Qu’emporteriez-vous sur une île déserte ?
Ma bibliothèque… Il faut quelque chose qui rentre dans une valise ? Alors, je prends un livre. Ce serait Le Maître et Marguerite, de Mikhaïl Boulgakov (éd. Posev), parce que je pourrai le relire à l’infini.
Votre juron préféré ?
Celui que j’utilise le plus, c’est « putain ». Il peut varier selon l’endroit où je me trouve. Je rajoute un « g » à la fin à Marseille, et un « m » à Montpellier.
Avec quelle personnalité aimeriez-vous partager un dîner en tête-à-tête ?
Albert Camus, parce que dans les temps d’injonction clanique dans lesquels nous sommes, il a su avoir le courage de la nuance.
Votre livre de chevet ?
Le livre que je lis actuellement, il s’appelle Leçons de bonheur (éd. Puf). C’est un livre d’Ilaria Gaspari. Je suis dans une période italienne, parce que je lis en même temps Douce Menace (éd. Albin Michel) de Léa Simone Allegria. Au moment où se parle, on est dans la période de la rentrée littéraire que j’aime beaucoup, avec tous les salons du livre. On rencontre d’autres auteurs avec qui on échange nos bouquins.
Votre principal trait de caractère ?
Le bon, ce serait l’enthousiasme. Le mauvais, ce serait ma « PierreRichardite » aiguë : aucun esprit pratique, suivre une notice est un cauchemar pour moi. C’est difficile de choisir, parce que je suis aussi un angoissé qui se soigne.
Quand vous étiez petit, vous étiez « un jedi ». Que rêviez-vous de faire plus tard ?
Vraiment petit, je rêvais d’être Michel Platini ou Yannick Noah, sauf que je fais 1m66… et demi. Puis, je n’aurais sans doute pas eu les prédispositions pour faire carrière dans le foot ou le tennis. À force de blessures à l’adolescence, j’ai récupéré une guitare poussiéreuse dans la chambre de ma sœur, et j’ai commencé à écrire des chansons.
Et, à l’inverse, quel métier n’auriez-vous jamais pu faire ?
Expert-comptable. Parce que je suis nul en maths, et j’aime tout ce qui échappe à la maîtrise. Ça ne veut pas dire que je n’aime pas les chiffres, ils ont une poésie, mais quand on doit s’en tenir à une comptabilité, même émotionnelle, de la vie, je suis mal à l’aise. Ce n’est pas du mépris pour les experts-comptables, c’est que ce métier va à l’encontre de ma nature.
Un souvenir de scène inoubliable ?
C’était un concert au Grand Rex, après ma greffe de moelle osseuse. On m’avait annulé cette date sans me le dire, quand je suis tombé malade. Une fois guéri, j’y suis retourné. Pour jouer Heroes de David Bowie, en rappel, j’étais entouré de deux batteurs, dont le médecin qui m’a fait ma greffe. On joue ce morceau et moi-même, sur scène, je suis devenu spectateur.
Votre madeleine de Proust ?
J’ai la chance de la croquer tous les jours : ce sont les histoires. J’aimais qu’on me raconte des histoires, je m’en suis inventé, et j’ai la chance d’en avoir fait mon métier.
À quelle époque auriez-vous voulu vivre ?
Je ne suis pas un grand fanatique du « c’était mieux avant ». J’aime me confronter à mon époque. Mais je pense que l’arrivée du rock n’roll, cette fusion entre le blues du Mississippi, la musique noire et la musique blanche, a créé une libération joyeuse au début des années cinquante. Elvis a eu du succès parce que c’était un blanc qui chantait comme un noir. Il y a une mixité joyeuse dans ce rock qui fait que j’aurais aimé voir ça.
La dernière chose que vous faites avant d’éteindre la lumière ?
En principe, je lis. Et la toute dernière chose, comme ma femme s’endort souvent avant moi, j’aime bien me blottir contre elle pour réchauffer mes pieds glacés sur elle.
Qu’aimeriez-vous écrire sur votre pierre tombale ?
« Il était drôle. » Ça englobe tout, parce que l’humour est une politesse, une générosité, et une façon d’être un peu plus que soi-même. Quand on a de l’humour, on doit pouvoir se moquer de soi-même. Ceux qui ne font que se moquer des autres ont seulement un peu d’acrimonie. À côté de cela, je suis un fan de Charlie Hebdo, mais j’aime me moquer de moi-même. L’âge faisant, on abandonne les petites vanités qui ne sont pas nécessaires. Les gens qui ne sont pas intelligents ne sont pas drôles. Pour moi, c’est la finalité de toutes les générosités.
Propos recueillis par Jules Mestre
Sur la photo : Mathias Malzieu, artiste touche-à-tout et chanteur de Dionysios, répond aux questions décalées de notre interview off. Crédit : Hélène Ressayres-ToulÉco.
