C’est un rapport au vitriol que les magistrats financiers de la Chambre régionale des comptes Occitanie (CRCO) ont fait paraître ce lundi 8 juin. L’enquête, instruite depuis décembre 2024, porte sur les exercices 2019 à 2024 de l’association Le Printemps des comédiens, alors même que la 40e édition du festival bat son plein à Montpellier. Une temporalité liée à la durée de l’enquête et à la période de réserve électorale qui a contraint la date de publication, sans volonté de porter atteinte au festival : « Il s’agit de bien distinguer le festival en lui-même de l’association qui porte son nom », indique clairement Valérie Renet, présidente de la Chambre.
Sur la période contrôlée, l’association a bénéficié d’environ 12,8 millions d’euros de subventions publiques. La majeure partie lui a été apportée par la Métropole de Montpellier - à hauteur de 9 millions d’euros, dont près de 80 % sont issus d’une dotation du Conseil départemental de l’Hérault - et de l’État via la Drac, pour 2,8 millions d’euros. Malgré ces flux croissants d’argent public, la situation financière s’est fortement dégradée dès 2023, au point de déclencher plusieurs procédures d’alerte successives du commissaire aux comptes.
Une gestion concentrée, des dépenses non maîtrisées
Les magistrats relèvent deux séries de dysfonctionnements majeurs. Le premier concerne la gouvernance interne. "Sans qu’il ne dispose des pouvoirs et délégations nécessaires, le directeur [Jean Varela, NDLR] a concentré une grande partie des prises de décisions. Dans ce contexte, de nombreuses dépenses s’avèrent insuffisamment justifiées et sans lien avec les intérêts de l’association", pointe le rapport.
Le salaire du directeur représente à lui seul 190.000 à 200.000 euros, soit 12 % des charges de personnel sur l’ensemble de la période. "S’y ajoutent les rémunérations de prestataires externes pour réaliser des missions de direction, censées être assurées par le directeur lui-même", ajoute Valérie Renet, qui enfonce le clou en pointant "des frais de déplacements et de réception atteignant environ 130.000 euros par an" et "une utilisation non contrôlée des moyens de paiement de l’association".
Par ailleurs, le poste de trésorier, exercé pendant quelques mois par Michaël Delafosse avant son élection comme maire de Montpellier et président de la Métropole en 2020, est ensuite "resté vacant de longues périodes", indique le rapport.
La Métropole de Montpellier, financeur peu regardant
Le second volet concerne le suivi insuffisant des financeurs. La Métropole de Montpellier, principal bailleur, n’a par exemple pas exigé de convention pluriannuelle d’objectifs. "La collectivité s’est retranchée derrière le fait qu’elle n’a pas reçu assez d’informations de la part de l’association, sans pourtant aller jusqu’à lui demander des retours plus précis", constate Valérie Renet.
L’État, de son côté, a régulièrement abondé sa contribution en cours d’année, "sans motif particulier". La chambre en veut pour exemple une aide de 50.000 euros spécifiquement affectée à un spectacle... qui n’a finalement jamais vu le jour. La somme n’a pas encore été remboursée, faute aussi d’être réclamée. "Il a été laissé à cette association une grande liberté d’utilisation des deniers publics", résume la présidente.
L’association conteste ces conclusions, faisant valoir que son activité, désormais arrêtée, "oblige à dépasser la seule lecture comptable". C’est, depuis 2025, l’Établissement public de coopération culturelle (EPCC) "Cité européenne du théâtre" [1] qui porte le festival. La Métropole, pour sa part, a indiqué avoir décidé d’engager une procédure transactionnelle pour mettre fin aux fonctions du directeur "face aux incertitudes financières et au manque de transparence". Jean Varela a quitté son poste en décembre 2025.
Marie-Dominique Lacour
Photo : Les magistrates de la CRCO lors de la conférence de presse relative au rapport concernant la gestion du Printemps des comédiens, le 8 juin 2026. De gauche à droite : Émilie Almero, magistrate, Valérie Renet, présidente, et Isabelle Houvenaghel, présidente de section à la CRC Occitanie. Crédit : CRC Occitanie.
Notes
[1] Un établissement public de coopération culturelle est une structure publique créée conjointement par des collectivités territoriales et, le cas échéant, l’État, pour gérer un service public culturel. Contrairement à une association privée, il offre des garanties de transparence et de rigueur dans l’utilisation des fonds publics, tout en conservant une certaine souplesse de gestion. C’est précisément pour sortir le Printemps des comédiens du cadre associatif, jugé inadapté aux enjeux financiers du festival, que la Métropole de Montpellier a créé en juillet 2024 l’EPCC Cité européenne du théâtre, qui porte désormais le festival depuis l’édition 2025. Toutefois, l’association Printemps des comédiens, bien qu’ayant cessé son activité, n’a pas encore été dissoute
