Caroline, vous avez toujours aimé faire rire ?
Ma mère raconte tout le temps qu’il lui tardait de rentrer le soir, parce qu’elle savait que j’allais la faire rire. J’ai toujours été le petit clown. Gamine, je me mettais debout sur mon lit et je criais « Bonsoir Toulouse ». De l’autre côté de la cloison, mon frère répondait « Ta gueule » (rire). Mes parents m’ont plutôt encouragée à faire un « vrai métier ». La fac de droit a été un échec. Donc, je me suis posée et j’ai compris que je voulais un métier dynamique, où j’aidais les gens. Alors que j’avais toujours dit à ma mère que je ne serais jamais infirmière comme elle, ça s’est imposé. Le métier m’a plu, notamment les urgences, mais c’était aussi l’abandon d’un rêve d’enfant. Pourtant, c’est ce métier qui m’y a ramenée.
En 2016, une vidéo où vous parlez de votre quotidien d’infirmière fait le buzz sur les réseaux…
Oui et, rapidement, j’ai commencé à faire quelques spectacles. Je me suis d’abord mise en disponibilité et, finalement, j’ai dû divorcer de la fonction publique pour toucher l’intermittence, quand mes revenus étaient équivalents à ceux d’infirmière, en sachant que j’avais toujours ce filet de sécurité. Je me suis autoproduite dès le début, avec une société montée par ma manageuse, pour avoir à nouveau un salaire fixe. Je n’ai aucune logique comptable : le chiffre d’affaires, les bénéfices, tout ça, ce n’est pas pour moi. Donc je me suis laissée porter par eux, avant que ma femme, qui a un diplôme de compta-gestion, reprenne les rênes de la boîte en 2020. Aujourd’hui, on gère comme on l’entend, chacune a son salaire et nous avons trouvé un bon équilibre. Je n’ai aucun regret d’avoir changé de voie. Dans tout changement important, il y a des choix difficiles, mais c’est un pari gagnant.
Le rire est-il une thérapie, pour vous comme pour le public ? J’utilisais énormément le rire avec les patients, parce que les urgences peuvent être très anxiogènes. Pour le public qui vient voir un spectacle d’humour, ça a toujours été le cas, mais dans cette période, ça fait du bien de rire. Comme le sexe et le sport, le rire libère des endorphines. Je suis heureuse quand on vient me dire à la fin du spectacle : « J’ai passé une sale journée, j’étais dans une bulle pendant 1 h 30. » L’humour est une arme redoutable, un superpouvoir. C’est une thérapie pour moi aussi parce que j’aborde des sujets très personnels. Et je suis persuadée que pour créer une connexion, il faut être le plus sincère possible.
Comment envisagez-vous l’avenir ?
Je sais que je suis à ma place sur scène. J’ai déjà fait le Zénith de Toulouse et j’aimerais faire une tournée des Zénith et, pourquoi pas, l’Olympia un jour. Pour l’instant, je ne suis personne. J’ai envie de perdurer. Je gagne en notoriété petit à petit, mais c’est plus difficile de se faire connaître de la presse quand on n’est pas à Paris. Les réseaux sociaux sont aujourd’hui indispensables, même si ça prend beaucoup de temps. C’est une carte de visite incroyable et j’ai une belle communauté. L’idée est de grandir doucement pour envisager des projets : produire d’autres humoristes, des coups de cœur, tout en profitant de nos deux filles.
Propos recueillis par Paul Périé
Sur la photo : Caroline Estremo a présenté la soirée d’ouverture du Printemps du Rire qui s’est déroulée
cette année au Zénith de Toulouse. Crédit : Remy Gabalda-ToulÉco
