Le fabricant de pâte à papier Fibre Excellence menace de fermer ses deux usines de Saint-Gaudens en Haute-Garonne, et de Tarascon dans les Bouches-du-Rhône, le 15 mars prochain, si l’État n’augmente pas le prix d’achat de l’électricité produite par ses deux sites. Quelque 600 emplois en tout pourraient être supprimés, dont 260 dans le Comminges, au sud de la Haute-Garonne.
Outre la production de pâte à papier destinée à la confection de cahiers, mouchoirs ou emballages, Fibre Excellence produit de l’électricité à partir de déchets de bois (la lignine) après l’extraction de la cellulose. Mais, si l’activité pâte à papier écrue et blanche est à l’équilibre, les comptes de l’entreprise sont plombés par des pertes "opérationnelles très importantes" dans la production d’électricité sur l’exercice 2025, explique la direction de Fibre Excellence. Alors, le groupe en appelle à l’Etat pour déterminer un nouveau prix de rachat de l’électricité indexé sur les coûts de production. "Actuellement, l’État paye entre 105 et 120 euros le mégawattheure mais le coût de production du mégawattheure pour Fibre Excellence est de 160 et 180 euros puisque le prix du bois d’industrie a fortement augmenté depuis la guerre en Ukraine en 2022", précise le porte-parole de Fibre Excellence.
Même si le propriétaire Jackson Widjaja, dont la famille dirige le groupe indonésien Asia Pulp & Paper, a accordé début février une rallonge financière de neuf millions d’euros, l’entreprise maintient la pression. "Le dialogue avec l’Etat est régulier et constructif. Mais, à ce jour, on n’a obtenu aucune garantie. Et, si la situation ne change pas, il y a un risque de liquidation judiciaire et de fermeture", prévient le groupe. "Bien sûr, on ne veut pas en arriver là. Fibre Excellence considère qu’il y a un marché de pâte à papier en France."
Mobilisation des salariés
De leur côté, les salariés se mobilisent. Sur le terrain, avec l’appui de la CGT, seule organisation syndicale présente sur le site de Saint-Gaudens, ils ont organisé une manifestation dans les rue de la ville le 31 janvier suivie par Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie, et Sébastien Vincini, président du conseil départemental de la Haute-Garonne. Les salariés ont lancé une pétition “Sauvons l’industrie dans le Comminges” signée par 2500 personnes.
En parallèle, une intersyndicale FO, CGT, CFDT ont entamé des discussions avec l’État dans le cadre du Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI), instance chargée d’accompagner les entreprises en difficulté. Une rencontre a eu lieu mercredi 11 février à Paris, à Bercy. "Rien n’est encore acquis", ont estimé les syndicats à l’issue de la réunion. Et ils annoncent une nouvelle réunion le 26 février. "Nous allons poursuivre les discussions pour obtenir des engagements concrets", assurent-ils. En attendant, une nouvelle mobilisation est organisée samedi 14 février, à Saint-Gaudens.
Audrey Sommazi
Sur la photo : L’usine Fibre Excellence à Saint-Gaudens. Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.
