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Publié le lundi 17 avril 2017 à 20h32min par Armelle Parion

Présidentielles 2017. L’analyse éco du programme de : François Fillon

La rédaction de ToulÉco se met au diapason des présidentielles. Nous avons demandé à un panel de décideurs - économiste, patron, syndicaliste, etc. - d’apporter leur éclairage sur les programmes économiques des principaux candidats. Aujourd’hui, celui de François Fillon.

Dans l’ensemble, le programme économique du candidat Fillon (photo) est jugé simplificateur du point de vue des chiffres. S’il est entendu par tous, ou presque, que des économies doivent être faites dans les dépenses publiques, il est difficile de mettre tous les fonctionnaires sur le même plan. La CFDT n’envisage aucune suppression sans dialogue. L’économiste Pierre Buigues est d’accord pour le passage aux 39 heures dans certaines catégories seulement, et moyennant une contrepartie. Et pourquoi pas repenser l’organisation plutôt que de raisonner seulement en chiffres ? Du côté des aides sociales, tous les experts sont d’accord sur l’idée de redonner de la valeur au travail, mais tous ne pensent pas que la création d’une prestation sociale unique soit un moyen efficace de faire des économies.

Sur la baisse du nombre de fonctionnaires et le passage aux 39 heures :

Pierre-André Buigues : « François Fillon considère que c’est une mesure d’économie, mais sans compensation salariale, il est impensable de passer de 35 à 39 heures »
L’économiste rappelle que 145.000 postes de fonctionnaires ont été supprimés sous le mandat de Nicolas Sarkozy, et tient à distinguer les différentes fonctions publiques. « On ne peut imaginer un ensemble homogène. On a certes un problème avec la fonction publique territoriale, qui a beaucoup augmenté ses effectifs ces dernières années, notamment avec la création des intercommunalités. La fonction publique d’Etat emploie 44% des fonctionnaires, la fonction hospitalière 21%, et la fonction publique territoriale 35% », rappelle t-il.

Toujours selon l’économiste, la fonction publique territoriale mériterait une purge, mais pas la fonction hospitalière. Ceci étant dit, selon lui, la réponse à une situation dégradée ne se trouve pas toujours dans les effectifs. « Dans l’enseignement par exemple, on voit que le système des pays scandinaves est performant, alors que le nombre d’encadrants est plus faible que chez nous. Il faudrait repenser l’organisation à effectifs constants ». Concernant le passage aux 39 heures, il est inenvisageable sans compensation financière. « Sur les 5,5 millions de fonctionnaires, certains ont augmenté de 10% leur charge de travail et pourraient difficilement passer à 39 heures, alors que d’autres sont très loin d’atteindre les 35 heures », ajoute t-il.

Grégory Martin : « Si on supprimait des postes dans la fonction publique territoriale, les collectivités augmenteraient les impôts, et cela nuirait donc au pouvoir d’achat. Il faut un débat public pour faire les économies adéquates »
Le secrétaire général de la CFDT Midi-Pyrénées (photo) estime que François Fillon se trompe de méthode, en invoquant la suppression de 500.000 fonctionnaires. Le vrai débat, selon lui, serait de déterminer les actions primordiales en fonction de chaque territoire. « Dans les territoires ruraux, l’action n’a peut-être pas le même rôle qu’en Ile-de-France. Il faut établir un dialogue social avec les agents ». Et d’ajouter, que « quand on regarde le ratio entre fonctionnaires et habitants, l’on se rend compte que nous avons moins de fonctionnaires qu’au Canada, aux États-Unis et en Finlande ».
Le syndicaliste dénonce les fantasmes. « Avec la réforme de 2010, nous sommes arrivés à la même cotisation de 42 annuités dans le public et dans le privé, et le coût de la retraite des fonctionnaires représente 1,2 % de PIB de moins que dans les autres pays européens ». Selon le syndicaliste, au-delà de la « querelles de chiffres », le vrai débat est de savoir comment on définit la santé ou la sécurité. « Il faudrait un Grenelle de l’action publique sur le territoire. Les agents de l’hôpital Purpan, par exemple, manquent de moyens et travaillent déjà beaucoup. D’un autre côté, la fonction publique territoriale est un levier de la politique sociale des territoires. La fonction publique correspond à un choix de société ».

Gilles Nakache : « Raisonner sur de grandes masses ne sert qu’à frapper les esprits. Pourquoi supprimer 500.000 fonctionnaires, plutôt que 400.000 ou 600.000 ? »
Le président de la CPME 31 estime qu’il est « incontournable » d’essayer de diminuer les dépenses publiques, car « on ne l’a jamais fait depuis vingt ans ». Il critique le « cloisonnement des administrations » en France, et la non harmonisation des politiques de recrutement. « Il faudrait ouvrir les vases communicants. On ne pourra jamais remplacer une infirmière par une assistance administrative, certes, mais certains postes administratifs peuvent communiquer de l’un à l’autre ».

