La presse attendait Jean-Luc Moudenc, mais ce sont ses colistiers, membres de la société civile qui sont venus rencontrer les médias mercredi matin à son QG. Adresse à la gauche modérée et à la jeunesse, insistance sur le sérieux économique et attaques plus violentes vis-à-vis des prises de paroles passées du leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, les colistiers ont développé la stratégie de leur candidat pour le second tour, après son score de 37,23 % au premier tour.
L’entrepreneur Michel Lacroix lance d’abord un appel aux électeurs de François Briançon. « Il ne faut pas que les électeurs modérés suivent ceux qui font désormais allégeance à l’extrême gauche », estime celui qui s’était opposé en 2020 à la fusion de la liste de la socialiste Nadia Pellefigue, dont il était numéro 2, avec celle de l’écologiste Antoine Maurice. « La victoire de Piquemal serait un désastre pour les finances, avec trop de promesses de gratuité. Mais aussi pour l’économie toulousaine. Les organisations patronales l’ont bien compris. La CPME 31 appelle clairement à voter pour nous », explique également le vice-président du conseil de surveillance du Stade Toulousain.
La Franco-gabonaise Sonia Guillemet, qui travaille dans l’insertion des jeunes issus des quartiers populaires grâce à la boxe, veut s’adresser aux jeunes de son quartier, Amouroux, qui pourraient être tentés par le programme social de la gauche. « Jean-Luc Moudenc ne s’adresse pas aux quartiers comme à une cible électorale. Notre candidat parle d’ordre, mais j’ai envie de dire aux jeunes que l’ordre, ce n’est pas que de la fermeté, c’est un cadre qui permet d’évoluer et de préserver son identité », considère la responsable associative.
Nicole Yardeni, seule élue sortante de la petite assemblée, se montre la plus virulente contre la liste de François Piquemal. « La tête de liste adverse ne s’est jamais opposée à l’ambiguïté de Jean-Luc Mélenchon vis-à-vis de l’antisémitisme. L’extrême gauche au Capitole, c’est l’avènement d’un temps de haine », affirme l’actuelle adjointe au maire de Toulouse. D’un ton plus calme, le boxeur Sofiane Oumiha, cinquième de la liste, veut convaincre les Toulousains que son candidat serait uniquement à leur service contrairement, selon lui, à la gauche : « Jean-Luc Moudenc se soucie d’abord du quotidien des Toulousains et laisse les conflits mondiaux au ministère des Affaires étrangères », assure l’athlète, dans une allusion à la mobilisation de LFI sur des dossiers internationaux comme la situation à Gaza. Dans l’après-midi, l’équipe de Jean-Luc Moudenc a diffusé une liste de 350 Toulousains, chefs d’entreprise, associatifs, professions libérales venus en soutien.
Les deux François en campagne
Du côté de la liste Demain Toulouse, la gauche unie, cette semaine d’entre-deux-tours a été marquée par le “mariage civil” des deux leaders, mardi soir, au pied de la basilique Saint-Sernin. Devant quelque 1500 personnes rassemblées, le socialiste François Briançon a, le premier, pris la parole en clamant : « Les deux François sont réunis. N’écoutez pas ceux qui ont peur et qui pensent que le Capitole leur appartient. Nous, le Capitole, on va le rendre aux Toulousaines et aux Toulousains. » Au premier tour, François Piquemal a réalisé 27,56 % des voix et François Briançon, 24,99 %.
Quelques minutes après, le « plan d’attaque » pour les trois derniers jours de campagne était lancé. « À 8h, on sera devant les écoles, à 9 h aux stations de métro, de 10 h à midi sur les marchés, après dans les facs et, le soir, porte-à-porte et collage des affiches », explique un militant à la foule. Les premières actions s’organisent en quelques minutes. Des équipes se forment, se partagent les tracts, des feuilles circulent avec des QR codes permettant d’accéder à des boucles Whatsapp créées pour annoncer les futurs points de rendez-vous. Emportée avec d’autres vers la place du Capitole, Geneviève commence à tracter. Elle se demande en même temps comment convaincre son amie communiste, très agacée par Jean-Luc Mélenchon, de voter dimanche pour la liste Demain Toulouse, la gauche unie.
Un peu plus tôt dans la soirée, François Piquemal et François Briançon avaient profité de leur deuxième conférence de presse commune pour répondre à la CPME 31 et au Medef Haute-Garonne, dont le président Pierre-Olivier Nau a prédit le départ d’Airbus en cas d’élection du député insoumis. « Je suis fier d’avoir Airbus à Toulouse. Beaucoup d’ingénieurs qui travaillent chez Airbus et chez leurs sous-traitants ont voté pour nos deux listes et veulent mettre leurs compétences au service de la transition écologique. Il faut arrêter d’insulter ces intelligences », a lancé François Piquemal en rappelant aussi son projet de loi sur la défense du petit commerce. « Les sauterelles ne vont pas envahir la ville et le Stade Toulousain va continuer à gagner des tournois », s’est amusé François Briançon. « Ceux qui relaient le discours de peur de Jean-Luc Moudenc, se ridiculisent. »
Mercredi, Jean-Luc Moudenc et François Piquemal se sont retrouvés pour des débats très attendus dans les médias locaux, l’un mené par France 3 Occitanie et Ici Occitanie et l’autre organisé par La Dépêche du Midi et RTL. Sur le service public, le débat s’est déroulé dans le calme. Le maire sortant a beaucoup insisté sur son bilan, le détaillant de manière chiffrée, en particulier sur la partie éducation. François Piquemal a davantage développé son programme en matière de logement, sujet qu’il maîtrise très bien pour avoir longtemps milité au sein du Droit au logement, mais également sur la partie sécurité, où il a mis son « approche humaine » en avant, préférant aux caméras de surveillance plus de policiers municipaux. Jean-Luc Moudenc a attaqué le candidat de la gauche sur les prises de position du leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, tandis que son opposant a ramené le maire sortant à ses “amitiés politiques” à l’Assemblée nationale et dans la majorité macroniste. Rendez-vous dans les urnes, ce dimanche 22 mars.
Johanna Decorse et Matthias Hardoy
Sur les photos : Jean-Luc Moudenc et François Piquemal se sont fait face lors du débat organisé par le service public audiovisuel d’Ici Occtanie. // Jean-Luc Moudenc lors d’une conférence de presse. Crédits : Rémy Gabalda-ToulÉco. // Les soutiens de la liste Demain Toulouse, la gauche unie lors d’une opération de tractage mardi soir place Saint-Sernin. Crédit : J.D.-ToulÉco.


