ToulÉco

Publié le jeudi 9 novembre 2017 à 18h57min par Johanna Decorse

Stations de ski de Haute-Garonne : le Département veut prendre la main

A l’image de la station de Luchon-Superbagnères, qui démarre cet hiver sa dernière saison sous la gestion d’une régie intercommunale, les deux autres stations de Haute-Garonne devraient bientôt passer sous la gouvernance d’une structure commune, pilotée par le conseil départemental.

Annoncée depuis plusieurs années, la création d’une société d’économie mixte pour l’exploitation de la station de Luchon-Superbagnères n’aura finalement pas lieu. Ce projet a avorté avec l’annonce de la réflexion engagée par le Département autour de la gouvernance des quatre stations de ski de Haute-Garonne. Pour « sauvegarder » ces domaines skiables et « assurer leur pérennité », la collectivité, conseillée par deux bureaux d’études et un cabinet d’avocats, a en effet proposé une nouvelle organisation de gestion, autour d’une structure unique et d’une mutualisation des moyens.

Le dossier est actuellement à l’étude et en attente de validation par le préfet de Haute-Garonne. Le feu vert de l’État devrait permettre la mise en place début 2018 d’un syndicat mixte associant le conseil départemental et la nouvelle communauté de communes Pyrénées Haut-Garonnaises [1]. Ce syndicat mixte devrait se substituer en tant qu’autorité organisatrice au Sigas, syndicat intercommunal de gestion et d’aménagement de Superbagnères, qui en 2012 avait confié l’exploitation de la station à une régie.

Un Epic en projet

Il est prévu que cette régie intercommunale soit remplacée dès septembre 2018 par un établissement public à caractère industriel et commercial (Epic) qui, dès la prochaine saison de ski, devrait piloter trois des quatre stations du département, Superbagnères mais aussi Le Mourtis et Bourg d’Oueil. La gestion de Peyragudes, à cheval sur la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées, pourrait être confiée à une société publique locale (SPL) dont l’action serait évidemment coordonnée avec celle de l’Epic.

« Le conseil départemental vient en appui pour apporter une crédibilité auprès des banques. L’objectif étant d’ici trois à cinq ans d’asseoir un modèle économique pérenne avec un nouvel outil qui s’auto-financera. Cela passe par une modernisation des stations, une stratégie différente mais complémentaire pour chaque station et surtout, par une mutualisation des moyens en matière d’achats, d’entretien des équipements, de communication ou encore de billetterie », explique à ToulÉco Georges Méric.

La finalité étant pour le président du conseil départemental de Haute-Garonne, « le maintien et la création d’emplois dans les vallées » grâce à une offre « quatre saisons » et « des loisirs de montagne élargis à la seule neige », capables de générer des flux touristiques plus importants.

Un plan de 20 à 25 millions d’euros

Dans le cadre de cette future gouvernance, le Département a proposé un plan d’investissement de 20 à 25 millions d’euros courant jusqu’à 2021, qui serait aussi abondé par l’État et la Région. Le projet « d’ascenseur valléen » reliant le centre-ville de Luchon à Superbagnères, avec une capacité de 2600 personnes à l’heure contre 1500 avec la télécabine actuelle, pour un coût de 15 millions d’euros, fait partie des dossiers prioritaires. Cet équipement, utilisable été comme hiver, devrait à lui-seul bénéficier d’une enveloppe de la collectivité de 6 millions d’euros.

« Une nouvelle dynamique »

« Pour nous, c’est une année de transition. La station va vivre sa dernière saison sous la gestion d’une régie. Le changement de gouvernance va impulser une nouvelle dynamique. Le département va apporter une assise financière et des garanties plus importantes à faire valoir auprès des banques pour les investissements futurs », se réjouit Louis Ferré, le maire socialiste de Luchon, pour qui « les communes ne peuvent plus seules supporter les charges de stations qui profitent à tout un département ».

Après deux années difficiles, marquées par un faible enneigement, un recul des journées skieurs et un chiffre d’affaires en retrait établi à 3,7 millions d’euros en 2016-2017, la station joue la prudence pour cette année de transition. Ses pistes, ouvertes du 2 ou 10 décembre en continu ne rouvriront que les week-ends jusqu’aux vacances de Noël puis sans interruption jusqu’au 2 avril 2018.
Johanna Decorse

Sur la photo : Au-delà du ski, Luchon-Superbagnères veut aussi faire de la remise en forme un « produit d’appel » pour une destination « quatre saisons ». Crédits : Jérôme Cau

Sur la photo du bas : La station de Peyragudes, ici le versant des Agudes, se trouve à cheval sur les départements de la Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées et devrait être bientôt gérée par une SPL (Société publique locale). Crédits : Pierre Brunet

La Cour des comptes approuve

Un changement de gouvernance pour les stations de Haute-Garonne serait en phase avec les préconisations de la Cour des comptes qui, en 2015, avait pointé les « situations globalement tendues » des gestionnaires de stations de ski des Pyrénées et leurs « conséquences sur les finances des collectivités locales, souvent mises à contribution pour apurer la dette ». La juridiction financière, pour qui « l’intercommunalité est un échelon insuffisant pour promouvoir l’activité des stations » avait souligné « le rôle à jouer » des départements et des régions « dans la définition et l’exécution d’un plan stratégique ». La cour avait notamment mis en valeur le modèle des Pyrénées-Atlantiques dont le département gère et finance à travers l’établissement public des stations d’altitude (EPSA), les stations de Gourette, la Pierre-Saint-Martin et le train de la Rhune. Dans son rapport, la Cour des comptes avait ainsi souligné l’action de l’EPSA qui avait permis « la modernisation coordonnée des stations du département en promouvant une offre adaptée à chacune d’elles ».

Notes

[1Née de la fusion en janvier 2017 des communautés de communes de Saint-Béat, du Haut-Comminges et du Pays de Luchon