Elvire Gagneur : « Au CJD, nous expérimentons la semaine de quatre jours »

Elvire Gagneur a été élue fin 2022 présidente du Centre des jeunes dirigeants (CJD) de Toulouse. Elle nous présente avec franc-parler les ambitions de son mouvement patronal qui revendique son attention à la transition écologique et sociale.

Elvire Gagneur, à la tête du CJD Toulouse, quelle est votre feuille de route ?
J’ai choisi trois thèmes de mandat qui sont l’engagement, l’audace et le plaisir, trois valeurs importantes pour moi. Il s’agit d’abord de faire vivre la section de Toulouse, qui compte soixante-dix membres. Il y a deux événements réguliers chaque mois : une commission, groupe de travail restreint sur un thème défini, et une conférence en plénière. Nous organisons aussi des formations plus ponctuelles dans l’année. Le deuxième objectif est de faire rayonner le mouvement du CJD au niveau local auprès des institutionnels, des partenaires économiques, des étudiants et du grand public et de leur montrer qu’ont peut diriger autrement.

C’est-à-dire ?
Autrement, c’est-à-dire de manière responsable. On peut être un patron d’entreprise et ne pas penser qu’à s’en mettre plein les poches. Il faut faire attention à la manière dont les bénéfices sont redistribués auprès des salariés et de l’écosystème local. Un dirigeant doit traiter correctement ses salariés, être attentif à leur épanouissement professionnel. Il faut aussi veiller à l’écart de rémunération entre le salaire le plus haut et le salaire le plus faible, essayer de faire participer les salariés aux décisions de l’entreprise. Cela peut-être aussi aménager le temps de travail. Nous sommes en train d’expérimenter, au sein d’un certain nombre d’entreprises membres du CJD, la semaine de quatre jours. En Occitanie, nous sommes un territoire pilote, une dizaine d’entreprises sont dans cette expérimentation.

Comment agissez-vous en termes de transition écologique et sociale ?
Sur le social, nous voulons être dans un rapport de partenaires avec nos clients et fournisseurs et pas dans le bras de fer. Pendant le Covid, par exemple, nous avions une devise qui était “paye tes fournisseurs” car nous voulions maintenir un cercle économique vertueux. Sur l’aspect plus environnemental, nous voulons valoriser les circuits courts avec des fournisseurs locaux, l’économie sociale et solidaire (ESS). Nous sommes aussi attentifs à l’impact carbone. Nous offrons à tous nos membres la méthode pour réaliser un bilan carbone et on les accompagne pour réaliser des changements au sein de leurs structures.

Lors du lancement du Guide du jeune entrepreneur, vous avez parlé de la question de la santé mentale des dirigeants. Le CJD compte agir sur le sujet ?
C’est un sujet dont on ne parle pas assez ! Quand on pense à un un dirigeant, on imagine d’abord un patron du CAC 40, qui vient seulement de temps en temps et qui touche ses actions à la fin de l’année. Or, la majorité des dirigeants sont des petits patrons qui ont monté seuls leurs boîtes, qui bossent soixante heures par semaine, qui galèrent à trouver des clients et à faire grandir leurs entreprises. Nous avons des taux de burn-out élevés chez nos adhérents comme dans toutes les organisations patronales. Nous réalisons pas mal de commissions de travail axées sur le bien-être des dirigeants.

La crise sanitaire a été particulièrement rude pour les patrons. L’année 2023 ne s’annonce pas simple non plus. Notamment pour les industriels et les artisans avec les conséquences de la crise énergétique.

Quels sont les temps forts à venir du CJD de Toulouse en 2023 ?
Le 19 janvier, on organise une plénière en partenariat avec TBS Education et sa junior entreprise ESCadrille. Cet événement aura pour thème le recrutement et la manière dont les jeunes voient l’entreprise. Nous allons faire pitcher des dirigeants du CJD face à un parterre d’étudiants qui vont leur faire des retours. Cela nous plaît bien de nous mettre en difficultés et de savoir ce que les jeunes attendent aujourd’hui.

Le prochain événement ouvert sera en juin avec notre Soirée prestige qui sera cette année sur le thème de l’audace. La devise du CJD est « oser diriger autrement ». Quand on est dirigeant, on est obligé de prendre des risques. Je trouve qu’on est encore dans un monde un peu lisse, où il ne faut pas faire de vagues, être un peu dans le moule. Cela manque d’étincelles. On sent qu’on est à la fin d’un cycle social, sociétal et, surtout, écologique. Il faut faire les choses différemment, c’est urgent ! Les jeunes sont de plus en plus intransigeants par rapport à ce qu’ils souhaitent en termes de qualité du cadre de travail, en termes de sens. Les entreprises qui ne sont pas portées par des valeurs citoyennes vont mourir.

Lire par ailleurs : Développement durable. Pour les Anedd 2022, les actions des “alumnis” de TBS Education à l’honneur

Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : Elvire Gagneur, nouvelle présidente du Centre des jeunes dirigeants (CJD) . Crédit :DR.

Deux chiffres en + :
42 ans : la moyenne d’âge des dirigeants du CJD Toulouse.
1635 euros : prix de l’adhésion au CJD.

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Source : https://www.touleco.fr/Elvire-Gagneur-a-ete-elue-fin-2022-nouvelle,36384