Vincent Aguilera : « Fillon ne propose aucune mesure concrète en faveur de l’emploi et de la baisse des cotisations »
Le président de la chambre de métiers et de l’artisanat de la Haute-Garonne ne réagit pas directement à la proposition de diminution du nombre de fonctionnaires, mais il se prononce en faveur d’une baisse des cotisations sociales, y compris salariales, et en faveur d’une baisse des impôts, pour relancer l’économie.

Sur la fusion des aides sociales, censée redonner de la valeur aux revenus du travail, face aux « revenus de l’assistance »

Pierre-André Buigues (photo) : « L’idée de départ est intéressante. Il faut renforcer l’attractivité du travail. Mais le diable se cache dans les détails ».
« Seuls 64% des personnes qui ont droit au RSA en font la demande. Si tous les bénéficiaires potentiels touchaient l’aide, il en coûterait 5 milliards d’euros de plus à l’Etat. A titre de comparaison, la fraude au RSA représente 248 millions d’euros. Si on va jusqu’au bout de l’idée d’allocation unique, et qu’on rend ainsi plus accessible les aides, à ceux qui peuvent y prétendre, je ne suis pas convaincu que l’objectif de baisser les dépenses publiques soit atteint », souligne l’économiste.

Grégory Martin : « La question de l’effectivité des droits est fondamentale »
Le syndicaliste considère qu’il faut « mettre les moyens pour qu’un droit donné soit appliqué pour tous ». Il estime par ailleurs, que, quitte à mettre en place une aide sociale unifiée, elle devra « répondre aux nouveaux besoins de la société, liés à une espérance de vie allongée, à des carrières professionnelles morcelées, et à une aspiration générale à l’autonomie » et donc permettre, par exemple, de « sécuriser les parcours ». Il rappelle que la pauvreté a augmenté depuis 2008, et qu’il doit s’agir d’une cible prioritaire. Dans l’idéal, il faudrait surtout défendre l’augmentation des revenus du travail, « car les gens veulent travailler », insiste t-il.

Gilles Nakache : « Une gestion plus globale pourrait permettre une affectation plus intelligente des aides »
Le président de la CPME 31 est favorable à l’idée d’unifier les aides, dans la mesure où « elles relèvent des efforts de tous les contribuables ». Il soutient donc « l’idée générale » de François Fillon, même s’il estimerait « plus efficace de mettre l’accent sur la volonté de se former et de chercher un emploi. Les bénéficiaires sont redevables, à partir du moment où ils reçoivent une aide », estime le représentant des PME.

Vincent Aguilera : « Il faut privilégier l’accompagnement vers le retour à l’emploi »
Le président de la chambre de métiers et de l’artisanat de la Haute-Garonne partage l’idée de François Fillon, que le travail doit être plus rémunérateur que les aides. « Il n’est pas normal que certaines personnes se retrouvent au même niveau de revenu quand elles travaillent, que lorsqu’elles touchaient les aides. Il faut soutenir l’insertion professionnelle, et adopter des mesures plus incitatives vers le retour au travail ».
Armelle Parion
Crédits photo : Rémy Gabalda - ToulÉco

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Rappel des mesures phares de François Fillon débattues :

  • Supprimer 500 000 postes de fonctionnaires : ce façon transverse à l’ensemble des administrations publiques, le passage du temps de travail à 39 heures des trois fonctions publiques permettra à terme de réduire le nombre de postes de fonctionnaires jusqu’à 500.000, contribuant de façon importante aux économies, avec un potentiel de l’ordre de 15 milliards d’euros. A titre indicatif, il y avait 942.000 contractuels en 2014. Cette suppression représenterait donc le non remplacement d’un départ sur deux, en comptant les départs à la retraite et les fins de contrat.
  • Fusionner les différentes aides sociales : créer une prestation sociale unique permettant un meilleur contrôle de toutes les aides accordées par l’Etat pour que les revenus du travail soient toujours supérieurs à ceux de l’assistance. Cette prestation serait plafonnée à 75% du montant du SMIC et conditionnée. « L’assistance est un droit mais l’assistanat est un piège », avait-il lancé en meeting. Cette prestation unique fusionnerait le Revenu de Solidarité Active (RSA), l’Allocation de Solidarité Spécifique (ASS), les primes d’activité, et l’Aide Personnalisée au Logement (APL).