ToulÉco

Publié le dimanche 7 mai 2017 à 20h00min par Isabelle Meijers

Présidentielles 2017. L’analyse éco du programme de : Emmanuel Macron

article publié le 19 avril 2017

La rédaction de ToulÉco avait demandé à un panel de décideurs - économiste, patron, syndicaliste, etc. - d’apporter leur éclairage sur les programmes économiques des principaux candidats. Nous republions ce lundi celui d’Emmanuel Macron.

Sur la politique fiscale :

Pierre-André Buigues : « Il fait le choix d’augmenter la CSG et non la TVA, qui, pourtant, aurait été un instrument plus efficace car les produits importés y contribuent. »
L’économiste est favorable à la baisse de l’impôt sur les sociétés à 25% pour redonner du souffle aux entreprises car la France est bien au-dessus de la moyenne communautaire dans ce domaine. Il pointe également le choix d’une augmentation de la CSG plutôt que celle de la TVA. Or, « la TVA dans les pays nordiques, comme la Suède, est élevée, de l’ordre de 25%. Donc cela peut fonctionner. L’avantage d’une hausse de TVA est qu’elle touche aussi les produits importés d’où à mon sens, un outil plus efficace. » De plus, pour la première fois, le financement du chômage sera assuré par l’impôt d’où la question épineuse de la nationalisation de l’Unedic posée aux syndicats.

Enfin, en augmentant la CSG, « qui va payer plus ? », questionne l’économiste. « Ce seront les gros retraités et les épargnants car la CSG taxe les revenus du capital. Or, nous avons déjà le taux d’imposition le plus élevé du capital d’où une désincitation à l’investissement. Heureusement, en parallèle, Emmanuel Macron instaure un prélèvement de 30% au maximum sur l’ensemble des revenus du capital. Il faudra voir comment cela s’articule avec la CSG. »

Grégory Martin : « De tous les candidats, c’est celui qui propose le programme le plus équilibré. »

Contrairement à Pierre-André Buigues, le secrétaire général de la CFDT Midi-Pyrénées soutient la mesure de hausse de la CSG avec plafonnement de l’impôt sur le capital car elle ne touche pas de façon égale toutes les personnes, contrairement à une augmentation de TVA. « Cet équilibre est plutôt malin. » Grégory Martin pose également la question de la codétermination, entre les salariés et la direction de l’entreprise, de l’affectation de ces baisses d’impôts en général.

« Quid du dialogue social ? Rien dans le programme de Macron ne l’évoque. Or, ces problèmes de fléchage compliqué de l’affectation du CICE par exemple se sont déjà posés. » Grégory Martin considère la baisse des charges sur le Smic comme un pis-aller électoral. « Depuis 1993, on ne cesse de baisser les charges dans ce pays sur le Smic, ce qui a eu peu d’effet en termes de créations d’emplois et de richesse. Il faudrait différencier entre PME et grands groupes, secteurs liés à la concurrence internationale ou non. Et surtout, quand on baisse les charges sur les bas salaires, on n’encourage pas les entrepreneurs qui veulent défendre une production de qualité et décident d’investir dans les salariés de l’entreprise. »

Gilles Nakache : « La simplification des charges patronales ou salariales me paraît une bonne chose. »
Gilles Nakache souhaite que le coût du travail soit simple à identifier. « Quand j’embauche quelqu’un, je dois avoir la visibilité sur ce qu’il va me coûter. » D’où un accueil favorable à la simplification des charges salariales ou patronales d’Emmanuel Macron. Par contre, pour compenser ces baisses de charge, il est plus en faveur d’une augmentation de la TVA que de la CSG. Il se prononce également en faveur de la suppression du régime social des indépendants (RSI) « ingérable », proposée par le candidat, au profit d’un régime fiscal de microentreprise. Enfin, la création d’une couverture chômage étendue aux créateurs d’entreprise lui paraît un point positif car « dans le cas d’un échec honnête, pourquoi le chef d’entreprise qui a pris des risques devrait-il mettre dans la balance sa maison, ses biens, sa famille ? »

Vincent Aguilera (photo) : « La baisse des charges sur les bas salaires conforte l’instauration d’une population de travailleurs qui seraient stabilisée au Smic. »

