ToulÉco

Publié le mardi 7 novembre 2017 à 18h03min par Armelle Parion

Pour Rolland Feuillas, « l’agriculture est à bout de souffle »

Cultiver les variétés anciennes de blé afin de proposer une alimentation différente et de combattre le productivisme agricole : tel est l’objectif de Rolland Feuillas depuis son moulin de Cucugnan dans l’Aude.

Depuis son moulin de Cucugnan Roland Feuillas remet au goût du jour les semences anciennes de blé. Une démarche qui vise à dénoncer le productivisme ambiant. « La culture du blé conventionnel se fait dans un objectif affiché de rendement. Elle recherche la rentabilité. Moi, je pense qu’on peut nourrir la planète avec l’agro-écologie. Alimenter et nourrir sont deux choses différentes », affirme Roland Feuillas, qui refuse de s’afficher comme un idéologue. « L’agriculture est à bout de souffle. On ne peut pas créer de semences nouvelles chaque année. Il faut faire confiance aux chromosomes de base, au lieu de vouloir rivaliser avec la nature. »

Seize paysans travaillent pour les Maîtres de mon moulin, cultivant 350 hectares allant de l’Aude au Vaucluse, en passant par le Gers, l’Hérault et le Gard. Trois boulangers travaillent au moulin de Cucugnan. Le pain est pétri à la main. Les variétés modernes, au contraire, sont sélectionnées pour le pétrin mécanique. Des paysans cultivent également pour l’entreprise des semences endémiques en Grèce, en Anatolie, au Canada… Tous pratiquent les cultures associées (blé et lentilles par exemple), les rotations, en un mot les mêmes techniques culturales, et ce, dans des conditions sanitaires ultrabiologiques. Les Maîtres de mon Moulin gèrent au total deux cents variétés de blés de pays. « Nous brassons les populations, puis elles évoluent et cela donne des blés de toutes les couleurs. » On trouve parmi ses blés des Poulard d’Auvergne ou d’Australie, la Bladette de Puylaurens, le Barbu du Roussillon, la Touzelle de Nîmes, le Meunier d’Apt…

Deux cent kilos de pain fabriqués tous les jours

Les critères de sélection répondent au seul objectif de sauvegarde de la biodiversité, dans le but de « maintenir les différences et la variabilité génétique ». Les débouchés nationaux Gabriel Riou, le meunier, fabrique ensuite la farine au moulin. Après la confection du pain par les trois boulangers, Roland Feuillas enfourne et défourne. Deux cents kilos de pain sont réalisés tous les jours, tourtes de seigle, petits et grands épeautres, sans compter les gâteaux et les pâtes alimentaires. Des grains et de la farine sont également expédiés chez des professionnels et des particuliers de toute la France.

L’indice de minéralité de la farine de Cucugnan est deux fois plus riche que dans les farines classiques. Considéré comme un utopiste lorsqu’il a créé son entreprise dans ce village de 100 habitants, Roland Feuillas peut désormais prouver son efficience économique. Les Maîtres de mon Moulin emploient dix salariés et prévoient 1 million d’euros de chiffre d’affaires en 2017. Roland Feuillas projette d’investir dans un bateau à voiles de soixante tonnes, pour parcourir la Méditerranée et tous les lieux où sont cultivées ses variétés, afin de pouvoir transporter et échanger ces blés oubliés.
Armelle Parion

Sur la photo : Les Maîtres de mon Moulin prévoit 1 million de chiffre d’affaires en 2017. Crédits : Hélène Ressayres - ToulÉco.