Municipales. Les grands oraux, passages de plus en plus obligés des candidats toulousains

Partager cet article

À Toulouse, les listes candidates aux élections municipales acceptent de plus en plus volontiers de participer à de grands oraux thématiques (mobilité, ESS, écologie, etc.) organisés par des associations. Pour le monde politique, une sorte de round d’observation plus cadré qu’un débat classique dans les médias. Pour les associations, une manière de peser et de préparer la future mandature.

Le premier tour des élections municipales est dans quasiment un mois. La campagne électorale s’accélère à Toulouse et les candidats se prêtent de bonne grâce au jeu des grands oraux. Mobilité, écologie, économie sociale et solidaire, autant de thématiques sur lesquelles des associations invitent les listes toulousaines à détailler leurs programmes lors de grandes soirées ouvertes au public. Ce lundi 9 février, c’est l’association Rallumons l’étoile, qui milite depuis 2018 en faveur d’un RER toulousain, qui organisait pour la première fois un « Grand Oral des Mobilités » avec les quatre premières listes dans les sondages. Le Hall M, salle événementielle de la Gare Matabiau, était pleine à craquer. « C’est impressionnant, le Hall M n’a jamais connu un tel événement », reconnaît Caroline Carcone, la responsable du lieu, en saluant les invités politiques.

Avant que la soirée ne débute officiellement, le spectacle a déjà débuté dans la salle. Beaucoup de colistiers et de militants ont fait le déplacement. Chaque équipe observe plus ou moins discrètement ses adversaires. Certains rient sous cape en commentant les derniers rebondissements de la campagne, d’autres annotent des documents pour leur candidat. Dans la salle, la présence d’un ancien maire de gauche, Pierre Cohen, et d’un ancien candidat écologiste, Antoine Maurice, est bien vite remarquée. Interviennent ce soir-là deux têtes de listes (François Piquemal pour La France insoumise et Julien Leonardelli pour le Rassemblent national), le candidat de la gauche unie hors LFI pour la présidence de Toulouse Métropole, Régis Godec, et Jean-Michel Lattes, actuel président de Tisséo pour la liste de la droite et du centre du maire sortant.

Les candidats semblent heureux de se prêter à l’exercice. « De tels évènements où l’on a le temps de pouvoir expliquer nos programmes par grandes thématique sont très importants. Il y en aura d’autres mais, pour moi, il devrait y en avoir encore plus. Ce sont des moments essentiels de la campagne », estime François Piquemal. Avis partagé par Julien Leonardelli. « Ce n’est jamais une mauvaise chose de confronter ainsi nos programmes. Lorsqu’on nous invite, nous répondons toujours présents », confie la tête de liste d’extrême droite. « Nous ne sommes pas toujours d’accord avec Rallumons l’étoile, mais les organisateurs nous proposent toujours des événements où l’on peut s’exprimer dans le respect. Une telle initiative nous challenge », estime de son côté Jean-Michel Lattes. Régis Godec n’est pas si enthousiaste. « L’exercice est utile mais nous avons hésité à participer. La présence de l’extrême droite est pour nous problématique. On peut aussi déplorer que certaines listes n’aient pas été invitées », considère l’écologiste.

Inviter ou pas l’extrême droite ?

Cette question de la présence ou non de l’extrême droite, tous les organiseurs de grands oraux y ont été confrontés. « Nous avons décidé, au niveau national, de ne pas convier de représentants de l’extrême droite à nos événements liés aux municipales. Leurs idées sont contraires à celles de l’économie sociale et solidaire (ESS) », juge Sarah Rousseau, directrice générale de la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (Cress) Occitanie, qui coorganise avec le Mouvement Associatif Occitanie et l’Urscop Occitanie-Pyrénées, son premier grand oral des candidats sur l’ESS, le jeudi 19 février aux Halles de la Cartoucherie.

