Jalil Benabdillah, comment se porte l’entrepreneuriat en Région Occitanie ?
Le contexte global est anxiogène. Les incertitudes géopolitiques mondiales, mais aussi économiques nationales, et l’absence de budget voté à ce jour pèsent considérablement sur le moral des chefs d’entreprise. Rien de cela n’est bon pour les entrepreneurs. Pour autant, en Occitanie, la dynamique de création d’entreprises n’est pas cassée. Nous avons enregistré 102.000 créations en 2024, un chiffre en hausse de 5 % par rapport à 2023 et nous sommes particulièrement engagés aux côtés de ces femmes et de ces hommes. Et le soutien aux jeunes entreprises est majeur, car il est avéré que 80 % des entreprises accompagnées en phase de démarrage survivent aux trois premières années d’exercice.
En moyenne, la Région accompagne 4000 à 5000 entreprises par an de façon directe, via l’agence de développement économique Ad’Occ. Mais, au sens large, c’est plutôt 12.000 à 15.000 entreprises soutenues chaque année, à différents niveaux – formation, incubation-financement –, par l’ensemble de l’écosystème régional. Dans le cadre de la loi Notre, nous faisons office de guichet unique. Depuis 2018, la Région Occitanie a consacré un budget de 237 millions d’euros en faveur de la création, transmission et reprise d’entreprises.
La reprise-transmission d’entreprises est un enjeu fort pour la Région. Quelles actions spécifiques menez- vous sur ce volet ?
En effet, ce chiffre de 35.000 dirigeants prêts à passer la main d’ici 5 ans interpelle et nous préoccupe du point de vue des emplois potentiellement menacés. Si ces entreprises ne trouvent pas repreneurs, 81.000 emplois sont en jeu. Nous ciblons des projets territoriaux et à impact et les accompagnons avec des aides financières dédiées.
Par exemple, un revenu écologique jeune, qui peut aller jusqu’à 1000 euros par mois, pour qui s’engage à reprendre une entreprise artisanale, des subventions de 20 à 30.000 euros pour l’aide au rachat de fonds de commerces et de 50 à 100.000 euros pour le rachat de parts sociales. Globalement entre 2018 et fin 2025, 40,2 millions d’euros d’aides régionales ont soutenu 1300 entreprises uniquement dans le cadre d’une reprise-transmission.
La Région s’affiche aussi sur l’entrepreneuriat engagé et la réindustrialisation. Quels effets pour les porteurs de projets ?
Nous soutenons les démarches d’entrepreneuriat résilient, c’est-à-dire les projets qui ont à voir avec l’économie sociale et solidaire (ESS) et une forme d’impact pour le territoire. Mais la difficulté majeure est de les repérer, donc nous avons mis en place un process qui regroupe toutes les structures d’accompagnement sous la bannière Reso Cortex. L’ambition, c’est d’accompagner 40.000 entreprises d’ici 2027.
Concernant la réindustrialisation, la Région a voté cet automne un projet pour donner des perspectives à l’Occitanie jusqu’en 2032. Nous allons agir pour faire émerger 40 ETI industrielles et passer le cap des 400. Nous nous sommes aussi fixé le cap de la création de 100 nouvelles entreprises innovantes par an, contre 50 aujourd’hui. Nous sommes conscients que ces objectifs sont ambitieux, mais, pour y parvenir, nous souhaitons notamment faire progresser fortement les investissements directs étrangers (IDE) dans l’industrie de 660 millions d’euros aujourd’hui à 1 milliard d’euros.
Pour autant, les défaillances sont nombreuses en ce moment. Comment accompagnez-vous les entreprises en difficultés ?
C’est indéniable, le nombre de défaillances industrielles a progressé de 35 % entre 2022 et 2023. Pour l’année 2025, les données ne sont pas encore consolidées, mais, du côté de la Région, nous avons recensé 820 procédures collectives entre janvier et août 2025. Cela représente 12.500 emplois menacés. Nous sommes en veille permanente pour identifier les entreprises en difficultés et intervenons quand nous le pouvons pour trouver des repreneurs potentiels.
Ensuite, nous intervenons avec le fonds de rebond, que nous avions annoncé en début d’année et qui sera reconduit en 2026. Cette enveloppe n’est cependant pas systématique pour une entreprise en difficultés. Elle est conditionnée à la possibilité avérée de rebondir et capé à 500.000 euros par entreprise. En 2025, nous l’avons mobilisé pour moins de cinq entreprises.
Le contexte géopolitique mondial et, notamment, les taxes douanières américaines ont-ils remis en question vos actions pour soutenir les entreprises à l’international ?
Nous avions annoncé la création d’un club USA et il a bien vu le jour en 2025. Néanmoins, les surtaxes douanières du gouvernement Trump nous ont obligés à adapter nos actions. En Occitanie, trois filières sont particulièrement présentes sur le continent américain : la filière viticole, très impactée, le numérique et les biotech, deux secteurs qui restent porteurs. Nous avons donc recentré nos actions sur certains événements internationaux et renforcé le rôle de la Maison de l’Occitanie à New York, plus que jamais vigie auprès des chefs d’entreprises locaux.
Propos recueillis par Béatrice Girard
Sur la photo : Jalil Benadbdillah, vice-président de la Région Occitanie en charge de l’économie, de l’emploi, de l’innovation et de la réindustrialisation.
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