Étienne Kemlin, Festik : « Être indépendant nous a aidés à traverser la crise »

La billetterie en ligne toulousaine Festik a su vite rebondir alors que le secteur culturel était en crise. Son fondateur Étienne Kemlin revient sur cette année particulière tout en esquissant l’avenir.

Étienne Kemlin, comment Festik a vécu cette année où la culture s’est mise à l’arrêt pour raison sanitaire ?
Nous avons démarré le 17 mars en demandant à tous les spectateurs et tous les organisateurs de spectacles de nous laisser un peu de temps pour mettre en place un système cohérent afin de gérer au mieux tout ce qui était remboursement et annulation. Tout le monde a bien accepté ce délai. Nous avons mis en place une solution qui permet simplement de se faire rembourser son billet ou d’y renoncer au profit de l’organisateur. Une portion non-négligeable des spectateurs a renoncé au remboursement.

Du point de vue financier, nous avons eu la chance de débuter la crise avec une trésorerie très saine. Avec la prolongation de la crise, les aides à la culture sont arrivées. Du point de vue humain, nous avons utilisé la possibilité de chômage partiel. Nous sommes actuellement à 30% de chômage partiel. Les développeurs continuent de travailler. Les personnes chargées des relations avec le public ou avec les organisateurs ont alterné période de chômage partiel et travail.

Quelles ont été vos actions ces derniers mois ?
Nous avons tout d’abord voulu soutenir les initiatives qui ont eu lieu durant la période. Nous avons accompagné les festivals qui ont pu avoir lieu l’été dernier mais dans des conditions très particulières. Il fallait par exemple pouvoir contacter rapidement toutes les personnes présentes en cas de détection de cluster. Nous avons tout mis en place pour répondre à ces demandes.

Nous avons aussi mis en place Festik.live, une plateforme pour les organisateurs désireux de diffuser des spectacles en ligne, en général en direct. Nous l’avons associé avec un système de billetterie ou de dons afin de pouvoir monétiser l’événement. Cela a été utilisé pour le festival d’humour Le Printemps du rire, le 13 mars dernier. C’est une solution alternative aux réseaux sociaux, qui risquent d’être les grands vainqueurs de cette crise. Les Gafam [1] veulent, avec des offres de service très intéressantes, s’imposer comme les seuls à organiser des événements live en ligne. Il est important de proposer une alternative.

Festik fêtera ses dix ans en 2022. Quel bilan tirer de cette quasi-décennie ?
Festik a été créé en 2012 dans le cadre d’un festival toulousain nommé Cuba Hoy. Nous sommes partis, depuis, sur un développement raisonnable. Nous sommes restés une société indépendante. Nous n’avons pas fait de grande levée de fonds, nous n’avons pas recherché d’actionnaires. Ce qui nous permet aujourd’hui de traverser la crise sans avoir de compte financier à rendre.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Festik.Live est un projet qui va vivre le temps de la crise. Nous sommes beaucoup plus motivés par le spectacle vivant. Nous avons des projets de développement dans ce sens. Nous avons, par exemple, une idée pour laquelle nous devrions être épaulés par la Région Occitanie. Le projet, en cours d’élaboration, devrait voir le jour d’ici un an ou deux.

J’aimerais m’adresser aux organisateurs qui prévoient des choses pour cet été. Il ne faut pas qu’ils se fassent de soucis. Nous sommes là si vous voulez organiser un événement. Nous avons l’expérience de cette situation. On veut aussi rassurer les spectateurs. Au pire des cas, vous n’aurez aucuns souci pour vous faire rembourser.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : Étienne Kemlin, le fondateur de la société de billetterie en ligne Festik. Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.

P.S. :

Festik posséde six salariés. Avant-crise, en 2019, son chiffre d’affaires était de 5,3 millions d’euros.

Notes

[1L’acronyme Gafam est formé par l’initiale des cinq entreprises américaines, géants du numérique, que sont Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft.

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Source : https://www.touleco.fr/Etienne-Kemlin-Festik-Etre-independant-nous-a-aide-a-traverser,30877