Pavan, L’art et la matière

Au printemps dernier, la présentation du Colosse d’argile, oeuvre inspirée de l’ancien rugbyman Thierry Dusautoir, a mis l’artiste toulousain en lumière. Patrick Pavan aime travailler la matière pour exposer la condition humaine.

À l’instar des murs qu’il creuse, Patrick Pavan est brut, simple, direct. À l’image de ses oeuvres, l’artiste est également complexe, nourri par un parcours atypique qui l’a conduit à trouver son « moyen d’expression ». Car rien ne prédestinait ce fils et petit-fils de maçons d’origine italienne à cela. Sans baccalauréat, il enchaîne les jobs, comme chauffeur de bus ou veilleur de nuit. « Pour ma famille, le bac avait été vécu comme un échec », indique-t-il, pour expliquer les raisons qui l’ont poussé à le passer à 30 ans. « À titre personnel, c’était une revanche. » Le Toulousain entame alors des études de lettres modernes à l’université du Mirail, « avec des velléités d’être écrivain ».

Une passion qui ne le quittera pas puisque son art se nourrit aujourd’hui de ses lectures. « Mon travail est littéraire. Si je fais une série sur les chiens, je pense à L’Amour est un chien de l’enfer de Bukowski, Au-dessus du volcan de Malcolm Lowry ou Demain les chiens de Siodmak. Tout est référentiel », éclaire Patrick Pavan, qui a eu le déclic en étudiant l’histoire de l’art en parallèle de son cursus. « Ecce homo, de Nietzsche, est au coeur de mon travail. Dans cette autobiographie, il dit : “Deviens ce que tu es.” Cela renvoie aussi à Ponce Pilate, et à notre condition humaine. Je cherche à exprimer ce qu’il y a au fond de nous, c’est pour ça que je creuse les murs. »

Aujourd’hui, installé dans un ancien chai au coeur de l’Aude, il consacre tout son temps à son art, après avoir travaillé plus de dix ans comme contrôleur des impôts. « Ils savaient que j’exposais. Puis il y a eu du changement, ils ont refusé un temps partiel et je me suis mis en disponibilité. Quand j’ai quitté la fonction publique pour devenir artiste, mes parents m’ont fait la gueule », sourit Patrick Pavan, pleinement épanoui par son choix de vie. Dans son atelier, à l’image de son travail sur le Colosse d’argile, il extirpe la matière d’une silhouette tracée sur un bloc d’argile ou un mur, comme un psy qui irait au plus profond d’un être. Le choix de matériaux simples de cet autodidacte est aussi un clin d’oeil à l’histoire familiale. « J’utilise les mêmes outils que mon père, je fais sans doute les mêmes gestes, mais dans un objectif différent. C’est touchant. »

Le photographe Pierre Béteille a documenté la démarche artistique de Patrick Pavan pour un court-métrage, Le dedans des murs, qui a été présenté fin septembre au Marché international du film sur les artistes contemporains (Mifac). Une nouvelle reconnaissance après la médiatisation qui a suivi la présentation du Colosse d’argile, appuyée par la notoriété de Thierry Dusautoir. Et si Pavan a comme gros projet « de traverser les murs, comme on traverse les épreuves de la vie », la littérature n’est jamais loin avec lui. Le Toulousain, ami de l’écrivain Benoit Séverac, a en effet réalisé le prix Violeta Negra du festival Polars du Sud. Une nouvelle brique dans la construction de son être artistique.
Paul Périé
Photo : Rémy Gabalda

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Source : https://www.touleco.fr/Pavan-L-art-et-la-matiere,35997