Le pic du Midi, bientôt découvreur de nouveaux mondes ?

Partager cet article

Au sommet des Pyrénées, le pic du Midi se dote d’un nouveau bâtiment scientifique et d’un instrument unique pour traquer des exoplanètes de type terrestre. Alors que son dossier de candidature à l’Unesco avance, l’observatoire assume plus que jamais son rôle de fenêtre sur l’Univers et de paysage culturel vivant.

Perché à près de 2900 mètres d’altitude, le pic du Midi n’est pas seulement une silhouette familière des Toulousains : c’est un véritable laboratoire de haute montagne où science de pointe et tourisme organisé cohabitent depuis près de 150 ans. Le nouveau bâtiment scientifique, sorti de terre en plusieurs étés entre 2021 et 2024, redonne de l’air aux équipes. Il offre des chambres pour les chercheurs, des salles de réunion pour les écoles d’été et une infrastructure technique à la hauteur des besoins actuels en observation et en traitement de données. « L’objectif, c’était de récupérer la faculté d’accueil au sommet », résume Rémi Cabanac, directeur scientifique du pic du Midi.

Ce chantier s’est doublé d’un agrandissement en profondeur du télescope Bernard Lyot. Dans son sous-sol a été aménagée une nouvelle salle pour accueillir Spip, un spectropolarimètre infrarouge jumeau de Spirou, installé à Hawaï. Cette technologie permet de reconstituer les champs magnétiques des étoiles et de mieux comprendre la naissance des systèmes stellaires. Ainsi, là où son prédécesseur observait dans le visible, Spip travaille dans l’infrarouge. Il peut ainsi « voir » à travers les cocons de gaz et de poussières qui masquent les jeunes étoiles. Surtout, l’instrument est suffisamment stable pour mesurer les minuscules variations de vitesse d’une étoile provoquées par la révolution d’une planète. « C’est un découvreur de nouveaux mondes », souligne Rémi Cabanac, qui vise en priorité des planètes potentiellement situées dans la zone habitable de leur étoile.

En parallèle, le pic du Midi joue une autre carte maîtresse : sa candidature à l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco comme paysage culturel scientifique. Le dossier met en avant l’« œuvre conjuguée de l’homme et de la nature » que forme la montagne équipée de ses coupoles, téléphérique, sentiers, terrasses, etc. Il insiste sur un observatoire « vivant et évolutif », dont la valeur tient précisément à sa capacité à se transformer pour rester à la pointe de la recherche, tout en préservant un paysage emblématique et une réserve internationale de ciel étoilé.

« On a mis dix ans à faire émerger un projet qui a un sens », rappelle le directeur scientifique du pic, « depuis les premières discussions en 2013 jusqu’au dépôt du dossier complet à l’automne 2025 ». La France a confirmé la présentation officielle pour la session 2026, l’évaluation internationale pourrait aboutir à une décision en 2027. « On pense avoir un peu plus d’une chance sur deux », glisse le chercheur. Un enjeu scientifique, mais aussi économique et symbolique pour toute la région Occitanie.
Valérie Ravinet

Sur la photo : Le directeur scientifique du pic du Midi Rémi Cabanac devant les nouvelles installations de l’Observatoire. Crédit : Laurent Corp - DR.

Réagir à cet article

Source : https://www.touleco.fr/Le-pic-du-Midi-bientot-decouvreur-de-nouveaux-mondes,51494