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Publié le lundi 18 novembre 2019 à 19h30min par Johanna Decorse

Ariège. À Salau, le filon du tungstène menacé

La réouverture de l’ancienne mine de tungstène de Salau semble de plus en plus compromise. Le permis de recherches a été annulé, des changements sont en cours dans le management et la société Mines du Salat, en charge de l’exploration, a été placée en liquidation judiciaire.

Ils espéraient retrouver un filon et se retrouvent sur le fil… Les investisseurs australiens d’Apollo Minerals, propriétaires à 100 % de Variscan Mines, l’entreprise qui détient le permis d’exploration de l’ancienne mine de tungstène de Salau, en Ariège, en ont assez de payer. Ils ont lâché leur filiale française en charge des recherches, Mines du Salat, qui a dû se déclarer en cessation de paiement et a été placée début novembre en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Foix.

Il faut dire que depuis fin juin, le projet de Salau est à l’arrêt et l’ancien carreau de la mine, de nouveau désert. C’est la conséquence de la décision du tribunal administratif de Toulouse qui, le 28 juin dernier, a annulé le permis de recherches délivré par l’État en 2016 à Variscan Mines. Pour les juges, la société minière ne disposait pas et ne justifiait pas de capacités financières suffisantes quand elle a fait sa demande de titre minier en 2014.

Départ de Hugo Schumann

L’État qui soutient le projet, « important » selon lui « pour la vitalisation de la vallée du Salat et la sécurisation des approvisionnements en tungstène », a aussitôt fait appel. Il a aussi demandé le sursis à exécution du jugement, à savoir la levée de l’annulation du permis jusqu’au procès en appel devant la Cour administrative d’appel de Bordeaux. Le dossier Salau en est là.

Mais en coulisse, au sein d’Apollo Minerals, les choses ont bougé. Début septembre, la société minière australienne a annoncé le départ d’Hugo Schumann, son directeur exécutif. Ce Sud-Africain qui incarnait depuis septembre 2018 le projet de réouverture de l’ancienne mine, en défendait les vertus auprès des médias et de la population locale, a rejoint d’autres horizons aux États-Unis. D’autre part, Michel Bonnemaison, ancien directeur général de Variscan Mines qui dès 2014 a déterré des cartons le dossier Salau et œuvré pour une reprise industrielle, a été écarté de tous ses postes pour « violation de la politique du groupe ».

Fragilité financière

Dernier acte quand Apollo Minerals, qui dit avoir déjà consacré à l’opération 7 millions d’euros, a coupé le robinet à sa filiale française Mines du Salat, censée fusionner avec Variscan Mines, porteuse du titre minier, pour simplifier la structure. Mines du Salat liquidée, il reste le titre minier. Le projet de réouverture n’est donc pas encore enterré. Si le permis de recherche était validé par la Cour administrative d’appel de Bordeaux, Apollo Minerals pourrait chercher à mobiliser de nouveaux investisseurs.

Mais pour l’heure, la société d’exploration minière, cotée à la bourse de Sydney, regarde plutôt vers l’Afrique. Engagée dans un projet de prospection de zinc et plomb de Kroussou, au Gabon, elle vient de procéder à une augmentation de capital pour financer son opération en émettant 67 millions d’actions. Si les anti-mines disent ne pas être concernés par « la cuisine interne » d’Apollo Minerals, ils voient dans les mouvements de ces dernières semaines la confirmation de la fragilité financière de l’investisseur.
Johanna Decorse

Sur la photo : Le projet de réouverture de l’ancienne mine de Salau est à l’arrêt depuis que la justice a annulé le permis d’exploration en juin dernier. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco

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