Les camions chargés de troncs entassés ne franchissent plus Fibre Excellence à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne. Car, depuis le 23 avril, les chaudières de l’usine qui produisent de la pâte à papier sont à l’arrêt. En cessation de paiement en raison d’un déficit de 30 millions d’euros causé par la vente à perte de l’électricité produite, le groupe français a été placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Toulouse le 27 avril, assorti d’une période d’observation de six mois.
Cédric Bye, contremaître d’équipe, et secrétaire du conseil social et économique (CSE), est l’un des 280 salariés qui pourrait perdre son emploi. « J’ai envie de sauver mon usine. Je veux tout faire pour préparer son avenir », affirme-t-il. Entré chez Fibre Excellence en 2007, il a encouragé son fils à le rejoindre alors qu’il se destinait à une carrière de professeur de tennis. Jean-Baptiste Cazenave Bye, 23 ans, ne regrette pas son choix. Formé au sein de l’usine, il gagne, à 23 ans, 32.000 euros nets par an. « Il faut que je regarde les offres d’emploi mais je sais qu’il n’y a pas grand-chose. Et puis, je n’ai pas envie de déménager », explique le jeune homme, qui se sent « un peu démoralisé » par la situation « compliquée ».
Dépot des offres de reprise éventuelle le 31 ami, dernier délai
À Tarascon, ville des Bouches-du-Rhône sur laquelle est construite Fibre Excellence Provence (250 salariés), Douae Boukhriss, responsable de la station d’épuration d’eau et adjointe du responsable laboratoire, ne baisse pas non plus les bras. « Je me répète que ce nous vivons n’est qu’une phase qui permettra de repartir sur de bonnes bases », affirme celle qui est venue manifester à Toulouse « par devoir » en mars. Prochaine étape dans la procédure : la convocation de la direction de Fibre Excellence au tribunal le 3 juin au cours de laquelle la trésorerie du groupe sera examinée. En revanche, les éventuelles offres de reprise doivent être déposées avant le 31 mai.
« Nous demandons en urgence la tenue d’une réunion à Matignon », réclame une intersyndicale CGT-FO-CFDT. « À ce jour, la seule solution pour éviter une liquidation, c’est l’injection de 20 millions d’euros pour pouvoir redémarrer nos usines et générer de la trésorerie. » En 2021, le gouvernement avait accordé un soutien d’environ 9 millions d’euros à l’usine de Tarascon en redressement judiciaire. Et la justice avait validé le plan d’autoreprise de Jackson Widjaja, unique candidat à la reprise.
De son côté, Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie, très impliquée dans ce dossier, s’est engagée à « rentrer au capital, contribuer à la garantie des prêts, solliciter des industriels, pour consolider la situation financière dès à présent ».
Audrey Sommazi
Sur la photo : Malgré une pluie battante, plusieurs centaines de personnes ont manifesté samedi 14 février à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) pour défendre l’ usine de pâte à papier Fibre Excellence menacée de fermeture. Crédit : Rémy Gabalda - ToulÉco.

