ToulÉco

Publié le dimanche 2 septembre 2018 à 19h00min par Isabelle Meijers

Aéronautique. Odile Jubecourt la pionnière de l’A330neo

Article diffusé le 2 juillet 2018

La directrice du programme A330neo s’est fi xé quarante-deux mois de développement. Un challenge. Première femme à la tête d’un programme avion, elle joue collectif avant tout.

Son petit bureau se trouve dans des Algeco au pied des pistes où sont aussi réunies ses équipes. Rien de confortable. Ce jourlà, on y transpire et c’est bruyant. Des locaux vacants trouvés à la hâte sur le site d’Airbus en juillet 2014, date de la nomination d’Odile Jubecourt à la tête du programme A330neo. L’appareil est un A330 nouvelle génération, plus économique, remotorisé avec des réacteurs Rolls-Royce Trent 7000, qui ont récemment accusé du retard. Mais maintenant que les deux avions d’essai sont sur le tarmac, juste à côté de la ruche, chacun respire mieux. Car l’objectif initial était de mettre l’A330neo sur le marché en quarante-deux mois. Du jamais vu.

« Et nous avons tenu la date d’assemblage fi nal du premier exemplaire en vingt-six mois. Le premier vol a eu lieu le 19 octobre 2017, seulement trois ans et trois mois après le lancement du programme », tient à préciser Odile Jubecourt. Confi ante Première femme nommée à la direction d’un programme Airbus, elle fait figure de rareté chez le constructeur. Cette ingénieure ENSEEIHT diplômée d’un MBA de la Northern Illinois University a été propulsée à 50 ans à la tête de 1800 personnes, responsable d’un budget de développement de 2 milliards d’euros. Pas de quoi l’affoler. Son chemin a toujours été jalonné de marques de confiance. Son père, chef d’entreprise dans les travaux publics, l’encourage dans ses études scientifiques au même titre que son frère.

Management basé sur le travail collaboratif

« Petite, je m’imaginais porter un casque comme lui sur des chantiers », se rappelle-t-elle en souriant. Puis, après une première partie de carrière débutée en 1989 chez le constructeur aéronautique comme ingénieur commercial support, se profile le grand saut vers le monde des programmes dans les années 2000. Elle devient responsable de gestion de configuration des A330/340. « J’y ai appris à oser. Au programme, il faut être capable de décider même quand il n’y a pas toutes les informations préalables », raconte-t-elle. Elle tient à remercier deux directeurs de programme qui l’ont accompagnée, Gérard Zuber et Patrick Piedrafita, des « mentors exceptionnels ». Participative « Le mentoring est très important. Il conforte la personne dans sa capacité à remplir le rôle.  » Cette mère de famille de deux enfants coache elle-même des jeunes femmes en interne dans leur évolution et soutient deux associations, Elles bougent et Capital Filles, pour encourager les parcours féminins scientifiques. Elle a mis au cœur de ses méthodes de management le travail collaboratif.

« Je pars du principe que les équipes sont autonomes dans leur prise de décision. Je suis à l’écoute et l’information doit circuler vite », dit-elle. Ses valeurs de solidarité se sont illustrées en 2015 par la participation en équipes au marathon de Toulouse. « Nous étions quatrevingts participants du programme A330neo répartis dans vingt équipes au total. Et nous avons attendu la dernière équipe pour passer tous ensemble la ligne d’arrivée. » Cette passionnée de bandes dessinées dans ses moments de loisir en « redemande ». « Le premier vol de l’A330neo était émouvant pour tous. Je veux maintenant voir cet avion partir en compagnie. » Rendez-vous à l’été 2018 pour la première livraison à TAP.
Isabelle Meijers

Sur la photo : Odile Jubecouirt, la directrice du programme A330neo. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco