Blague à part, on en vit bien ?

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Réseaux sociaux, scènes ouvertes, comedy clubs… Pour les humoristes, les moyens de se faire connaître sont toujours plus nombreux. Mais face à la concurrence, tout le monde n’arrive pas à percer. Dans ce milieu toujours plus concurrentiel, pas si simple de faire carrière et de gagner sa vie.

Dans chaque entreprise ou groupe d’amis, il y a celui qui aime bien faire rigoler. Le blagueur, le vanneur, le chambreur… Celui qui a de la répartie, de l’autodérision, un humour noir ou pince-sans-rire. À l’image de Caroline Estremo , certains vont plus loin et font le choix d’en faire leur métier, avec ce que cela comporte d’incertitudes. « On ouvre les candidatures en juillet, avec une sélection fin octobre. Pour cette édition, nous avons reçu 250 candidatures pour seulement douze sélectionnés », illustre ainsi Christelle Turzi, qui travaille sur le tremplin jeunes talents du festival toulousain du Printemps du rire. Un nombre conséquent, alors qu’il faut pouvoir tenir trente minutes sur scène avec un texte écrit ou co-écrit.

Les comedy clubs et les scènes ouvertes, en plein développement, sont d’autres portes d’entrée pour ces comiques qui veulent se faire les dents et tester leur texte. S’il est assez facile d’y jouer, les revenus sont souvent modestes. Mais aujourd’hui, c’est aussi beaucoup grâce aux réseaux sociaux que l’on peut se faire remarquer. « Ana Godefroy a été repérée par Quotidien, qui est un excellent accélérateur de carrière, pour y faire une chronique. La Montpelliéraine Camille Tissot, qui avait postulé au tremplin du Printemps il y a quelques années, a explosé sur les réseaux cet été. Mais les exemples ne sont pas légion », poursuit la professionnelle.

Thomas GT, lui, a découvert les théâtres et les comedy clubs en 2019 à Paris, à l’occasion de son stage de fin d’étude dans un cabinet de conseil pour valider un Master en marketing et management de Toulouse School of Management. « Ce que je faisais ne me plaisait pas du tout. Et j’avais ce désir artistique depuis longtemps, mais je ne l’assumais pas », explique-t-il. Le Cours Florent ? Inaccessible aux yeux du jeune Toulousain, qui, pourtant, se lance dans l’aventure. Il y apprend les fondamentaux, s’ouvre à la scène : un vrai défi pour ce dyslexique. Mais le Covid et des cours à distance viennent casser la dynamique. Il opte alors pour l’Académie d’humour et neuf mois intensifs au contact de professionnels. « J’y ai appris à me livrer, à parler de mon vécu. Car c’est le personnel qui touche l’universel », explique Thomas GT, qui sort de cette expérience avec quarante minutes de spectacle.

Mais en comptant une année supplémentaire pour écrire l’entièreté de son spectacle Artichaut, ce sont quatre ans assez « complexes », de son propre aveu. « Il y a le RSA, la livraison de pizzas… Et entre l’année d’écriture et la première de mon spectacle, j’ai animé des événements privés, fait des capsules, pour gagner ma vie et cotiser à l’intermittence… », détaille-t-il. Une première qui a lieu en juin 2023, à la Petite comédie de Toulouse. Tout en continuant à jouer dans ce théâtre de la Ville rose, il multiplie ensuite les expériences : le Festival d’Avignon « en kamikaze », la Petite loge et ses vingt-cinq places à Paris en 2024. Un an et demi en coproduction grâce à une structure montée avec des amis, qui permettent au Toulousain de toucher ses cachets en tant que comédien, les droits d’auteur sur ses textes et « les bénéfices ou les pertes sur l’exploitation du spectacle ».

Petit à petit, les salles grossissent (Studio 55, Comédie de Toulouse, Théâtre du Marais), il fait la première partie de Manu Payet, et le voilà désormais en tournée en France depuis décembre, avec un spectacle remanié à 70 % avec une co-autrice « pour aller plus loin dans la sincérité, les thématiques ». Mais d’ailleurs, ça parle de quoi Artichaut ? « De dyslexie, de la famille, de rugby, de l’amour, de Toulouse. Feuille après feuille, on arrive au coeur du spectacle. »

Aujourd’hui rémunéré à 50 % avec la société parisienne Tcholélé Productions, spécialisée dans les jeunes talents, Thomas GT n’a aucun regret d’avoir repoussé une offre de CDI à 3000 euros en sortie d’école. « J’aurais été malheureux. Au final, je suis fier d’avoir eu le courage de dire non. »

Du courage, il en fallu aussi à Mélissa et Fred, qui, après avoir trouvé l’équilibre à la tête du Studio 55, ont été contraints de fermer le lieu, victimes de la liquidation judiciaire du Canaille Club, au sein de l’espace Cobalt, à Toulouse. « On s’est concentré sur une tournée, avec quarante dates », assure Fred Menuet, qui a découvert « un autre modèle économique ». « Il faut un gros travail en amont. En général, les gens nous connaissent par les réseaux. Aujourd’hui, c’est indispensable. Mais avec la scène, ce sont deux métiers différents. »

Partis en famille, le duo retrouve, en ce printemps, son théâtre et son acolyte Pat Borg. « Capitol Groupe est venu vers nous avec un projet global autour de l’art et de la culture », explique le directeur artistique du Studio 55, qui rouvre donc ses portes et vise toujours un public familial. En plus de leurs productions – quatre à cinq nouveaux spectacles en trois ans – Mélissa et Fred y accueillent des troupes toulousaines et de jeunes artistes comme Thomas GT. Mais il faut s’adapter, réduire les coûts, tout en gardant le plaisir au centre du projet. « Il y a souvent des coréalisations, à 50/50. Parfois, on produit des coups de coeur, à nous de faire en sorte que ça fonctionne… » Quoi qu’il en soit, il en est sûr, « il faut oublier le théâtre à papa ».
Paul Périé

Sur la photo :

*Thomas GT, ici sur les bords de Garonne, a fait le grand saut vers le métier d’humoriste en étant à Paris.

* Avec, Thomas GT et Caroline Estremo, le rire n’est jamais très loin.

Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Blague-a-part-on-en-vit-bien,52925