Vous vous présentez comme « expert en prévention des risques professionnels ». Qu’est-ce que cela recouvre concrètement ?
Mon rôle est d’aider les dirigeants employeurs à structurer une politique de prévention des risques liés à leurs collaborateurs. On parle des risques liés à la santé physique et mentale, comme les accidents du travail et les maladies professionnelles, mais aussi de turnover, d’absentéisme, de conflits prud’homaux... Ces risques sont souvent méconnus ou sous-estimés par les chefs d’entreprise alors même que leurs conséquences peuvent être majeures sur la stabilité financière, l’activité et la réputation d’une entreprise. Sans même parler de l’impact sur la santé mentale et physique du dirigeant lui-même.
Vous travaillez principalement avec des structures de cinq à quinze salariés. Pourquoi cette cible ?
C’est là que le besoin est le plus criant. Dans les grandes entreprises il existe des services RH et HSE (Hygiène Sécurité Environnement, NDLR). Dans les petites structures, en revanche, les dirigeants portent le plus souvent tout sur leurs épaules, de la gestion commerciale à la production en passant par le management. Ils fonctionnent en mode pompier, en réaction permanente aux urgences. Je les aide à border les risques financiers et juridiques pour anticiper d’éventuels problèmes et gagner en sérénité.
Vous évoquez le risque juridique. Comment se matérialise-t-il ?
J’ai accompagné deux associés charpentiers après qu’un de leurs employés est tombé d’un toit en 2023. Il a été polytraumatisé. S’en est suivi deux ans d’un tunnel juridique pour l’entreprise, afin de prouver qu’elle n’avait pas commis de faute inexcusable. Deux ans, c’est long et lourd pour une petite structure. Grâce au travail de prévention réalisé avant l’accident, les dirigeants ont été dégagés de toute responsabilité fin 2025. Un accident du travail, c’est une scène de crime : l’inspection du travail arrive avec les gendarmes, les pompiers, le Samu... Tout est figé. Ensuite, l’enquête détermine les responsabilités de chacun. À savoir qu’il y a énormément de choses à connaître pour un employeur et si 90 % des obligations sont remplies, mais qu’il manque un élément clé, ce sera insuffisant. D’où l’intérêt d’avoir une vision globale sur les risques et d’y être préparés.
Comment se déroule concrètement votre intervention ?
J’ai trois niveaux d’intervention. D’abord un audit, généralement une demi-journée pour brosser l’ensemble de la situation, après lequel je remets au chef d’entreprise un livrable avec mon analyse et une check-list de ce qui devrait être mis en place. Quand il est nécessaire, l’accompagnement se déroule sur 12 à 24 mois - changer des habitudes et instaurer une culture de prévention, ça prend du temps ! Et je développe en ce moment un troisième volet : des modules de ce que j’appelle "formaction" sur les risques psychosociaux, la qualité de vie au travail, etc.
Quelles sont les thématiques les plus fréquentes ?
Depuis 2022, les obligations réglementaires s’étendent explicitement à la santé mentale. Avec les accidents routiers et les troubles musculosquelettiques, elle est la troisième cause d’accident du travail. Pourtant, on commence seulement à en parler vraiment.
Par ailleurs, les risques prud’homaux, l’absentéisme, le désengagement silencieux sont au cœur des préoccupations actuelles, avec beaucoup de conflits managériaux et intergénérationnels. J’ai été délégué du personnel, ce qui m’a rendu assez sensible à ces questions. Et le fait d’enseigner régulièrement dans des campus universitaires me permet de rester au contact des nouvelles générations et de mieux comprendre leurs attentes.
Propos recueillis par Marie-Dominique Lacour
Crédit photo : Olivier Lamouroux / Asterion Solutions.
