Réunis par ToulÉco dans la très cosy bibliothèque de l’hôtel La Cour des Consuls à Toulouse, plusieurs professionnels ont planché à l’heure du déjeuner sur la brûlante question de « l’immobilier toulousain face aux défis climatiques ». En guise de point de départ, notre journaliste Béatrice Girard a rappelé « que neuf logements sur dix seraient inadaptés au réchauffement climatique ». La conscience du péril est toutefois là et elle commence à avoir un impact sur les prix du marché avec le poids de plus en plus conséquent du diagnostic de performance énergétique (DPE). « Le DPE, c’est un élément qui devient capital. Une maison classée D est vendue 17 % plus chère qu’une maison classée G », indique maître Henri Chesnelong, expert immobilier à la chambre interdépartementale des notaires de la cour d’appel de Toulouse.
De quoi donner un boost au secteur de la rénovation ? « Il y a 16.000 logements diagnostiqués F ou G en Haute-Garonne. Les besoins en rénovation sont colossaux. Les entreprises du BTP sont prêtes. L’ingénierie technique est là, c’est l’ingénierie financière qui doit suivre [...] Les "stop and go" de MaPrimeRénov’, les procédures administratives kafkaïennes, les changements politiques ne permettent pas d’avancer sereinement économiquement », déplore Mathieu Roudié, dirigeant du groupe Roudié-Miner et président de la FBTP 31.
« Il faut revenir à l’intelligence de la construction »
Pour tous les acteurs présents, l’été extrêmement chaud de 2026 est « un point de bascule », voire « un traumatisme » qui pose au secteur immobilier des défis de grande envergure. « Avec ces canicules à répétition, on se rend compte qu’il faut arriver à maîtriser le confort d’été autant que le confort d’hiver. Or, le DPE ne prend pas encore bien en compte ce confort estival [...] On est arrivé à construire des logements où le froid ne rentre pas l’hiver mais où le chaud a du mal à partir l’été... On est passé de la passoire thermique à la bouilloire thermique », reconnaît Laëtitia Vidal, directrice générale de Pierre Passion et présidente de la FPI Toulouse Occitanie. Pour sortir de cette ornière, une solution serait le retour à une « conception bioclimatique de l’immobilier ».
« Il faut revenir à l’intelligence de la construction et à une conception bioclimatique qu’on avait abandonnée. Dès l’étape de faisabilité avec l’architecte, il faut réfléchir à comment j’oriente mon bâtiment, comment je le conçois par rapport à la nature environnante pour qu’il soit climatiquement performant. Cette approche nécessite une certaine liberté pour l’architecte que les normes étatiques ne doivent pas percuter », estime Laëtitia Vidal. Philippe Gonçalves, architecte et cofondateur du groupe Seuil défend avec vigueur cette conception bioclimatique. « Si on ne prend pas en compte la dimension climatique de cette façon, dès le départ, on se contente ensuite de faire le choix du moins pire pour le climat et les habitants », résume l’architecte.
Matthias Hardoy
Sur la photo : La journaliste Béatrice Girard a animé une table ronde réunissant Philippe Gonçalves, architecte et cofondateur du groupe Seuil, Laëtitia Vidal, directrice générale de Pierre Passion et présidente de la FPI Toulouse Occitanie, maître Henri Chesnelong, expert immobilier à la chambre interdépartementale des notaires de la cour d’appel de Toulouse, et Mathieu Roudié, dirigeant du groupe Roudié-Miner et président de la FBTP 31. Crédit : Najette Khlifi-ToulÉco.
PS :
Retrouvez dans le dernier mook ToulÉco notre cahier Le Temps de l’immo, dédié à la conjoncture en Occitanie.

