prend une orientation, il peut y avoir des discussions avec les salariés sur les choix qui sont faits et sur la réorganisation que cela implique. Qui est plus à même de discuter des problèmes d’une PME que ceux qui y travaillent ? Ramenons un réalisme social et économique, on avancera mieux.

Vincent Aguilera (photo) : Benoît Hamon a selon moi, une méconnaissance complète de l’entrepreunariat. Je suis plus pour une négociation avec des accords de branches, pas besoin d’un texte du législateur pour nous dire ce que l’on a à faire. Cela se fait entre les employés, les collaborateurs et les employeurs. On mène notre barque ensemble, chacun a besoin des uns et des autres. Benoît Hamon comme Monsieur Mélenchon ou Marine Le Pen ne cessent de taper sur les entreprises. Ils ne les aiment pas car ils ne comprennent pas comment elles fonctionnent. Cette mesure est utopique et va à contre-sens de nos besoins et d’un véritable dialogue social.
Johanna Decorse
Crédits photo : Rémy Gabalda - ToulÉco

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Rappel des mesures phares de Benoît Hamon débattues

  • Revenu Universel : C’est la mesure phare du candidat Hamon. Les modalités du « revenu universel d’existence » ont fluctué depuis les primaires et son périmètre définitif devrait être arrêté lors d’une « conférence citoyenne » en 2019. La première étape de ce projet serait le versement du revenu universel pour les 18-25 ans et l’ensemble des salariés touchant « jusqu’à 1,9 smic pour un coût de « 35 milliards d’euros » .
  • Mesures sur la fiscalité : Outre la création d’une taxe sur la richesse créée par les robots pour financer des mesures sociales plutôt que les dividendes, Hamon s’est engagé à réduire le coût du capital en modulant l’impôt sur les sociétés en fonction de la part de bénéfices réinvestis.
  • Mesure dans l’entreprise : D’une façon générale, Benoît Hamon veut donner plus de place aux salariés et aux syndicats dans les entreprises. Outre l’abrogation de la loi Travail, il veut donner un droit de veto au comité d’entreprise sur « les grands choix stratégiques » dans les groupes de plus de 2.000 salariés et améliorer la représentation des salariés et des partenaires au sein des conseils d’administration et de surveillance selon la règle des trois tiers : 1/3 de sièges pour les représentants des actionnaires, 1/3 pour les représentants des salariés et 1/3 pour les représentants des clients, fournisseurs, collectivités locales, ONG, sous-traitants.