« Nous avons écarté l’extrême droite car ils n’ont pas de programme écologique. Nous allons aborder en détail des sujets (eau dans la ville, biodiversité, Plan Climat air énergie, etc.) sur lesquels ils n’ont visiblement rien à dire dans la longueur », lance Marie-Pierre Cassagne, de Toulouse en Transition, qui participe à l’organisation du deuxième grand oral des candidats (après une première édition en 2020) par le collectif des associations environnementales de Toulouse. Il aura lieu le lundi 16 février à 18h30, à la Salle Osète.

Benoît Lanusse, de Rallumons l’étoile, assume de son côté d’avoir convié le RN à son grand oral des mobilités. « Nous avons débattu sur cette question mais le RN a un poids politique qu’on ne peut pas occulter. Il nous a semblé important d’avoir toutes les listes susceptibles d’avoir des élus à Toulouse et au niveau de la Métropole. Toutes ces personnes vont avoir un impact sur le futur des mobilités à Toulouse, dans la zone métropolitaine et au-delà », souligne le président de l’association, qui rappelle que, sur son site, toutes les listes de Haute-Garonne et des villes limitrophes peuvent préciser leur programme et se positionner sur les propositions de l’association en matière de développement des mobilités.

Un format intéressant pour les politiques et le monde associatif

Ces moments d’échange avec les futurs élus sont aussi, pour le monde associatif, une base de travail pour les années qui viennent. « Nous allons retranscrire toutes leurs propositions en matière de transition environnementale et climatique. Et nous saurons leur rappeler après les élections. Ce sera un document primordial pour nos discussions avec les élus durant le prochain mandat », indique Marie-Pierre Cassagne. « Cela va nous être très utile, effectivement, pour notre travail de plaidoyer. À l’échelle municipale et intercommunale, les élus peuvent influer sur l’avenir des acteurs de l’ESS. Il faut qu’ils s’en souviennent en dehors des périodes électorales », espère Sarah Rousseau.

Du côté de Rallumons l’étoile, on veut se servir aussi de « ce moment d’échange démocratique » pour peser dans les années qui viennent. « Le projet de Services express régionaux métropolitains (SERM) a fait de nous un acteur associatif respecté et de plus en plus incontournable. Le succès du grand oral, qui a attiré plus de cent personnes en présentiel et trois cents en ligne, renforce encore notre crédibilité. L’enjeu du RER va au-delà de la Ville rose, mais Toulouse a un tel poids démographique, économique, politique que l’élection à Toulouse revêt une importance capitale », analyse Benoît Lanusse.

Et comment expliquer que les candidats acceptent de plus en plus de se plier à ce genre de format ? « Ce sont des exercices où chacun peut s’exprimer sur des points un peu passés sous les radars sans être interrompus par ses adversaires, contrairement à certains débats dans les médias. Ils sont interrogés par des experts qui connaissent particulièrement bien les sujets mais tout reste très courtois. C’est un exercice qui reste bien cadré », admet Marie-Pierre Cassagne, de Toulouse en Transition.
Matthias Hardoy

Sur la photo : Le Grand Oral des Mobilités avait lieu le lundi 9 février 2026, au Hall M de la Gare Matabiau. En présence des quatre principales listes candidates aux municipales de Toulouse. Crédit : Zoltan Bach-Rallumons l’étoile.

P.S. :

Tous les vendredis, d’ici aux élections municipales, retrouvez des articles sur les grands enjeux des municipales et les principales listes à Toulouse et en Occitanie.

Un grand oral culturel le 16 février :

* Un Grand débat du secteur culturel se déroulera au Théâtre du Grand Rond, le lundi 16 février 2026, de 17h30 à 20 heures. Sont invités à débattre les trois principales listes dans les sondages sur l’avenir du spectacle vivant à Toulouse et dans la métropole toulousaine.

Réagir à cet article

Source : https://www.touleco.fr/Grands-Oraux-Le-passage-de-plus-en-plus-oblige-des-candidats-aux,50426