Clara Arnaud, à l’abri des vents fous

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L’autrice voyageuse Clara Arnaud a posé ses valises dans un hameau de montagne, en Ariège. Son roman à succès Et vous passerez comme des vents fous raconte, tout en nuances, l’ours, le pastoralisme et l’engagement écologique.

Depuis sa fenêtre taillée pour capter la lumière, au milieu d’une bibliothèque banquette, Clara Arnaud contemple le monde. C’est dans cette maison qu’elle a écrit son roman, Et vous passerez comme des vents fous, réédité cet automne en poche chez Actes Sud. Elle l’a achetée « pas parfaite mais juste », puis rénovée grâce au succès de son roman. En contrebas, deux maisons à vendre, des habitants trop âgés ou trop malades pour continuer à vivre ici, loin de tout. « C’est très concret, la fragilité, ici », dit-elle. « Quand quelqu’un part, il y a une maison vide. Et derrière, souvent, une histoire qui s’arrête. »

Avant d’arriver dans ce bout de vallée du Couserans, Clara Arnaud a écumé les pays et les continents. Elle a passé des mois en Asie centrale et dans le Caucase, conduit pour l’Agence française de développement (AFD) des missions au Congo, au Mali, au Honduras. Partout, Clara Arnaud a observé les vies : les Congolais qui s’habillent impeccablement pour l’Église alors qu’ils ne se nourrissent qu’un jour sur deux, les « enfants sorciers » jetés à la rue par des parents manipulés par des pasteurs, la peur en Géorgie la veille de l’invasion de l’Ukraine.

La solidarité, elle la retrouve en Ariège et se laisse séduire. « Une voisine rencontrée une seule fois a fait deux heures de route pour venir me chercher à Toulouse pendant une grève de la SNCF. J’ai voulu refuser. Mais si tu ne sais pas accepter, tu coupes la chaîne du don », raconte-t-elle. C’est cette chaîne invisible de solidarité et d’engagement pour un partage de la montagne que raconte son roman. Très documenté, il narre, sur trois saisons, la vie de bergers, les ours, les naturalistes, les néoruraux, les élus, les vieux qui tiennent encore un peu. « Je ne voulais pas d’une montagne décor, je voulais un milieu vivant, traversé par des usages, des affects contradictoires, des animaux qui ne sont pas là pour servir de symbole.

Le titre de son roman vient d’un livre de poésie arménienne que lui a fait découvrir Francis, un vieux berger du Couserans. « Ce poème parle de génocide, de montagnes refuges, de résistance, de la brièveté de nos vies. Tout résonnait avec le livre. » Le vers s’est glissé en exergue de chaque partie et s’est imposé en couverture. L’ouvrage s’est vendu à plus de 50.000 exemplaires, il circule dans les bibliothèques, les lycées. « Pour une autrice comme moi, c’est une chance énorme. Ça me donne surtout du temps pour écrire le livre d’après, le cinquième, plus ambitieux, plus difficile. » Dans ce roman arctique, il sera question de glaciers qui se dérobent, de science, de limites, et de notre manière de traverser ce siècle. En attendant, ses « vents fous » sont en cours d’adaptation au cinéma, une fiction réalisée par l’anthropologue Éliane de Latour.
Valérie Ravinet

Sur la photo : L’autrice voyageuse Clara Arnaud. Crédit : Éditions Actes Sud

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Source : https://www.touleco.fr/Clara-Arnaud-a-l-abri-des-vents-fous,51506