La finance islamique, alternative éthique aux banques classiques ?

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Murabaha, sukuk... Derrière ces termes méconnus se cache une branche de la finance qui refuse l’intérêt et la spéculation. Pour être capable de proposer à ses clients toutes les options disponibles, Marion Sabatier, experte-comptable mémorialiste à Toulouse, s’est penchée sur les finances éthiques dites religieuses ou confessionnelles. En particulier la finance islamique, de loin la plus structurée et opérationnelle d’entre elles.

Peut-on se financer autrement qu’avec une banque traditionnelle, selon des principes plus proches de l’éthique ou de la RSE ? C’est en cherchant des réponses à cette question que Marion Sabatier, experte-comptable stagiaire, en est venue à s’intéresser à la finance éthique, qui englobe la finance religieuse, et en particulier la finance islamique, accessible à tous quel que soit son culte, et plus structurée que son équivalent chrétien.

En effet, alors que la doctrine sociale de l’Église s’avère peu contraignante et très théorique en matière de financements, la finance islamique dispose d’un cadre clair, incluant un droit financier, des outils opérationnels et des instances de régulation. Elle repose sur plusieurs interdits fondamentaux que sont l’intérêt, la spéculation et la thésaurisation, auxquels s’ajoute l’exigence d’adosser toute opération à un actif tangible.

Des outils pour les croyants… et les autres

Parmi les outils, la mourabaha : « Prenons l’exemple d’un achat immobilier. À la place de lui octroyer un prêt, la banque achète le bien pour le compte de son client et le lui revend plus cher. La marge est payable en plusieurs fois », explique la Toulousaine, qui poursuit : « Il existe aussi le sukuk, équivalent islamique de l’obligation, avec lequel l’investisseur reçoit non pas un intérêt, mais une part des bénéfices. »

Ces alternatives ne s’adressent pas qu’aux seuls musulmans. « Rien n’empêche une agnostique ou un catholique d’utiliser des produits de banque islamique par simple conviction éthique », souligne-t-elle. Le financement par royalties, pratiqué par certains business angels, relève d’ailleurs d’une philosophie similaire puisque l’investisseur perçoit une part du chiffre d’affaires, sans intérêts ni prise de participation.

Quant à l’aumône, ou zakât en arabe, elle impose de reverser une part de son revenu aux plus démunis. « C’est l’équivalent de la charité chrétienne mais dans l’islam, où elle est l’un des cinq piliers, c’est une véritable obligation. Elle est traitée fiscalement en France comme un don classique, mais elle contribue aussi à l’aspect éthique de la finance islamique puisqu’elle favorise la circulation des biens et proscrit la thésaurisation », détaille la professionnelle.

« Les gens avec des impératifs cultuels ou certaines valeurs ont trop peu d’options »

« Ce qui compte, c’est l’adossement à des actifs réels et le partage des risques comme des bénéfices. On retrouve ces principes aussi bien dans l’éthique islamique que catholique », précise Marion Sabatier. Des principes forts, qui expliquent pourquoi les banques islamiques avaient mieux résisté que les banques conventionnelles à la crise des subprimes, et qui contribuent à leur attractivité.

Si les banques islamiques sont implantées partout sur le territoire, comme à Toulouse où l’on trouve une agence de la Chaabi Bank, et très présentes en ligne, la méconnaissance reste le principal obstacle à leur démocratisation. « Globalement, on parle très peu de finance éthique », déplore la future experte-comptable, qui pointe aussi une autre difficulté : « Dès que l’on sort du circuit bancaire classique, on est dans le viseur des autorités : elles sont vigilantes, à raison, au titre de la lutte contre le financement du terrorisme et du blanchiment des capitaux. »

En vue de son diplôme, Marion Sabatier continue d’approfondir le sujet avec un seul objectif : être capable d’accompagner au mieux ses futurs clients, qu’ils soient croyants ou simplement soucieux d’éthique, à identifier et utiliser des outils financiers compatibles avec leurs valeurs.
Marie-Dominique Lacour

Sur la photo : Marion Sabatier, experte-comptable mémorialiste, s’est penchée sur le sujet des finances religieuses, branche de la finance éthique. Crédit : M.-D.L.-ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/La-finance-islamique-alternative-ethique-aux-banques-classiques