ToulÉco

Publié le jeudi 26 avril 2018 à 19h00min par Audrey Sommazi

Toulouse. Souad Boudjella, cheffe d’entreprise, mécanicienne et talent du Mirail

Article diffusé le 7 mars 2018

Souad Boudjella a repris un garage automobile situé au Mirail à Toulouse. Récompensée par le prix Talents des Cités, la jeune cheffe d’entreprise envisage de créer une station écologique. Portrait, à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

A elle seule, elle déboulonne les clichés. La jeune femme, mariée et mère de trois enfants, s’est lancée dans la reprise d’entreprise. Après un parcours du combattant, elle est désormais gérante du garage automobile installé rue Henri-Desbals qu’elle appelle Lak’Auto. Lak pour rendre hommage au nom de famille de ses enfants, Lak pour un clin d’œil à la peinture.

« J’ai arrêté mes études en seconde, à 16 ans, pour aider financièrement ma mère. J’ai fait un peu de tout : de l’aide à domicile, de la vente et de la restauration », explique Souad Boudjella. La mécanique et la carrosserie, elle n’y avait jamais pensé. Un accident de travail en 2014 l’encourage à changer de vie. Le hasard prend le relais.

C’est Patrick Laborde, ami de la famille, et actuel peintre et carrossier de Lak’Auto, qui lui parle d’un garage vacant à deux pas de son immeuble d’enfance, dans le quartier Mermoz. Après l’euphorie du projet qui « ne lui faisait pas peur », elle déchante. Malgré ses quelques connaissances en entretien de voiture, la mécanique lui est étrangère. « En plus je n’avais aucune qualification. Les banques ont été difficiles à convaincre ».

Suivie par BGE, elle s’obstine, rencontre la concurrence et note les besoins des habitants. Et en mars 2016, elle ouvre son garage qui emploie aujourd’hui trois personnes.

Entraide et solidarité

Pour être accessible aux habitants du quartier, elle négocie des prix bas avec les fournisseurs et multiplie les services. « Oui, on peut dire que Lak’Auto est un garage dans un esprit solidaire », avance-t-elle. Des facilités de paiements sans frais et des stages gratuits d’entretien de voiture à destination des femmes sont proposés.

En revanche, Souad Boudjella ne se dégage pas un salaire, toujours pas. « Je fais un petit sacrifice durant trois ans afin d’avoir de la trésorerie pour investir, concède-t-elle. On a besoin d’un fonds de roulement énorme car nous faisons l’avance des pièces ».
La jeune femme dynamique et optimiste, qui cumule un deuxième emploi à mi-temps, sait qu’elle doit développer l’activité pour la pérenniser. Car même si elle dégage un chiffre d’affaires de 11.000 euros par mois, elle le réinjecte quasi en totalité dans les charges de son entreprise.

Elle tente alors le concours Talents des Cités initié par le Ministère de la Cohésion des Territoires et remporte le prix national avec à la clé un chèque de 7000 euros. Cette somme lui permettra de créer une station de lavage écologique au sous-sol du garage, dès cet été. Elle espère aussi ouvrir un second Lak’Auto, cette fois dans les quartiers nord de Toulouse, à Borderouge ou aux Izards.
Audrey Sommazi

Sur la photo de Une, Souad Boudjella table sur un chiffre d’affaires de 150.000 euros en 2019.
Sur la deuxième photo, la cheffe d’entreprise prend la pose avec Patrick Laborde, carrossier peintre, et Mustapha Hamani, mécanicien. Photos : Rémy Gabalda - Crédits : ToulÉco