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Publié le mercredi 11 juillet 2018 à 20h50min par Gaëlle Perret

Thierry Renard : « Une vie sans pétrole demandera du temps »

Directeur du Centre scientifique et technique Jean Féger et de Total Global Human Resources Services, Thierry Renard évoque l’avenir d’un des centres scientifiques en pointe dans le domaine pétrolier et la vision de Total sur la transition énergétique.

Comment le CSTJF se positionne par rapport à la volonté du groupe Total d’être acteur de la transition énergétique  ?
Quand on parle du CSTJF on entend en effet pétrole et gaz, ce qui peut paraître antinomique par rapport à la nécessité de transition énergétique et les ambitions affichées du groupe autour du climat. Et pourtant nous sommes en plein dans cette stratégie, en améliorant par exemple l’intensité carbone de notre production, ce qui passe notamment par le développement du gaz plutôt que du pétrole et l’abandon du charbon qui appartient au passé. Nous cherchons de nouveaux gisements d’hydrocarbures tout en développant la technologie nécessaire pour les produire, dans des conditions parfois complexes comme en mer du Nord. Nous misons également sur le captage et le stockage de CO², après l’expérience du pilote de Rousse, avec d’autres partenariats (mer du Nord…).

Quels sont les autres exemples sur lesquels le Centre travaille ?
Pour les énergies renouvelables, le groupe s’appuie sur des sociétés comme SunPower, Total Solar, Saft même si le CSTJF est moins impliqué sur ces sujets là. Nous travaillons activement à améliorer l’efficacité énergétique de nos installations et à diminuer nos émissions de gaz. Ainsi nous réduisons le flaring, le brûlage à la torche des gaz associés que nous voulons éliminer d’ici 2030. Nous travaillons sur la miniaturisation des installations off shore afin qu’elles soient plus efficace en termes de consommation d’énergie. Cela va de pair avec la maîtrise des coûts, nécessaire dans le contexte économique actuel.

Le CSTJF est présenté comme un centre d’expertise dans le domaine de l’activité pétrolière, avec un vrai enjeu autour du pétrole du futur. Est ce toujours d’actualité ? 
Les prospectives menées par les différents organismes montrent bien que le pétrole et le gaz auront encore une place prépondérante pour plusieurs décennies dans le mix énergétique, la part du charbon va baisser et les énergies nouvelles vont monter. C’est une course permanente, nous sommes à la recherche de nouveaux gisements et nous améliorons la récupération des gisements déjà découverts car il y a là aussi un potentiel important. S’il est impossible d’extraire tout le pétrole et le gaz présent dans un gisement, nous réussissons à en produire davantage grâce à des techniques plus modernes. Les équipes du Centre sont là pour traquer de nouveaux gisements bien cachés grâce à notre puissance de calcul. Nous travaillons aussi à identifier les moyens les plus adaptés pour extraire ce pétrole à des coûts de production compétitifs.


Que répondez-vous à ceux qui prédisent ou souhaitent la fin du pétrole ?

Qu’ils imaginent aujourd’hui une vie sans pétrole… ce n’est concrètement pas possible du jour au lendemain, cela demandera du temps, d’où la nécessité d’une période de transition énergétique. C’est pourquoi Total travaille au développement du solaire et d’autres énergies renouvelables. Il faut aussi arriver à consommer aujourd’hui de manière plus responsable.

Comment le Centre va-t-il évoluer dans les vingt à cinquante prochaines anné » ?

L’enjeu essentiel aujourd’hui pour préparer les prochaines années est commun à toutes les villes moyennes françaises et est lié à l’attractivité du territoire. Avec la CCI et l’agglomération, nous y travaillons de concert, avec le support du tissu économique local, politique, administratif… Un site comme Pau qui cherche à attirer les jeunes talents, rencontre des problématiques, comme celle concernant le travail du conjoint, même s’il y a une qualité de vie sans commune mesure avec Paris par exemple. Depuis quelques mois, la CCI et la mairie se sont bien mobilisées, avec la mise en place de deux platesformes pour trouver un emploi. Nous regardons cela de manière très positive, c’est un vrai enjeu, d’autant qu’il y a aussi des métiers en tension pour lesquels on a du mal à recruter…

De quelles manières travaillez-vous avec l’Université de Pau ?
L’UPPA (Université de Pau et des Pays de l’Adour) est un partenaire historique, un vrai pôle de compétences avec qui nous avons établi des relations de confiance et de qualité. Nous les accompagnons dans leurs projets (i-site par exemple), et travaillons beaucoup avec eux sur toutes les thématiques énergies et environnement. Nous contribuons au développement des moyens importants de l’université en étant un partenaire majeur. Nous travaillons également avec l’Université sur l’enseignement du français pour les salariés de nos filiales à l’étranger qui viennent s’installer en France trois à quatre ans avec leur famille. Actuellement nous avons 170 impatriés de quarante nationalités différentes. Nous avons également développé un programme d’études pour des étudiants réfugiés. C’est un projet pilote entre Total, l’UPPA et d’autres partenaires : dix étudiants bénéficient d’un programme de trois ans financé par la Fondation Total, une année de français et deux années d’études selon leur potentiel. En tant qu’entreprise, et collègues palois, et tout simplement comme êtres humains, nous avons un rôle à jouer.
Propos recueillis par Gaëlle Perret

Sur les photos :
En haut : Thierry Renard, à gauche sur la photo, chef d’établissement du CSTJF à Pau. Crédits : DR

En bas : Le CSTJF et le groupe Total utilisent des technologies de pointe dans leurs missions quotidiennes. Crédits : DR