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Publié le jeudi 28 septembre 2017 à 19h00min par Johanna Decorse

Referendum. Les Catalans « otages » d’un bras de fer politique ?

A deux jours du vote, le flou demeure en Catalogne. La tenue du referendum du 1er octobre, voulu par les séparatistes, déclaré illégal par Madrid, est encore incertaine. Alors que la majorité des Catalans souhaitent s’exprimer dans les urnes, il n’est pas sûr qu’ils y accèdent.

« Pourrons-nous voter ? Que vont faire les Mossos d’Esquadra ? Vont-ils s’interposer pour nous laisser accéder aux bureaux de vote ? » Depuis plusieurs jours et alors que la Guardia civil a procédé mercredi à de nouvelles saisies de matériel électoral, les questions des Catalans s’enchaînent en cascade. Beaucoup s’interrogent sur le rôle que jouera la police catalane, d’ordinaire sous le contrôle du ministère de l’Intérieur du gouvernement régional.

La semaine dernière, les autorités centrales ont annoncé leur décision de coordonner toutes les forces de police présentes en Catalogne et de les placer sous le commandement d’un colonel de la Guardia Civil afin d’empêcher le referendum du 1er octobre, déclaré anticonstitutionnel par Madrid.
Mais le chef des Mossos, tout comme le ministère de l’Intérieur catalan ont appelé l’ensemble des agents à continuer de suivre les ordres de la Generalitat et à désobéir à l’Etat espagnol. Iront-ils plus loin le jour du vote ?

Le calme règne toujours

Ce climat de tension, au moins sur le plan politique, ne semble pas se traduire dans les rues de Barcelone. Pour la plupart des Catalans, « la vie suit son cours », « normale et tranquille ». Seul le bruit des clés et des casseroles, frappées chaque soir vers 22h depuis l’opération policière et judiciaire de la semaine dernière, rappelle que tout n’est pas complètement comme d’habitude. Laïa, professeure de flûte traversière de 40 ans, établie dans le quartier de Gracia, participe à ce rituel.

« On ne peut pas continuer avec des gens comme ça », affirme la jeune femme au sujet du gouvernement de Mariano Rajoy. « Je n’étais pas indépendantiste à l’origine. Je croyais qu’une relation était possible entre des peuples frères, dans le cadre d’un Etat fédéral mais aujourd’hui, ce n’est plus possible. On assiste à un retour de la dictature et du franquisme. Madrid ne pratique ni la démocratie ni le dialogue. Elle opère un coup d’Etat sur la Catalogne. Les choses ne se termineront pas le 1er, on sait qu’il faudra continuer à lutter », ajoute-t-elle encore.

« Une impasse des deux côtés »

Derrière les fourneaux de son restaurant étoilé, le Caelis, Romain Fornell se dit « peu interessé » par le scrutin qui agite sa ville d’adoption et sa région toute entière. « C’est une impasse des deux côtés », observe placidement le chef d’origine toulousaine qui à Barcelone s’est mué en véritable business man. En 2016, l’entrepreneur employait quelque 90 personnes et dégageait un chiffre d’affaires de 4,5 millions d’euros.
« J’ai appris dans les affaires à ne me placer ni d’un côté, ni de l’autre. Je ne suis pas vraiment inquiet car je peux compter sur une clientèle locale et internationale. Et de toute façon je ne peux pas délocaliser mon activité », observe Romain Fornell. Gabriela Oyarzabal, avocate, manifeste quant à elle plus d’inquiétude et redoute une « répression policière ».

« Nous sommes les otages d’un bras de fer politique qui doit se résoudre sur le plan politique, pas en envoyant la police. La population veut exercer son droit de vote, indépendamment de ce qu’elle pense. J’ai la sensation que le gouvernement catalan est allé un peu vite et de façon radicale mais la réponse de Madrid n’est pas la bonne. On assiste aujourd’hui à un mouvement social qu’il faut écouter au lieu de vouloir le faire taire en appliquant le droit et des sanctions pénales », estime l’avocate. D’origine basque mais installée à Barcelone depuis treize ans, Gabriela Oyarzabal dit ne pas « ressentir de sentiment nationaliste catalan », d’où son indécision.

Réformer la constitution de 1978

« Si je pense avec le cœur, je vote oui pour tous les gens qui m’entourent et qui sont favorables à l’indépendance. Si je pense avec la tête, je vote non car pour moi nous ne sommes pas mûrs sur le plan économique, politique et social. Tout le monde parle de démocratie ici mais les taux de participation aux élections générales sont très faibles. C’est le sentiment de fatigue devant la politique de négation du Parti populaire, le PP qui défend à tout prix l’unité de l’Espagne, qui a permis la montée du nationalisme catalan ».

Pour cette néo-Barcelonaise, le referendum a néanmoins le mérite de donner « un grand coup de poing sur la table », en mettant en évidence la nécessité d’une réforme constitutionelle pour faire évoluer le cadre de 1978. « Le compromis entre modèle fédéral et monarchie est épuisé. Il faut passer à un systéme vraiment fédéral qui donnerait aux régions un contrôle plus grand de leur économie et plus d’autonomie sur tout ce qui relève de la culture et du sentiment national. Mais c’est aux politiques de négocier et de travailler dans ce sens ».
Johanna Decorse

Sur les photos : Les manifestations en faveur de la tenue du référendum se multiplient depuis plusieurs jours dans la capitale catalane. Photos MD - ToulÉco