ToulÉco

Publié le jeudi 19 septembre 2019 à 20h30min par Sophie Arutunian

Rentrée littéraire. Grandeur et décadence des librairies en Occitanie

Les 260 librairies d’Occitanie connaissent des situations très contrastées dans une filière du livre qui reste assez dynamique. Deux phénomènes en témoignent : le nombre important de librairies qui changent de main, et l’orientation vers de nouveaux modèles économiques.

Deux auteurs et quatre maisons d’éditions d’Occitanie sont en lice cette année pour les prix Goncourt et Fémina (voir encadré ci-dessous). Une bonne nouvelle pour les acteurs du secteur, tant les livres primés boostent les ventes. Et ces acteurs sont nombreux : plus de 1000 auteurs, 390 éditeurs, 260 libraires, 1100 bibliothèques, 75 établissements patrimoniaux et 250 manifestations littéraires. Les chiffres publiés par Occitanie Livre et Lecture en 2019 témoignent de la bonne santé de la filière livre en Occitanie.

En termes de chiffre d’affaires, le secteur de l’édition représente 46 millions d’euros et celui des librairies, 42 millions. Mais si l’on regarde finement la situation des librairies, on constate des situations extrêmement différentes d’un établissement à l’autre, avec pour beaucoup d’entre elles, des difficultés de trésorerie.

Les « grandes librairies » et les « petites »

En Occitanie, le secteur du livre n’échappe pas à une géographie commune à beaucoup de secteurs : les librairies sont concentrées dans les métropoles de Toulouse et de Montpellier. Ainsi, on compte cinquante-cinq librairies en Haute-Garonne et trente-cinq dans l’Hérault, contre seulement huit en Lozère, département le moins pourvu.

« On distingue également les grandes librairies indépendantes qui comptent au niveau national, comme Ombres Blanches à Toulouse, la plus remarquable dans les vaisseaux amiraux de la région, et qui présente des fonds aussi riches que diversifiés. A côté de cela, on a des petites librairies spécialisées ou thématisées qui flirtent parfois avec la ligne de flottaison », précise Laurent Sterna, directeur de Occitanie Livre et Lecture.

Un chiffre témoigne de ce déséquilibre : 10% des librairies réalisent 50% du chiffre d’affaires. L’explication vient notamment des lourdes charges que doivent prendre en compte les libraires : les loyers (entre 3 et 10% du chiffre d’affaires) et les frais de transports (entre 2 et 4%). « Si les propriétaires des locaux augmentent les loyers, cela peut être fatal, on l’a vu avec la librairie Castéla, place du Capitole à Toulouse, fermée en 2012 », se souvient Laurent Sterna.

Vingt-huit librairies en transmission

Témoin de la bonne dynamique du secteur, actuellement vingt-huit librairies sont en transmission, c’est à dire qu’elles changent de propriétaire. La dernière en date : la librairie Champollion de Figeac. « Certains repreneurs de librairies sont des professionnels qui ont fait ça toute leur vie, mais d’autres sont des gens en reconversion qui embauchent une personne en plus pour les aider dans ce monde très particulier qu’est la librairie. Il y a donc un potentiel d’emploi réel », explique Yanik Vacher, chargée de mission économie du livre. Ainsi chaque année, environ dix-huit étudiants trouvent du travail en librairie dans la région. Néanmoins, la transmission représente aussi un véritable risque si aucun repreneur ne se manifeste. « Certaines librairies sont en transmission depuis huit ou dix ans ». Actuellement, un tiers des librairies régionales ont déclaré envisager une transmission à plus ou moins long terme.

Vers de nouveaux modèle économiques

Phénomène nouveau depuis cinq ans environ : les librairies tendent à changer de modèle économique pour s’adapter aux évolutions sociétales : « Les nouvelles librairies s’orientent davantage vers l’économie sociale et solidaire et les Scops, comme La Cavale à Montpellier. Et ces nouveaux modes de gouvernance tendent également à changer les codes de la librairie, qui est un univers feutré, dans lequel il existe une manière de se comporter particulière. Le Tracteur Savant à Saint-Antonin Nobleval est une scop qui n’est pas référencée comme librairie mais sous un code Insee plus global qui lui permet de regrouper dans ses locaux d’autres professions comme des graphistes. C’est un lieu plus ouvert sur l’extérieur qu’une librairie traditionnelle ». Ces modèles émergents correspondent à une réflexion plus globale « sur notre rapport au travail et dans quelle société nous voulons vivre », conclut Laurent
Sophie Arutunian

Sur la photo : la librairie Ombres Blanches à Toulouse. Crédits : Quentin Buttin - ToulÉco

Auteurs et maisons d’éditions d’Occitanie en lice pour les prix de la rentrée littéraire 2019 :

  • Jean-Paul Dubois (Toulouse), Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, L’Olivier : prix Goncourt, prix littéraire « Le Monde », prix Goncourt des lycéens
  • Isabelle Desesquelles (Toulouse), UnPur, Belfond, prix Femina  
  • Éditions Verdier (Lagrasse, Aude) : Anne Pauly Avant que j’oublie, prix Goncourt, prix Wepler, prix Femina, prix Goncourt des lycéens Patrick Autréaux, Quand la parole attend la nuit, prix Femina Giorgio Falco, La Jumelle H, traduit par Louise Boudonnat, roman sélectionné pour le Médicis étranger 2019 Sergueï Lebedev, Les Hommes d’août, traduit par Luba Jurgenson, prix Femina étranger.  
  • Éditions Tristram (Auch, Gers) : Nina Allan, La Fracture, traduit par Bernard Sigaud, roman sélectionné pour le Médicis étranger 2019 et le prix Femina étranger
  • Éditions Le Rouergue (Rodez, Aveyron) : Sylvain Pattieu, Forêt-Furieuse, Prix Wepler  

2 Commentaires

  • Le 20 septembre à 08:51 , par Pierre Lasry

    Bravo pour cet excellent article, merci de rappeler la qualité des éditeurs d’Occitanie, des auteurs, des libraires, tout cela fait leur grandeur. Et ce soir Didier Goupil est à Ombres Blanches…

  • Le 23 septembre à 15:41 , par POQIUILLON

    Où classez-vous les rayons « livres » de la grande distribution qui a fait disparaître de nombreux libraires dans nos régions
    A Mazamet il y avait deux librairies il n’en reste qu’une qui n’a pas de stock et doit commander le moindre achat
    A Castres ; il y avait deux grandes librairies ; il n’en reste plus qu’une
    En fait le rayon livres de la grande distribution assuré en libre service sans personnel dédié constitue une concurrence déloyale envers les libraires traditionnels et doit faire le bonheur des éditeurs qu bénéficient du prix imposé ce qui leur évite les turpitudes habituelles des autres fournisseurs..
    Qu’en pensez-vous
    Bien à vous
    LD POQUILLON

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