ToulÉco

Publié le jeudi 23 janvier 2020 à 20h00min par Valérie Ravinet

Agnès Salson et Mikaël Arnal : « On passe la porte du cinéma et tout est possible »

Ensemble ils ont fondé la Forêt Electrique pour réinventer la salle de cinéma. Agnès Salson et Mikaël Arnal vont de succès en succès, avec une énergie qui séduit et soulève des montagnes. Prochain rendez-vous avec le 7e art à Toulouse, au Faubourg Bonnefoy.

Ils empruntent leur motto à Samuel Beckett : « Essayer. Rater. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. » Mais lorsqu’on les écoute raconter leur aventure, on se demande bien ce qu’ils ont raté… Le couple de professionnels du cinéma rêve d’inventer une salle d’un nouveau genre : « On se sentait figés entre la salle d’art et essai et le multiplex, on rêvait d’autre chose, un cinéma plus festif, un lieu animé, interconnecté… »

En quête d’inspiration, ils parcourent en 2014 les routes de France à la rencontre des salles et des exploitants. À l’issue de ce voyage, une plateforme numérique et un livre qui raconte les scènes inspirantes de la centaine de lieux visités : ici une boîte à lire, là des tickets solidaires pour ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir une place… « Un voyage riche, qui a suscité de nouvelles questions. Nous sommes partis à la rencontre d’autres modèles, en Europe, pour étendre notre champ d’exploration, avec une question : comment créer “ notre ” cinéma ? »

À l’issue de ce second voyage de six mois, Agnès et Mikaël posent sur le papier trois grandes idées pour « une nouvelle génération de salles » : impliquer le public, enrichir la programmation d’autres propositions -diffusion de séries, jeux vidéo, sons…- et proposer des espaces supplémentaires à ceux qui sont réservés à la projection. Ils ont envie de recréer des espaces de convivialité et de création pour les artistes. Ils décident de s’ancrer dans la Ville rose, l’une des villes « les plus cinéphiles de France », après Paris et Lyon. Ils font fi de l’aspect matériel et patrimonial du projet, estimé à 3 millions d’euros, en prenant le chemin de l’éphémère. Puis c’est la rencontre avec l’équipe de la Cartoucherie : « Notre projet est devenu collaboratif. Sans la centaine de bénévoles qui nous a aidés on n’y serait jamais arrivés », observe Agnès Salson.

Rendez-vous au Faubourg Bonnefoy

L’expérience Cartoucherie dure un an. S’ensuit un contact avec une des équipes engagées dans l’appel à projet Dessine- moi Toulouse. Le projet est retenu : la Forêt électrique se déploiera en 2024 au coeur du Faubourg Bonnefoy, dans un ancien bâtiment industriel, avec un bail signé pour trente ans. D’ici là, le jeune couple lance Electric Animals, une structure de production, commercialise le livre de leurs aventures européennes, Cinéma Makers et prépare un film de sciencefiction, tournage en décor naturel local. Et compte bien prendre le temps « d’expérimenter le lieu, en y préfigurant toutes les activités ».

Certes, le modèle économique reste à inventer, « cela fait partie du process ». Mais le projet s’appuie sur l’accompagnement financier d’acteurs publics, d’investisseurs privés et sur une gestion fine des recettes de l’exploitation des salles. Difficile d’imaginer qu’ils vont « rater mieux ».
Valérie Ravinet

Sur la photo : Agnès Salson et Mikaël Arnal ont parcouru l’Europe avant de se poser à Toulouse . Crédits : Valentine Chapuis - ToulÉco.