Vincent Aguilera se prononce en faveur de la baisse des coûts sociaux et de l’impôt sur les sociétés. Mais il remet en cause la suppression des charges générales sur le Smic. En effet, « un ouvrier zingueur qualifié est par exemple payé au-dessus du Smic et nous sommes souvent en pénurie de main-d’œuvre dans ces métiers. Donc l’abattement de charges devrait être possible quel que soit le niveau de salaire. Il faudrait harmoniser ces baisses sur l’ensemble des salaires dans des secteurs en manque de main-d’œuvre. Au risque de voir la baisse de charges sur les bas salaires conforter une population qui serait stabilisée au Smic. »

Sur l’organisation de la vie économique et sociale au niveau de la branche et de l’entreprise :

Grégory Martin : « Les accords d’entreprises entrent dans une bonne logique mais il faut que cela se fasse avec les organisations syndicales garantes d’un dialogue social de qualité. »
Le syndicaliste estime que le débat sur le temps de travail est suranné, à l’heure de la numérisation ou de la mondialisation des échanges. « Si 9 millions de salariés aujourd’hui ont choisi de travailler le dimanche, par exemple, alors nous sommes d’accord. Mais le cadre doit être bien fixé car dans une majorité d’entreprises, il n’y a pas d’organisations syndicales. Or, qui est capable de bien former un salarié à un dialogue social de qualité si ce n’est le syndicat ? »

Gilles Nakache (photo) : « Le dialogue social doit se gérer au sein de l’entreprise elle-même entre le chef d’entreprise et ses salariés. »
Le président de la CPME 31 est favorable à une gestion du temps de travail au sein de l’entreprise, plus qu’au sein de la branche. Il reconnaît que 95% des PME n’ont pas de représentation syndicale. « Il faut accompagner le patron dans son dialogue social. Une PME est une équipe et un patron seul ne peut pas développer une entreprise. »

Vincent Aguilera (photo) : « Si on veut instaurer des accords de branches, supprimons l’étiquette syndicale obligatoire. »
Le président de la chambre de métiers et de l’artisanat de la Haute-Garonne est en faveur d’accords de branches mais « comme il y a peu de représentants syndicaux dans nos entreprises artisanales, ces accords devraient pouvoir être établis entre des représentants salariaux et patronaux autour d’une table. »

Pierre-André Buigues : « Emmanuel Macron va un peu plus loin que la loi Travail dans ses propositions. »
« Même si Emmanuel Macron n’a jamais été un grand fan des 35 heures dans les faits, il ne va pas jusqu’à les supprimer. Évidemment, les supprimer entraînerait des difficultés. Donc il préfère ramener les discussions dans l’entreprise. Il part donc de la loi Travail et va un peu plus loin. Je suis plutôt d’accord », souligne l’économiste. Il pointe également l’optimisation du système en diminuant le nombre de branches, qui a déjà été réduit à 200.
Isabelle Meijers

Crédits photo : Rémy Gabalda - ToulÉco

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Rappel des mesures phares d’Emmanuel Macron débattues :

Baisse des prélèvements de manière équitable entre les entreprises et les ménages
Pour tous les salaires, suppression des cotisations maladie et chômage financée par une augmentation de 1,7 point de la CSG, en protégeant les chômeurs et 40% des retraités les plus modestes
Suppression de la totalité des charges générales au niveau du SMIC
Baisse de l’impôt sur les sociétés de 33,3% à 25%
Taxation du capital par prélèvement forfaitaire de l’ordre de 30%
Suppression du RSI (régime social des indépendants)
Organisation de la vie économique et sociale au niveau de la branche et de l’entreprise (accords négociés majoritaires sans modifier les 35 heures)

1 Commentaire

  • Le 24 avril à 14:50 , par martinez

    En réponse à l’augmentation de la csg de 1.7% sur les retraites et donc , un immense recul du pouvoir d’achat des retraités déjà handicapés par la non revalorisation des retraites depuis 2013, comment vais je faire pour remplir ma cuve de fuel, l’hiver prochain : réponse ne plus se chauffer. Je ne pars jamais en vacances, les fins de mois sont justes tenables et j’ai cotisé lourdement pendant plus de 40 ans pour ma petite retraite. M. Macron est un vampire, je souhaite que Mme Le Pen l’emporte et qu’elle vire ce petit prétentieux d’arriviste issu de la finance et cela en dit long sur lui.

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