Casablanca, la bien nommée, lumineuse cité aux maisons d’albâtre bercée par les vagues de l’Atlantique. Au sortir de l’aéroport Mohamed V, la chaleur vous enveloppe déjà comme une étreinte familière et, avec elle, cette effervescence nonchalante si particulière des grandes villes marocaines. On se laisse porter par l’onde bienveillante, celle des endroits bénis où l’on sait que demain sera meilleur qu’hier. Accueillante, Casablanca l’est à bras ouverts. Mais pas docile pour autant. Elle déploie ses contrastes au gré de ses ruelles désertes ou bondées. Exige qu’on prenne le temps d’y flâner, de se perdre dans le dédale de son ancienne médina, coincée entre le port et la ville moderne, où les allées étroites dégagent des parfums d’épices et de menthe fraîche. À quelques pas de là, le quartier des Habous, la « nouvelle médina », offre un visage plus policé. Les amateurs d’architecture seront conquis : le centre-ville regorge de bâtiments Art déco et néo-mauresque qui racontent l’âge d’or des années 1920-1930, après que la ville a été presque rasée par les bombardements français en 1907. Le cinéma Rialto, avec sa façade courbe emblématique, semble tout droit sorti d’un film en noir et blanc ; la Villa des Arts, ancien palace reconverti en musée, expose l’art contemporain marocain dans un écrin rétro.
La mosquée Hassan II, chef d’œuvre tourné vers l’infini
Elle est sans conteste l’un des plus beaux monuments du Royaume et la seule mosquée que les non-musulmans peuvent visiter. L’impressionnant édifice, inauguré en 1993, se dresse face à l’océan dans une majesté qui coupe le souffle. Si son socle a fendu les eaux, son minaret semble défier le ciel. Avec ses 210 mètres, il a même été sacré comme le plus haut du monde avant d’être détrôné en 2019 par celui de la mosquée Djamâa El Djazaïr à Alger (265 mètres).
Le roi Hassan II, se sachant malade, a lancé en juillet 1986 ce projet pharaonique qui mobilisera 10.000 artisans pendant sept ans ; il aura fallu huit mois pour assécher le site. Entièrement financé par les dons, il aura coûté 800 millions de dollars. Le prix d’un hommage éternel à Dieu, à l’art et aux savoirfaire marocains : à l’intérieur de la salle de prière, les zelliges dialoguent avec le marbre de Carrare ; les lustres de Murano, dont certains pèsent plus d’une tonne, diffusent une lumière dorée, tandis que s’entremêlent les bois sculptés de Fès et les bois peints de Marrakech ; chaque couleur – le bleu de l’indigo, le vert, le brun et le rouge du henné, le noir du khol – raconte une histoire millénaire, que perpétue l’Académie des arts traditionnels.
Dehors, l’océan, le long duquel s’étend la Corniche qui accueille vos pas pour une dernière balade contemplative. Douce Casablanca. À l’heure où les terrasses se remplissent et s’animent, lorsque le soleil se couche, illuminant l’océan et la ville de teintes chaudes, que les amoureux déambulent sous les palmiers qui bruissent dans la brise salée, alors vous comprenez pourquoi tant d’artistes et d’écrivains sont tombés à jamais sous son charme. Une chose est sûre : vous reviendrez.
Marie-Dominique Lacour
Sur les photos :
* Majestueuse sentinelle de l’Atlantique. Face à l’océan qui vient lécher ses fondations, la mosquée Hassan II dresse son minaret de 210 mètres - qui fut un temps le plus haut de monde - vers les cieux.
* Dans les ruelles étroites de l’ancienne médina, le souk déploie ses trésors et ses parfums. Épices pyramidales, babouches multicolores, tajines en terre cuite et artisans à l’œuvre, l’œil ne sait où se poser, tandis que l’oreille est assaillie par les vendeurs.
* Gardiens des ruelles. Partout, sur les toits ou les terrasses, dans les souks ou comme ici, sur La Corniche, de petits félins alanguis aux yeux miclos, de toutes tailles et de toutes les couleurs, profitant des rayons du soleil et de la douceur de l’instant présent. Les chats règnent ici en maîtres absolus, indifférents à l’agitation des humains… qui le leur rendent bien.
* Sous la mosquée, la salle des ablutions ouvre une demi-heure avant chaque prière.
* Tajines, salades marocaines, pastillas… La gastronomie marocaine, aussi haute en saveurs qu’en couleurs, est un art total : ici on mange avec les yeux avant de savourer ces mille et un trésors qui se combinent en un
généreux moment de partage.
Crédit photo : Marie-Dominique Lacour-ToulÉco



