ToulÉco

Publié le jeudi 30 janvier 2020 à 21h39min par Armelle Parion

La Maison Nougaro : une péniche pour mémoire

Ouverte du jeudi au dimanche, la longue péniche noire amarrée au port de l’Embouchure à Toulouse héberge les œuvres et objets de l’artiste, une exposition temporaire, une scène et un bar-restaurant.

Claude Nougaro aurait eu 90 ans le 9 septembre dernier, jour de l’inauguration. Dix ans que sa fille aînée, Cécile, se battait pour donner naissance à cet anti-musée dédié à sa mémoire. Après l’échec de la première mouture du projet, dans la maison éclusière Saint-Pierre, puis l’achat d’une péniche, avec les charges importantes qui s’ensuivent, et les aides des collectivités qui ne suivent pas, l’association Maison Nougaro, fabrique du présent, était à bout de souffle. Il aura fallu 900.000 euros en tout, l’aide de nombreux amis et bénévoles (pour la peinture, la réalisation du mobilier) et la participation de près de 200 mécènes, pour que la péniche Sanctanox ouvre enfin ses portes.

« Avec Hélène, sa dernière femme, nous souhaitions un lieu dédié à papa. Un lieu qui permette de le relier aux êtres humains, donc de transmission, de partage et de liberté », confie Cécile, très émue. À l’entrée, on est accueilli par le scaphandre et le buste égyptien qui ont toujours trôné chez Claude Nougaro, quelques dessins, des peintures, des sculptures de la soeur de Claude, et les manuscrits de plusieurs chansons, notamment la première version de Toulouse, intitulée Toulous’blues.

Expositions et cabarets

Dans la cale, des vidéoprojecteurs diffusent ses dessins et des haut-parleurs ses chansons. Au fond de la scène, son piano s’offre même aux musiciens. On découvre aussi les photos, les cahiers d’écolier et les souvenirs d’enfance et de jeunesse, thème de la première exposition temporaire. Avant que les vitrines d’exposition ne se transforment, le soir venu, en tables de restaurant, où sont servis le saucisse-purée préféré de l’artiste, le ragoût que cuisinait sa mère, le Fricot Nougaro, ou encore la blanquette de veau de sa grand-mère. Un immense « bar barbare » en fer forgé trône. Il a été réalisé par Michel Batlle, grand ami de la famille.

Les soirées cabaret de la Maison Nougaro pourront accueillir quarante-cinq convives, autour d’une programmation mensuelle thématique, faite en grande partie de surprises. Des écrivains seront invités, il y aura aussi des conférences, des groupes de jazz et de musique du monde, des résidences d’artistes et des pièces pour le jeune public le dimanche… « J’ai tout de suite été happé par le projet de Cécile, qui ne souhaitait pas un lieu d’hommage ou de nostalgie, mais un lieu ancré dans le présent, proposant une offre culturelle accessible, familière, ouverte à tous les arts, que tous puissent s’approprier », explique Frédéric Castex, sculpteur toulousain devenu le directeur artistique du projet. Lorsqu’ils pénètrent dans la cale, les visiteurs ont tous une anecdote à raconter.

« Je suis venu à Toulouse pour Nougaro », explique Daniel, un Rennais. « Je l’avais pris en photo en 1974, après un concert à Angers. Il m’a toujours touché ». « Le lieu correspond exactement à l’image qu’on a du chanteur, avec des objets très personnels », renchérit Serge. La deuxième exposition sera consacrée au poète et ami de Claude, Jacques Audiberti, dont la découverte a constitué pour lui « une deuxième naissance ».
Armelle Parion

Sur la photo : Cécile, fille de Claude Nougaro. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco.