Au bar Le Winger, rue DE Bayard, où les soutiens du candidat de La France insoumise, François Piquemal, se sont rassemblés nombreux pour vivre la soirée électorale, le direct d’Ici Occitanie est retransmis dès 20h. Un peu à l’écart, Anne Stambach-Terrenoir, députée LFI de la deuxième circonscription de Haute-Garonne, et Hadrien Clouet, son homologue de la première circonscription, gardent les yeux rivés sur leur portable alors que derrière le bar, les sympathisants suivent les premiers résultats. « On bat Moudenc dans un bureau des Chalets, c’est dire... », commente Hadrien Clouet.
À 20h55, François Piquemal fait son arrivée, accueilli par plusieurs journalistes auxquels il fait d’abord part des « irrégularités » constatées durant la journée. Avant même le sondage de sortie des urnes qui le place en deuxième position, le candidat insoumis appelle à une « union de la gauche sur la base d’une union démocratique, tant du point de vue des scores de chacun que du programme ». Il se dit prêt à discuter avec son concurrent du PS « dans les plus brefs délais ». « J’appelle les socialistes à faire preuve de responsabilité et à accepter la main qu’on leur tend pour commencer à discuter d’un accord », insiste-t-il.
À 21h14, une première estimation place la liste Demain Toulouse de l’Insoumis à égalité avec la liste Vivre Mieux de François Briançon, donnée à 25,4 %, provoquant des cris de joie dans le bar. Quelques minutes plus tard, à 21h22, c’est avec des « Piquemal au Capitole » que plusieurs sympathisants, dont Hakim Amokrane, l’ancien chanteur du groupe Zebda, en 65e position sur sa liste, accueillent une autre estimation donnant le candidat LFI en deuxième position, à 27,2 %, derrière le maire sortant Jean-Luc Moudenc, crédité de 37,3 %.
Alors que François Briançon n’a toujours pas commenté les estimations, du côté insoumis, on n’a qu’un mot à la bouche. « Il y a une vraie attente de tourner la page de Jean-Luc Moudenc et d’une politique de gauche à Toulouse. La liste conduite par François Briançon a bien conscience que les Toulousains ne pardonneraient pas, alors qu’on a la possibilité d’emporter Toulouse, de ne pas faire l’union », assure Salah Amokrane, responsable de l’Assemblée des quartiers, ralliée à LFI.
En terrasse et à l’intérieur, Le Winger s’échauffe un peu plus encore quand à 22 h, une nouvelle estimation donne la liste de François Piquemal à 28,3 %, creusant l’écart avec François Briançon, à 24,1 % et se rapprochant un peu plus de Jean-Luc Moudenc, à 36,9 %.
C’est accompagné de « Casse-toi, t’es fini » que le visage du maire sortant apparaît sur le grand écran du direct d’Ici Occitanie. Il y explique comment, selon lui, son challenger socialiste a été « sanctionné » pour avoir « entretenu la confusion et la dissimulation ». Avant même les résultats définitifs, Jean-Luc Moudenc pose les termes du second tour : « Il y a le danger mélenchoniste et le large rassemblement que je propose. »
À 22h35, François Piquemal fait son retour au Winger. Sur la terrasse, l’Insoumis attrape une chaise et monte dessus pour remercier ses soutiens et militants. « Nous tendons la main à la liste Vivre Mieux et à toutes ses composantes », redit-il, interrompu par des « Tous ensemble, tous ensemble » de la foule avant se reprendre : « On va rester prudents, attendre les derniers résultats et s’atteler avec la direction de campagne à faire que tout soit possible pour que l’union ait lieu dès demain matin, mais, déjà, on a prouvé dans la troisième ville de France que la nouvelle gauche pouvait arriver au Capitole et c’est ce qu’on va faire dimanche prochain. »
La Gauche unie pas à la fête
De leur côté, les soutiens de François Briançon, le candidat de la Gauche unie, sont rassemblés au Flashback Café. L’ambiance n’est pas vraiment à la fête malgré la musique jazzy qui pousse presque à danser. Les yeux rivés sur son téléphone, un militant écologiste témoigne : « LFI est devant nous dans plusieurs bureaux du centre-ville, c’est très serré. »
Puis, quand les colistiers arrivent, les visages sont graves. On s’embrasse tristement, on s’étreint comme pour se consoler d’une défaite qui n’a pourtant pas encore été annoncée. Pierre Cohen, le dernier maire de gauche de Toulouse, entre 2008 et 2014, est présent, entouré de quelques journalistes. Lui aussi a l’air préoccupé. « Au-delà du cas de Toulouse, ce qui m’inquiète, à travers les résultats, qui tombent ce soir, c’est que l’apaisement, la sérénité ne sont plus de mise, même au niveau municipal. La radicalité a la cote. Cela présage de temps difficiles. Ce qui va se passer en 2027 pour les présidentielles est très inquiétant », juge l’ancien édile.
Certains commencent à parler d’union avec LFI, beaucoup se taisent. D’autres commencent à analyser le score élevé de François Piquemal. « Quand la gauche est sortante, la France insoumise est derrière. Mais quand le maire sortant est de droite, il y a une lassitude, voire une colère qui fait qu’il y a beaucoup plus match. Il y a peut-être une prime à un candidat qui a commencé très tôt sa campagne et a été beaucoup sur le terrain, il faut le reconnaître », juge Alexandre Borderies, colistier écologiste accoudé au bar. À quelques mètres de lui, une colistière communiste est défaitiste : « Ce qui risque d’arriver, c’est un remake de 2020, même si on finit par s’allier, Moudenc va repasser. »
Un score « encourageant » pour Jean-Luc Moudenc
À 22 h 15, François Briançon ne s’est toujours pas exprimé face à ses militants. Il faut attendre 22h50 pour qu’il dise quelques mots devant la presse qui lui tend le micro. « On va se remettre au travail, on va réunir le conseil politique de notre liste, puis on va essayer de dialoguer avec la France insoumise. L’objectif, cela reste de battre la droite et on va travailler toute la nuit pour en créer les conditions », affirme la tête de liste de la Gauche unie.
Face à ces résultats, l’équipe de Jean-Luc Moudenc juge son score de plus de 37 % « encourageant ». « Il y avait un décalage entre les sondages, qui nous situaient à 33 %, et ce que nous ressentions sur le terrain avec les Toulousains qui nous réservaient un accueil favorable. Mais 37 %, ce n’est pas 50%, c’est pourquoi nous appelons nos électeurs à se mobiliser. Il y a un réel danger que LFI gagne », insiste Pierre Espuglas-Labatut, porte-parole du maire sortant, qui enjoint les Toulousains à « résister à la fusion honteuse, génératrice de chaos » entre La France insoumise et le PS qui pour lui « tournerait le dos à sa tradition républicaine en s’alliant à un parti extrémiste ».
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Quant au candidat du Rassemblement national, Julien Leonardelli, crédité en novembre de 10 % des voix au premier tour, il a dû renoncer à ses espoirs de « faire enfin entrer des élus au Capitole ». À 23h30, les estimations lui attribuaient un score de 5,46 %
Johanna Decorse et Matthias Hardoy
Sur la photo : François Piquemal a créé la surprise en arrivant en deuxième position du premier tour des municipales à Toulouse. Lors de ses deux interventions depuis le bar le Winger où se déroulait la soirée électorale de la liste insoumise, il a appelé « à l’union de la gauche ». Crédit ToulEco J.D.
