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Publié le lundi 2 octobre 2017 à 21h12min par Johanna Decorse

Transports. Des élus de Toulouse Métropole dénoncent la « spoliation » de l’aéroport

Le groupe d’opposition « Métropole citoyenne » présente ce mardi en conseil communautaire une motion au sujet de la gestion financière de l’aéroport de Toulouse Blagnac. Il dénonce « la spoliation » que constitue le versement de 27,8 millions d’euros de dividendes aux actionnaires.

Deux ans et demi après la vente pour 308 millions d’euros de 49,99% des parts de l’État dans la société Aéroport de Toulouse au bénéfice de Casil Europe, « Métropole citoyenne » fait les comptes. Depuis l’arrivée du nouvel actionnaire, issu du consortium chinois Symbiose, « 27,8 millions d’euros (se sont) évaporés sous forme de dividendes », soit « l’équivalent de quatorze années de dividendes du temps où la puissance publique dirigeait la société », note le groupe d’opposition emmené par le maire divers-gauche de l’Union, Marc Péré, au sein de Toulouse Métropole.

C’est une « spoliation » résument ses quatre élus au sujet des versements successifs de 4,9 millions d’euros en 2015, de 7,85 millions d’euros l’année suivante et du prélèvement de 15 millions supplémentaires en octobre 2016 décidé avec l’aval de l’État. « Aucune société ne pratique de tels niveaux de prélèvement sur les bénéfices pour le versement de dividendes (…) Il s’agit là de prédation, pas de gestion responsable », observent-ils.

C’est dans ce sens que leur groupe va présenter ce mardi 3 octobre en conseil communautaire une motion appelant Toulouse Métropole, actionnaire public à hauteur de 5% comme le Département et la Région, à prendre position pour une « gestion de l’aéroport au service du développement économique » du territoire « et non au service d’intérêts financiers qui menacent son avenir ».

« Une gestion à court terme »

Cette initiative des quatre élus métropolitains vise à convaincre l’État de ne pas céder à Casil Europe les 10,01% de parts qu’il détient encore dans ATB. À compter du 18 avril 2018, l’État aura en effet un an pour décider ou non d’exercer cette option de vente qui rendrait l’actionnaire chinois majoritaire au capital de la société.

« Nous avons sept mois pour convaincre l’État et pour faire adopter cette motion par l’ensemble des actionnaires publics locaux afin d’arrêter cette gestion à court terme, scandaleuse et dangereuse, de l’aéroport. Il faut sanctuariser les réserves financières et revenir à une distribution raisonnable des dividendes », explique Marc Péré, par ailleurs vice-président de Toulouse Métropole.

La Région et le Département qui a déjà engagé une réflexion sur un possible rachat des parts résiduelles de l’Etat par un financement participatif, devraient être faciles à persuader. Rien n’est moins sûr pour la Chambre de commerce et d’industrie de Toulouse (25% du capital) et Toulouse Métropole qui, en octobre 2016, avaient voté en faveur du prélèvement de 15 millions d’euros sur les réserves d’ATB.

Retour du pacte d’actionnaires

Dans cette motion, le groupe d’opposition demande aussi la publication du pacte d’actionnaires réclamé depuis plusieurs années par le Collectif contre la privatisation de la gestion de l’aéroport. Selon eux, ce document apporterait la preuve que l’État français s’est engagé lors de la cession à se rallier à toutes les décisions des actionnaires chinois, pourtant minoritaires en matière de budget, de modification de statuts ou de versements de dividendes.

Une concession dont le ministre de l’Économie de l’époque, Emmanuel Macron, à l’origine de la loi qui a permis la privatisation partielle des aéroports de Toulouse, Nice et Lyon, pouvait difficilement être tenu à l’écart. Ce fameux pacte d’actionnaires, gardé secret jusqu’à aujourd’hui, pourrait donc le rester encore longtemps, notamment pour des raisons politiques. Mais si l’État venait à confirmer la vente de ses parts restantes à Casil Europe pour la somme estimée de 60 millions d’euros, il s’agirait bien d’une réelle privatisation.
Johanna Decorse

Sur la photo : Le groupe d’opposition « Métropole citoyenne » dénonce la gestion des actionnaires chinois de l’aéroport Toulouse-Blagnac. Crédits : Philippe Garcia - Aéroport Toulouse-Blagnac.