L’hiver ne saurait faire oublier le profond changement climatique, qui, l’été, prend la montagne en étau. D’un côté, elle s’impose comme support d’activités récréatives et sportives en forte diversification ; de l’autre, elle encaisse plus souvent des épisodes de sécheresse, de chaleur et de canicule, tandis que l’enneigement recule. C’est cette conjugaison climatique, touristique, écologique et sociale qui est au cœur du projet EcoClim-P, déclinaison pyrénéenne d’une réflexion initiée avec le Parc national des Cévennes. Les travaux sont notamment conduits par deux géographes, Marie Eveillard-Buchoux et Emmanuel Salim, des laboratoires toulousains GEODE et Certop.
La mécanique est simple : quand la chaleur s’installe dans la vallée, on lorgne sur la montagne. Et plus on monte, plus la température baisse. Résultat : on observe un report de la fréquentation touristique vers les lacs et rivières d’altitude, ceux où l’on vient chercher la « fraîcheur garantie », qui sont souvent au sein d’aires protégées. Les chercheurs ont ainsi identifié 222 sites du Parc national des Pyrénées à partir de 48 sources – guides, médias spécialisés, ouvrages sur les montagnes pyrénéennes – puis enrichi cet inventaire par des sorties de terrain, afin de qualifier l’accessibilité, les formes des rives, l’exposition, ou encore le potentiel de fraîcheur des lacs. Le travail de cartographie a précédé l’élaboration des indices de vulnérabilité face à la transformation de la fréquentation, puis la sélection des sites à enjeux pour y déployer des enquêtes de terrain auprès des visiteurs. Le lac de Gaube, souvent cité, sert de cas d’école : son accès facile a façonné les usages, et donc la pression. « Tous les lacs ne se valent pas, ni par leur morphologie, ni par leur capacité à encaisser la fréquentation », insiste la chercheuse.
Le projet pointe aussi l’absence de réglementation commune selon les sites et les espaces protégés. L’été 2025 a même vu apparaître de nouvelles interdictions sur certains secteurs, signe que le sujet a quitté le registre du « ressenti » pour entrer dans celui des arbitrages. Le projet, lui, se poursuit, avec de nouvelles enquêtes et le lancement d’une concertation multi-acteurs. Quant à la question, elle dépasse la baignade : comment garder la montagne ouverte, sans la transformer en station balnéaire d’altitude ?
Valérie Ravinet
Sur la photo : Marie Eveillard-Buchoux, géographe. Photo : Hélène Ressayres - ToulÉco.
