Banque de France. Une dernière lettre en forme de bilan pour l’ancien gouverneur

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Dans sa dernière lettre annuelle au président de la République, François Villeroy de Galhau, l’ancien gouverneur de la Banque de France, qui vient d’être remplacé par Emmanuel Moulin, fait le bilan économique du pays pour la période 2010-2025. Il appelle, à moins d’un an de l’élection présidentielle, la France à faire « des choix économiques qui reposent moins sur la jeunesse ».

Passage de témoin à la tête de la Banque de France. Emmanuel Moulin a pris ses fonctions de gouverneur de la Banque de France le mardi 2 juin. Avant de partir, son prédécesseur François Villeroy de Galhau a eu le temps de rédiger sa dernière lettre au président de la République. Le titre de cette dernière - « Au-delà de l’urgence, plus que jamais élargir l’horizon » - exprime la volonté du gouverneur sortant de dépasser la simple analyse de notre présent économique. Arrivé à la tête de la banque centrale française en 2015, il démarre sa missive par un bilan de la période 2010-2025. « Globalement, sur quinze ans, la France affiche une performance intermédiaire, souvent proche de la moyenne de la zone euro, elle-même en retrait significatif par rapport aux États-Unis [...] Le pouvoir d’achat des ménages a quant à lui progressé autant que dans l’ensemble de la zone euro, à 0,7 % par an. Ce résultat tient en bonne partie à des transferts budgétaires et sociaux qui ont contribué à la dégradation des finances publiques. La France a désormais les dépenses publiques et le déficit quasiment les plus élevés de la zone euro », analyse François Villeroy de Galhau.

« Si notre pays poursuit des choix gérontocratiques, il ne pourra pas bien préparer l’avenir »

La France apparaît, sur cette quinzaine d’années, en retrait par rapport aux pays d’Europe de Nord, en particulier les Pays-Bas, la Suède et le Danemark, qui s’imposent comme les plus performants économiquement. « Ce sont des petits pays, certes, mais avec des systèmes sociaux équivalents voire meilleurs. Mieux gérer la dépense publique sans renoncer à un modèle social fort n’est donc pas impossible », considère Catherine Bardinet, directrice régionale en Occitanie de la Banque de France. Son ancien supérieur hiérarchique détaille ce point de vue dans la fin de l’introduction de la lettre : « Notre pays peut garder un modèle social fort, proche de ses voisins, tout en améliorant l’efficacité des dépenses publiques. Mais tant que nous n’aurons pas au moins stabilisé les dépenses totales en volume, nous ne devrons plus rêver de baisses d’impôts non financées », estime celui qui est le nouvel administrateur d’Apprentis d’Auteuil.

Pour l’ancienne tête pensante de l’institution financière française, notre pays doit mener une politique plus favorable à la jeunesse. « La France doit cesser de toujours leur transférer des déficits et la charge de la dette et des retraites. La jeunesse voit en outre, comme partout, s’accumuler les difficultés : crise du logement, changement climatique, etc. Si notre pays poursuit des choix gérontocratiques, il ne pourra pas bien préparer l’avenir », affirme, cinglant, le gouverneur partant. À moins d’un an de l’élection présidentielle, François Villeroy de Galhau semble souhaiter que la question du financement du système des retraites soit de nouveau au cœur des débats. « La France peut croître plus si, collectivement, elle travaille plus, notamment par l’emploi des seniors, et davantage si elle travaille mieux [...] Au-delà de polémiques de l’instant, notre débat collectif ne peut que gagner à regarder davantage nos voisins, à étayer mieux nos diagnostics et à déduire des caps de moyen terme poursuivis avec persévérance », conclut le serviteur de l’État.
Matthias Hardoy

Photo d’archive d’une conférence de presse de la Banque de France. Crédit : Hélène Ressayres - ToulÉco

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Source : https://www.touleco.fr/Banque-de-France-Un-derniere-lettre-en-forme-de-bilan-pour,51976