ToulÉco

Publié le mardi 18 avril 2017 à 22h00min par Audrey Sommazi

Présidentielle 2017. L’analyse éco du programme de : Marine Le Pen

La rédaction de ToulÉco se met au diapason des présidentielles. Nous avons demandé à un panel de décideurs - économiste, patron, syndicaliste, etc. - d’apporter leur éclairage sur les programmes économiques des principaux candidats. Aujourd’hui, Marine Le Pen.

Sortie de l’Union Européenne, rétablissement du franc et protectionnisme économique : le scénario d’un "Frexit", pierre angulaire du programme de la candidate frontiste Marine Le Pen, inquiète nos experts qui parlent unanimement de « désastre ». L’Europe est source de tous les maux de la France, selon Marine Le Pen. En tête de ses 144 engagements en cas de victoire figure : « restituer au peuple français sa souveraineté » monétaire, territoriale et économique. La candidate du Front National a été épinglée par une tribune publiée dans le Monde le 18 avril et cosignée par 25 Nobel d’économie, dont Joseph Stiglitz et le Toulousain Jean Tirole. Ces derniers dénoncent le fait d’avoir été cités dans le cadre de la campagne de Marine Le Pen « pour justifier un programme politique sur la question de l’Europe » et condamnent l’instrumentalisation « de la pensée économique (…) » de la candidate d’extrême-droite.

Confortée par le Brexit, la candidate à la présidentielle promet d’organiser un référendum sur l’appartenance de la France à l’Union Européenne et prévoit de rétablir le franc comme monnaie nationale. « Il ne s’agit pas de faire une simple dévaluation mais une dépréciation de la monnaie », assure Bernard Monot, eurodéputé et économiste en charge du programme du FN, dont l’objectif est de relancer les exportations tricolores en les rendant moins chères.

Sur le retour au franc

Pierre-André Buigues (photo) : « C’est désastreux. Si on se lance dans une expérience de ce type, ça va être une catastrophe généralisée »

« C’est désastreux. Si on se lance dans une expérience de ce type, ça va être une catastrophe généralisée », s’indigne Pierre-André Buigues. Pour le professeur en économie à la Toulouse Business School, le franc perdrait 20 % de sa valeur par rapport à l’euro. « Certains parlent de 30 %, voire 40 % », prévient-il.

Sur le plan financier, la perspective d’un retour au franc aurait des conséquences sur la dette publique française. Selon une estimation du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, un retour au franc entraînerait une hausse du coût de la dette de l’ordre de 30 milliards d’euros par an.
« 60 % de notre dette est détenue par des investisseurs étrangers. Dites-leurs qu’on va les rembourser en franc, qui vaut 30% de moins. Vont-ils vouloir à nouveau nous prêter ?, ironise Pierre-André Buigues. On assistera alors à une augmentation considérable du taux d’intérêt pour prêter à la France. Et si la planche à billets se met à fonctionner, on va assister à l’explosion de l’inflation à un niveau inacceptable. »

Gilles Nakache : « Le franc serait dans une positon très désavantagée par rapport aux autres monnaies européennes »

Pour Gilles Nakache « l’éclatement de l’Europe » est « une dévaluation ponctuelle qui permettrait une position plus avantagée du franc par rapport au mark ». « Par contre, le franc serait très désavantagé par rapport aux autres monnaies européennes », prévient le président de la CPME 31.
Il affirme aussi que le retour au franc serait « une catastrophe ponctuelle », estimant qu’entre les effets d’annonce de la candidate FN et la réalité économique il y a une marge. « Elle évoque déjà de prendre des ministres de droite si elle était élue, tempère-t-il. Elle ne serait ni la première ni la dernière à mener une politique du « un pas en avant, deux pas en arrière ». Si elle était élue, elle serait dans l’obligation d’assouplir ses mesures ».

Sur l’augmentation des droits de douane pour les entreprises qui permettrait de financer une prime de 80 euros

Vincent Aguilera : « Qui va payer les droits de douane ? Les consommateurs »

Marine Le Pen souhaite mettre en place ce qu’elle appelle une « prime de pouvoir d’achat » qui concernera les bas salaires et les petites retraites de moins de 1.500 euros nets. Comment financer une telle mesure ? Par « une contribution sociale à l’importation des biens et des services de 3 % ». Elle rapporterait selon elle « 15 milliards d’euros minimum ». De quoi distribuer une prime de « près de 80 euros par mois ».

« Cela équivaut à fermer les frontières, pas d’exportation, pas d’importation. Les magasins vont fermer. Qui va payer les droits de douane ? Les consommateurs, mais pas l’Etat et les entreprises », assure le président de la chambre de métiers et de l’artisanat de la Haute-Garonne.

« Qu’est ce que cela signifie pour les entreprises ? Les produits importés deviennent plus chers. Or, beaucoup d’entreprises qui fabriquent certains composants à l’étranger vont voir leurs prix augmenter. Résultat : on va avoir plus d’inflation et le pouvoir d’achat des ménages va diminuer », affirme Pierre-André Buigues.

Grégory Martin (photo) : « Elle se dit candidate de la France alors qu’elle fait effondrer le pays »
« Le programme de Marine Le Pen est totalement incohérent, affirme le secrétaire général de la CFDT Midi-Pyrénées. Elle se dit candidate de la France alors qu’elle fait effondrer le pays. Et ceux qui seront touchés en priorité : les plus pauvres et les plus vulnérables. C’est ça la réalité du FN ». Le syndicaliste Grégory Martin insiste : « elle n’est pas une candidate comme les autres. Il ne faut pas être neutre mais engagé pour un pays qui va de l’avant, qui est Européen, qui construit de la richesse ».
Audrey Sommazi
Crédits photo : Rémy Gabalda - ToulÉco

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Rappel des mesures phares de Marine Le Pen débattues :

  • L’organisation d’un référendum sur le maintien ou non dans l’Union européenne
  • Le rétablissement d’une monnaie nationale
  • Une taxe de 3% sur toutes les importations
  • Une obligation d’acheter français pour la commande publique
  • Une taxe sur l’embauche de salariés étrangers
  • Une interdiction de vendre à des sociétés étrangères, pendant dix ans, pour une entreprise qui aurait bénéficié d’aides publiques
  • Une diminution de l’impôt sur les sociétés de 33% à 24% pour les PME
  • Abrogation de loi Travail
  • La possibilité de déroger aux 35 heures, par une négociation entre partenaires sociaux, au niveau des branches.