C’est moins le constat d’un échec que celui d’une équation particulièrement difficile : dans son rapport consacré au Syndicat mixte départemental de l’eau et de l’assainissement de l’Ariège (SMDEA), la Chambre régionale des comptes d’Occitanie pointe un réseau vieillissant, où plus d’un tiers du désormais précieux liquide se perd dans la nature.
Si le rendement du réseau ariégeois reste inférieur à la moyenne nationale « d’un peu moins de 20 % de fuites », le magistrat Baptiste Didier, rapporteur de l’étude, invite à replacer la donnée dans son contexte : d’abord, la problématique du SMDEA n’est pas un cas isolé parmi les collectivités étudiées par la Chambre sur la gestion de l’eau. En outre, avec 228 communes desservies et environ 121.000 habitants, le syndicat exploite plus de 4000 km de canalisations dans un territoire particulièrement complexe. « Zones de montagnes, habitats dispersés... Le SMDEA gère un réseau très étendu, avec beaucoup de contraintes. Il est normal qu’il n’ait pas le même rendement qu’un réseau de ville », nuance-t-il.
800 millions à 1,2 milliard d’euros
Reste que le vieillissement des infrastructures impose désormais de prioriser les investissements. La Chambre estime entre 800 millions et 1,2 milliard d’euros le coût théorique du remplacement des canalisations considérées comme obsolètes, auquel s’ajouterait un effort annuel de 8 à 30 millions d’euros pour maintenir durablement le réseau en état.
Financer un tel montant nécessiterait une hausse significative du prix de l’eau « entre un quart et le double du tarif actuel » selon la Chambre, qui « ne serait pas à elle seule suffisante » et, de surcroît, s’avèrerait « difficilement supportable par une partie des abonnés, dans un département dont le taux de pauvreté est supérieur à la moyenne nationale ». Alors, que faire ? « Nous ne disons pas qu’il est impossible d’augmenter ; le SMDEA a régulièrement relevé ses tarifs ces dernières années, mais moins que l’inflation. Le sujet de la tarification nous semble plus important que ce qui a été fait jusqu’à présent », répond Baptiste Didier.
Le syndicat dispose « de quelques marges de manœuvre sur son endettement, avec des capacités d’emprunt un peu plus larges », estime également le magistrat, et bénéficie déjà de subventions, notamment de l’Agence de l’eau. La Chambre invite surtout à interroger le modèle économique d’un service qui doit normalement être financé par ses usagers.
Quel risque si l’on n’investit pas ?
Derrière cette problématique financière se joue aussi la préservation de la ressource. Les fuites représentent de l’eau prélevée, traitée puis finalement non distribuée, alors même que certaines ressources ariégeoises sont de plus en plus fragiles. S’y ajoutent des enjeux sanitaires liés notamment aux canalisations anciennes en plomb et en PVC.
Sur ces sujets, le rapport ne révèle pas nécessairement des problèmes inconnus. « Le SMDEA n’a pas découvert le sujet avec notre rapport. Il avait déjà engagé plusieurs actions. Notre rôle est plutôt de leur montrer le chemin qui reste à parcourir », souligne Baptiste Didier.
Et il sera long : déterminer quelles canalisations remplacer en priorité, trouver les financements et préserver la ressource tout en maintenant un prix de l’eau acceptable pour les habitants représente tout l’enjeu des prochaines années. « Une recherche d’équilibre » d’autant plus délicate que le coût du statu quo pourrait se payer plus cher encore, en eau perdue, en infrastructures vieillissantes et, à terme, en investissements encore plus lourds.
Marie-Dominique Lacour
Sur la photo : Le Salat, à Saint-Girons, Ariège. Crédit : Olybrius.
