L’Arrieulat fait le pari du thé dans les Pyrénées

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Dans les Hautes-Pyrénées, Lucas Ben-Moura a choisi le thé pour bâtir une activité agricole originale fondée sur l’expérimentation, la transformation artisanale et la diversification des revenus. La première plantation de thé au cœur des Pyrénées, L’Arrieulat, explore un modèle économique local à forte valeur ajoutée.

L’idée aurait pu paraître incongrue. Planter du thé dans les Hautes-Pyrénées n’allait pas de soi. C’est pourtant sur des terres familiales d’Argelès-Gazost que Luca Ben-Moura, ingénieur agronome diplômé d’AgroParisTech, a choisi d’installer son projet.

Dès 2018, Lucas commence à sélectionner des plants. La logique est celle d’un laboratoire à ciel ouvert. « Depuis 2020, on plante chaque année, en testant régulièrement de nouvelles choses », indique l’agronome. Aujourd’hui, la plantation couvre « un petit hectare » et compte environ 6000 théiers, avec une production qui atteint 45 kilos. Son potentiel estimé est dix fois supérieur lorsque les plants auront atteint leur pleine maturité. « Un plant demande plus de cinq ans pour devenir mature. Et après, il produit pendant toute une vie. »

L’innovation ici n’est pas seulement culturale. Elle consiste aussi à adapter une plante venue d’ailleurs à un microclimat pyrénéen, dans un contexte de réchauffement climatique. Le théier aime l’humidité, mais souffre des sécheresses estivales. Lucas Ben-Moura teste variétés, ombrage et pratiques agricoles pour rendre ses plants plus résilients. L’Arrieulat produit désormais aussi ses propres semis, vendus en partenariat avec une pépinière, avec l’ambition de proposer des plants « 100 % pyrénéens ».

De la feuille à la tasse, un modèle économique complet

L’enjeu n’est pas seulement de faire pousser du thé, c’est d’en vivre. Et sur ce point, le projet repose sur une stratégie claire de montée en gamme. Tous les thés sont récoltés à la main et transformés sur place ; la signature de la maison, c’est un thé blanc, ainsi qu’un thé jaune et plusieurs micro-lots expérimentaux. Ce positionnement s’appuie sur un vrai parti pris gustatif. « On a vu que c’était le blanc qui a donné les résultats les plus originaux et les meilleurs », avance le producteur. « On s’est dit que c’était ça l’originalité du terroir et de notre production. »

L’exploitation se distingue aussi par sa maîtrise de toute la chaîne de valeur. La grange rénovée accueille à la fois le séchoir, l’atelier et désormais une maison de thé ; le site propose en outre visites, dégustations, conseil technique et vente de plants. Ce maillage d’activités permet de consolider l’équilibre financier. « Depuis l’année dernière, on est quand même sur un équilibre avec un léger excédent », affirme le producteur.

Ce modèle repose sur une intensité qui n’est pas celle de l’agriculture industrielle. « On est intensif en travail », sourit Lucas Ben-Moura. C’est sans doute là que se situe le cœur du projet : dans une agriculture de faible surface, peu mécanisée, mais forte en savoir-faire, en transformation et en récit de terroir. Le projet commence aussi à trouver des relais de prestige. Ses thés sont servis au Restaurant Pic, la table trois étoiles d’Anne-Sophie Pic, à Valence (Drôme), attentive aux accords entre mets et boissons sans alcool. Pour une jeune plantation, cette présence vaut bien plus qu’un débouché commercial, c’est une validation gastronomique.

À L’Arrieulat, le thé n’est donc pas une curiosité, c’est déjà une démonstration : celle qu’une microfilière agricole peut émerger en montagne, à condition d’assembler production, expérimentation, accueil et commercialisation. Une économie de niche mais qui prouve qu’innover en agriculture peut aussi consister à réinventer, localement, la valeur d’une feuille… de thé.
Valérie Ravinet

Sur la photo : Lucas Ben Moura lance le thé des Pyrénées. Crédits : Lilian Cazabet.

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Source : https://www.touleco.fr/L-Arrieulat-fait-le-pari-du-the-dans-les-Pyrenees