ToulÉco

Publié le lundi 13 janvier 2020 à 19h00min par Audrey Sommazi

Toulouse : bilan douloureux pour le commerce du centre-ville

Les soldes qui ont commencé mercredi 8 janvier à Toulouse rattraperont-ils l’impact économique de la mobilisation des gilets jaunes et celle contre la réforme des retraites ?

« On a déjà pris du retard sur les deux premiers jours des soldes à Toulouse », déplore Marc Fridman, président régional « très pessimiste » du syndicat de l’habillement. « Pourtant, on avait limité la période des soldes à quatre semaines – au lieu de six – pour re-dynamiser le secteur. Force est de constater que ce n’est pas le cas. On espère maîtriser la baisse du chiffre d’affaires », ajoute Marc Fridman, qui est aussi le franchisé de trois boutiques de la marque de jeans Levi’s dans la Ville rose et ses environs. « C’est une catastrophe », constate Simon Kouby, président de l’association des commerçants de l’hypercentre toulousain (rues de la Pomme, des Arts et Saint-Pantaléon). « C’est une désertion totale ».

Même si ces deux acteurs reconnaissent une crise structurelle du secteur liée à l’arrivée du e-commerce voila une dizaine d’années, ils pointent le mouvement des gilets jaunes, démarré en novembre 2018, et les manifestations contre le projet de réforme des retraites, débutées le 5 décembre 2019. « Ces mobilisations ont fortement déstabilisé le marché et ont fortement impacté le commerce et l’habillement. Les grèves ont fini de le tuer. Beaucoup ferment, certaines grandes enseignes quittent la ville », constate le président du syndicat de l’habillement qui cite Desigual et Nespresso contraintes de mettre la clé sous la porte, place du Capitole.
Simon Kouby, qui accuse une perte de 30 à 40 % de son chiffres d’affaires, demande au maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, et au gouvernement, de « prendre des décisions pour que les défilés aient lieu ailleurs qu’en centre-ville ».

Un guichet au tribunal de commerce

Christian Bastide, président du tribunal de commerce de Toulouse, constate également que « la crise perdure et n’améliore pas les recettes des commerçants ». Pourtant, l’administration fait état d’un faible taux de dépôts de bilan. « On rencontre un mécanisme curieux. Depuis quatre ans, le taux de création d’entreprise est excédentaire par rapport à celui des défaillances, qui lui est en baisse. Le volume de création masque les disparitions d’entreprise ». Le président, qui laissera sa place à la fin du mois à Laurent Granel, craint cependant que les pertes des recettes des commerçants liées aux manifestations soient significatives en 2021. Pour anticiper ce phénomène, un guichet accueille les assignés afin de trouver des solutions avant la cessation de l’activité.
Audrey Sommazi

Sur la photo : la période des soldes permettra-t-elle aux commerçants toulousains de retrouver du souffle ? Crédits : Valentine Chapuis - ToulÉco.

P.S. :

Pour aider les commerçants, entreprises et artisans des centre-villes d’Occitanie (Toulouse, Montpellier, Béziers, Montauban, Perpignan) impactés par les mobilisations, la Région a débloqué un fonds régional d’intervention de 7,2 millions d’euros au 1er décembre 2019 :
- 4,2 millions d’euros alloués à la dégradation du chiffre d’affaires de 577 commerçants en difficulté
- 3 millions d’euros d’avances de trésorerie (prêt de trésorerie, prêt d’investissement et prise en charge des intérêts) permettant d’accompagner 145 dossiers en partenariat avec bpifrance.
- 80 000 euros pour aider à la réparation des commerces dégradés : quinze entreprises en ont bénéficié.