On le sait encore peu mais les mutuelles d’entreprises s’orientent, elles aussi, sur le placement pour les salariés comme pour les dirigeants. La loi sur le partage de la valeur, initiée en 2023 et débuté en janvier 2025, a favorisé cet essor. Pour ce faire, plusieurs groupes mutualistes ont racheté des sociétés spécialisées en conseil et en gestion de patrimoine. Ainsi, la mutuelle toulousaine Prévifrance a lancé cette activité il y a une dizaine d’années, avec un coup d’accélérateur depuis trois ans. « Le but est d’accompagner nos adhérents en épargne et en retraite avec une nouvelle branche patrimoniale », explique Damien Cornu, responsable de l’ingénierie patrimoniale au sein de Prévifrance Conseil. « Ils ne nous attendent pas forcément sur ce type de services mais on les accompagne avec du conseil. D’autant qu’avec le débat politique actuel autour des retraites, nous faisons face à beaucoup de questions. »
Un constat partagé par Aurélien Darras expert en épargne retraite en Occitanie chez Harmonie Mutuelle, lui-même ancien gestionnaire de patrimoine. Sa mission : développer l’épargne collective au sein de la mutuelle avant d’envisager un déploiement de cette activité sur tout le territoire national. « Toutes les PME de onze à cinquante salariés sont désormais obligées de mettre en place un dispositif de partage de la valeur, comme des primes d’intéressements, ou des primes Macron pour les salariés », explique-t-il. « Cela peut être vécu comme une contrainte, mais c’est aussi une opportunité pour challenger les enjeux de l’entreprise. C’est là où nous les conseillons. » Car ce partage de la valeur, - qui ne concerne les entreprises qu’à partir de trois bilans d’activités positifs - peut être soumis à des critères comme la satisfaction client ou encore des systèmes d’économie de carburant avec de l’éco-conduite. « À ce moment, le système est vertueux car les économies générées vont financer ou abonder les primes », poursuit Aurélien Darras.
Une approche basée sur le conseil
Car si le conseil en placement n’est pas la spécialité des mutuelles, celles-ci mettent en avant des arguments de choix. « Les chefs d’entreprises sont sollicités par les banques, par les experts-comptables, mais aussi par les salariés, notamment quand il y a un CSE », constate Damien Cornu. « Or, les mutuelles s’occupent de l’humain avant tout. Notre approche porte généralement sur le conseil et sur l’épargne salariale, nous sommes pertinents. »
« Tout ceci s’inscrit dans une même continuité », confirme de son côté Aurélien Darras. « Notre premier métier chez Harmonie, c’est la mutuelle santé, et notre deuxième c’est la prévoyance. L’épargne et les retraites arrivent comme une troisième activité d’autant plus facile à déployer que depuis 2019 et la Loi Pacte, les mécanismes d’intéressement et de participations ont été simplifiés. Ils ne sont plus l’apanage des grandes entreprises. »
Ainsi, parce qu’elle constitue un point d’attention à la fois au sein de l’entreprise (qui doit anticiper les Indemnités de fin de contrat, les fameuses IFC) mais aussi dans la sphère privée pour gérer « l’après », la retraite des salariés comme des dirigeants constitue un point d’entrée de choix dans le placement en entreprise.
Les mutuelles qui y voient une façon de diversifier leurs collectes l’ont bien compris. Et si elles ne sont pas encore très identifiées dans ce segment, elles multiplient désormais les actions pour se développer. « Cela devient notre troisième cœur de métier : nous protégeons le salarié, nous l’indemnisons s’il est malade et nous l’accompagnons pour sa retraite », conclut ainsi Aurélien Darras.
Paul Périé
Visuel : IweGo
