Au moment où l’intelligence artificielle est en train de bouleverser le monde de l’entreprise, de plus en plus de salariés sont tentés par une reconversion dans les métiers de l’artisanat [1]. Sur ce créneau, l’organisme de formation toulousain Pass Passion essaye d’accompagner ce mouvement. « Lorsque nous nous sommes lancés en 2020, en plein période du Covid, il y a eu une première vague de cols blancs qui sont venus vers nous, à la recherche d’un métier davantage porteur de sens. Aujourd’hui, on est confronté à une deuxième vague de salariés qui font face à la Révolution IA. Certains sont en train de perdre leur emploi, d’autres anticipent et veulent aller vers des métiers manuels qui seront beaucoup plus difficilement remplaçables », raconte Jean Muller, le fondateur de Pass Passion. Pour faire face à la hausse des demandes et monter en puissance, la société toulousaine a levé 275.000 euros en six semaines en fin d’année 2025 (175.000 euros auprès de business angels et 100.000 euros auprès du Crédit Agricole et Bpifrance, la banque publique d’investissement) [2].
« Retrouver des gestes et méthodes artisanales »
« Nous aimerions renforcer notre maillage territorial. Nous avons plus de cent cinquante artisans-formateurs. Nous en voudrions cent supplémentaires. Nous visons surtout une présence accrue dans les préfectures et sous-préfectures du pays. De 700 formations environ dispensées en 2025, nous pourrions passer à 1500 en 2026 », explique le dirigeant, ancien commercial dans le spatial qui s’est lui-même reconverti. Aujourd’hui, les formations proposées par Pass Passion sont à 90 % des stages de pré-professionnalisation d’une durée moyenne de trois semaines [3] et seulement à 10 % des stages de découverte de quelques jours.
« Parmi les nouveautés que nous proposons, il y a des formations du soir pour des salariés qui ne peuvent pas se permettre de faire une formation de trois semaines en journée. Nous avons aussi désormais une clientèle entreprises. Cet élargissement de clientèle renforce notre modèle économique. Certains industriels veulent faire des formations avec des artisans pour retrouver des gestes et méthodes artisanales qui se sont perdus en interne. Nous nous assurons que l’artisan ne soit pas lésé financièrement et juridiquement dans cette transmission de savoir-faire qui participe à la réindustrialisation. Il y a enfin des cabinets de reclassement qui viennent nous voir pour démarrer le processus de reconversion de collaborateurs qui vont perdre leur travail », détaille Jean Muller.
L’entreprise de vingt salariés, hébergée à La Cité et qui a noué un partenariat avec la Chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) régionale d’Occitanie, avance un chiffre d’affaires de 1,8 million en 2025 et vise 2,7 millions en 2026.
Matthias Hardoy
Sur les photos : Des artisans qui proposent des formations chez Pass Passion. Crédit : Pass Passion. // Jean Muller, le dirigeant de la société toulousaine. Crédit : Pass Passion.
Notes
[1] Dans les formations les plus en vogues chez les futurs reconvertis, il y a notamment la tapisserie-décoration, l’apiculture, la bijouterie ou encore la mécanique auto ou moto.
[2] Par le passé, Pass Passion a déjà levé des fonds : 200.000 euros en 2022 et 600.000 euros fin 2023-début 2024.
[3] Ces stages de pré-professionnalisation peuvent être financés par plusieurs dispositifs publics comme le compte personnel de formation (CPF).

