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Publié le mardi 8 octobre 2019 à 21h07min par Johanna Decorse

Toulouse. Hemeria livre le premier nanosat industriel français

Engagée dans le projet de constellation de nanosatellites Kinéis, la société Hemeria a co-développé avec le Cnes, Angels, le premier nanosat industriel français. Ce démonstrateur qui embarquera l’instrument Argos-Neo dédié au système Argos sera lancé avant Noël.

Moins de six mois après sa création, Hemeria veut déjà prendre la tête de la filière nanosatellite en France dans le cadre du New Space. Née en juillet 2019 à Toulouse du regroupement du pôle spatial de Nexeya et de plusieurs activités de défense souveraine, la jeune société est partie prenante dans deux projets précurseurs : le programme Angels et le projet de constellation de vingt-cinq nanosatellites Kinéis dont elle va fabriquer la plateforme.

« Nous sommes un bébé bien né avec un carnet de commandes rempli, une situation financière bonne et nous sommes à l’aube de mettre sur orbite son premier nanosatellite », se félicite Nicolas Multan, directeur général d’Hemeria.

En effet, le démonstrateur Angels, premier nanosatellite industriel français qu’Hemeria a co-financé et co-développé avec le Cnes, le Centre national d’études spatiales, rejoindra le 16 octobre le centre spatial guyanais pour un lancement prévu à bord d’un Soyouz entre le 17 et le 25 décembre 2019. Angels, pour Argos-Neo on a Generic Economical and Light Satellite, embarquera avec lui l’instrument de collecte de données Argos-Neo, le premier d’une nouvelle génération miniaturisée dédiée au système des fameuses balises Argos.

Un « temps record »

Ce projet qui selon les deux partenaires doit « faire émerger une filière française de nanosatellites dont Angels sera le premier exemplaire », a démarré en mars 2017. Pour « fabriquer plus vite et moins cher », le Cnes et Hemeria ont mutualisé leurs équipes au sein d’un plateau projet réunissant vingt-cinq personnes dédiées au projet sur le site d’Hemeria à Toulouse.

Cette méthode de travail et le cofinancement public-privé « innovant » du programme auront permis au projet Angels d’être conçu, développé et fabriqué en seulement deux ans et demi. « Un record dans le spatial » selon les deux acteurs. Pesant moins de 20 kilos, Angels prend la forme d’un cube comprenant douze unités d’environ dix centimètres de côté (photo ci-dessus).

Miniaturisation en orbite

Au total, ce programme de 10 millions d’euros aura été financé à hauteur de 3 millions d’euros par Hemeria, en charge de la plateforme et de l’assemblage du satellite et de 7 millions d’euros par le Cnes, maître d’ouvrage, responsable du lancement et de l’exploitation du satellite ainsi que de la charge utile, l’Argos-Neo. Premier d’une nouvelle génération miniaturisée, cet instrument viendra compléter la flotte actuellement en orbite du système Argos de collecte de données et de localisation de balises dédié à l’étude et à la protection de l’environnement.

Dix fois plus léger (avec à peine 1,5 kilos) et trois fois plus économe en énergie pour les mêmes fonctionnalités que la génération précédente, l’Argos-Neo pourra aussi intégrer la constellation des vingt-cinq nanosatellites Kinéis qui sera lancée fin 2022.

Accord avec Airbus

« Ces vingt-cinq satellites seront la suite industrielle d’Angels qui doit démontrer que la miniaturisation de la plateforme et de l’instrument Argos fonctionne en orbite », explique Nicolas Multan. Hemeria, qui affiche 35 millions d’euros de chiffre d’affaires, emploie 180 personnes dont bientôt 25 dédiées aux nanosatellites. Ce secteur génère désormais 20 % de son activité. Pour pérenniser ces postes, la société s’est positionnée sur plusieurs appels d’offres et a signé un protocole d’entente avec Airbus et Thales Alenia Space. Objectif : être tenue informée de leurs éventuels besoins…
Johanna Decorse

Sur les photos :
En haut : lors de ce lancement sur Soyouz en décembre, Angels et le chasseur d’exoplanètes Cheops de l’Agence spatiale européenne (Esa) embarqueront comme « passagers secondaires » et le satellite italien d’observation de la Terre Cosmo-SkyMed Second Génération en « passager principal ». Crédits : G. Le Bras - Cnes.

En bas : Angels, le premier nanosatellite industriel français est au format cubesat 12U. Crédits D. Ducros - Cnes/ill.