ToulÉco

Publié le mardi 11 septembre 2018 à 20h17min par Johanna Decorse

Sciences. Des Toulousains se préparent à « chasser » les éclairs en Corse

Du 13 septembre au 12 octobre, des scientifiques toulousains seront en Corse pour une partie de chasse aux éclairs. Au sol et dans les airs, à bord d’un Falcon 20, ils étudieront leurs liens avec les nuages d’orage avec un but à terme : améliorer les prévisions météo.

Comment se déclenchent les éclairs ? Où dans les nuages et dans quelles conditions ? Comment se propagent-ils ? C’est pour répondre à ces questions « non résolues » qu’une trentaine de scientifiques réunis au sein du projet Exaedre partiront à « la chasse aux éclairs » du 13 septembre au 12 octobre en Corse. Cette campagne de mesures inédite en Europe servira à préparer les futures explorations spatiales en commençant dès 2019 par le projet Taranis du Cnes et en 2021 avec la mission européenne Météosat Troisième génération.

« L’information éclair est encore sous-utilisée pour les prévisions météorologiques. Le but de la campagne est de fournir des mesures in situ pour caractériser l’environnement électrique et microphysique des nuages d’orage afin de comprendre et modéliser les interactions qui conduisent au déclenchement des éclairs, produit final de l’orage », explique Eric Defer, chercheur au CNRS et responsable du projet Exaedre.

Un dispositif unique

Coordonnée par le laboratoire d’aérologie LA-OMP (unité mixte du CNRS/Université Toulouse III- Paul Sabatier), avec le soutien du Cnes et de de Météo France, cette campagne au budget de 4 à 5 millions d’euros, associe également quatre industriels dont l’Onera. Elle va reposer sur un dispositif expérimental unique, dans les airs et au sol, qui s’appuiera notamment sur les douze stations déployées en Corse du réseau de détection Saetta, capable de cartographier les éclairs en trois dimensions.

Les observations et les mesures aéroportées seront effectuées à l’aide d’un Falcon 20, l’un des trois appareils de la flotte Safire, le Service d’avions français instrumentés pour la recherche en environnement, basé à Toulouse - Francazal. L’ancien avion d’affaires sera équipé de quatre sondes de microphysique pour caractériser les nuages d’orage et leur activité électrique, du radar de nuage Rasta opéré par le laboratoire parisien Latmos et de moulins à champ installés par l’Onera.

Au cœur de la convection

Durant un mois, à raison de huit sessions de trois heures de vol, l’aéronef pénètrera au cœur des nuages d’orage avec sept personnes à son bord. Son champ d’action couvrira la Corse et un rayon de 200km autour de l’île. Depuis la partie haute, en forme d’enclume, des cumulonimbus, à quelque 10km d’altitude, le Falcon descendra ensuite à 7km puis 5km pour « échantillonner » le nuage correspondant aux zones dans lesquelles les éclairs se propagent. En effet, seuls 10% des éclairs se connectent au sol (on appelle alors cela la foudre), les 90% restants se produisant dans le nuage.

« La Corse est l’une des régions françaises avec le maximum d’activité électrique. Ce laboratoire naturel va nous permettre d’extrapoler en France et en Europe, les résultats obtenus sur le terrain », précise Eric Defer. Et dans un futur proche, de pouvoir mieux suivre l’évolution des orages en temps réel, dans les quinze à trente minutes et grâce à la donnée « éclair » intégrée dans les modèles de prévision numérique du temps, d’affiner les bulletins météo à un ou deux jours.
Johanna Decorse

Sur la photo : Le Falcon de la flotte du Safire effectuera huit sessions de trois heures de vol au cours de cette campagne de mesures, au cœur des nuages d’orage. Photo : Rémy Gabalda - ToulÉco.