Quelle est l’origine de cette réflexion sur les partis politiques français ?
Marie-Laure Fages : Elle est issue d’un échange avec Placide Mabaka, professeur de droit public à l’Université catholique de Lille, spécialisé dans l’appréhension juridique du risque. Nous nous sommes rencontrés 2007 lors d’une session de l’Académie internationale de droit constitutionnel, à Tunis ; notre conversation a très vite abouti à la nécessité d’organiser un colloque sur le thème « Constitution & Risque(s) ».
Mon idée consiste à confronter les concepts d’hypermodernité, de risque et de partis politiques. Une fois défini chacun des concepts, cette confrontation jusqu’alors inédite est source de questionnement : qu’est-ce que le risque appliqué aux partis politiques ? Dans une société hypermoderne, comment les partis politiques français, organisations complexes, mettent-ils en œuvre les modalités d’intégration et de gestion de la notion de risque ? Comment assurent-ils leur représentativité ? Ce sont quelques unes des problématiques que j’aborde dans cet article, dans une perspective juridique.
Quelles sont vos principales conclusions ?
Tout d’abord, je reviendrai sur un constat : aujourd’hui, le nombre d’adhérents, tous partis politiques confondus, est estimé à moins de 500 000, soit environ 1% de la population du corps électoral, un des taux les plus faibles des pays européens. Le système actuel, qui consiste pour les partis politiques à adopter des stratégies d’évitement des risques, conduit à la création de confédération de partis politiques et à une logique de bipartisme, préjudiciable à la construction d’une société hypermoderne.
Ainsi, nous souffrons d’une crise de représentativité, qui mine la société française. Le rejet des élus de la République est double. D’une part, l’un conduit à dénoncer des élus incapables de résoudre les questions posées par la transformation des modes sociétaux . D’autre part, un phénomène d’autoreprésentation des élus de la République est dénoncé, ces derniers, sorte d’ « oligarques de la République » ne seraient plus en phase avec les préoccupations quotidiennes des citoyens. Or, la confiance est un ingrédient essentiel pour une réaction efficace d’une société face à un risque.
La prise de risques, dans un parti politique, constitue un espoir, en ce sens qu’elle génère de la créativité. Pour perdurer, les partis politiques doivent intégrer la notion de risque : elle est source de nouvelles dynamiques dans la structure des partis.
Dans votre article, vous brossez une analyse critique de divers partis politiques français, de gauche comme de droite. Selon vous, qu’est-ce qu’un parti politique moderne ?
C’est pour moi un parti « chronopolitique » c’est-à-dire qu’il sait réaliser la synthèse idéale entre des temporalités diverses, un temps court – par exemple celui des échéances électorales - et un temps long – la prise de décisions sur le long terme - de la vie politique. Pour ce faire, la structure du parti, son organisation interne, subit une nécessaire adaptation pour permettre l’émergence d’idéologies et de personnalités nouvelles. Il doit aussi se rendre plus réactif et proposer des réponses adaptées aux motivations d’engagement des individus. En un mot, c’est par l’innovation politique intégrant la prise de risque que l’on construira des organisations politiques d’un nouveau genre : hypermodernes.
Propos recueillis par Valérie Ravinet
