Institut européen des fusions-acquisitions (eM&Ai) : « Répertorier les bonnes pratiques »

En mai 2022, l’Institut européen des fusions-acquisitions, l’eM&Ai, a vu le jour. Une initiative portée par Toulouse School of Management (TSM), HEC Lausanne et Lancaster University Management School (LUMS). Nicola Mirc et Audrey Rouzies, chercheuses à TSM, nous explique les objectifs de cette nouvelle organisation.

Audrey Rouzies, Nicola Mirc, pourquoi cet institut européen des fusions-acquistions [1] ?

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Audrey Rouzies : Nous avons toutes les deux soutenues des thèses sur les fusions-acquisitions. Nous travaillions depuis une vingtaine d’années sur le sujet. Depuis quinze ans, nous organisons une session de conférences au niveau européen au sein de l’European Academy of Management, créant ainsi des collaborations étroites avec des collègues chercheurs. Nous avons voulu formaliser tout cela en créant cet institut. L’idée est aussi de mettre en relation universitaires et professionnels, qui ont parfois tendance à s’ignorer, lors d’événements en présentiel ou en ligne.

Nicola Mirc : Nous prévoyons d’organiser, une fois par an, un congrès pour réunir experts scientifiques et représentants d’entreprises. La première édition aura lieu à l’automne à Toulouse. Nous sommes en train de réfléchir aussi à des initiatives en ligne plus ponctuelles, plus ciblées thématiquement, ce qui permettra de fédérer plus de personnes au niveau international. Au niveau purement scientifique, on prévoit des temps d’échange tous les deux mois.

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L’institut a lancé, en mai, une enquête au niveau européen. Quel est son objectif ?
N.M. : Nous avons envoyé un questionnaire à toutes les entreprises qui ont mené une acquisition en 2021 en Europe. Il porte surtout sur les objectifs des acquéreurs. Nous cherchons à savoir comment le contexte influe sur leurs décisions stratégiques. Ces résultats seront présentés lors de notre premier congrès. Nous allons reconduire cette étude chaque année, en recontactant les sociétés déjà étudiées. L’objectif est de construire une base de données très complète.

A.R.  : Quand deux entreprises s’engagent dans une fusion ou une acquisition, c’est un enjeu stratégique avec des conséquences humaines et financières. Une entreprise qui a réussi ne va pas expliquer à ses concurrents comment faire pour réussir. Il n’y a pas de partage de connaissances. Nous, chercheurs, nous voulons créer une banque d’informations pour les entrepreneurs sur les bonnes pratiques en la matière.

Comment évoluent les fusions-acquisitions en ce moment ?
N.M. : II y a eu une très forte hausse des fusions-acquisitions en 2021. En France, en Europe et dans le monde. Cela devrait être la même chose en 2022. Même si on voit qu’en France, on est en dessous des résultats escomptés au premier semestre. Les acquisitions se font autour des projets technologiques et numériques d’un côté, et des solutions environnementales de l’autre.

Ces opérations sont risquées. Elles échouent souvent...
A.R. : Historiquement, nous estimons entre 50 et 70 % le taux d’échec d’une opération d’acquisition. C’est-à-dire qu’elles n’atteignent pas les objectifs définis en amont de l’opération. Après, on peut débattre de cette notion « d’échec ». Comment mesurer la performance ? Parle-t-on d’une performance comptable, humaine, technologique, durable ?

N.M. : Dans le rachat des start-up technologiques par des grands groupes, il y a souvent un très grand risque de perte de valeur. La jeune pousse était innovante parce qu’autonome, très flexible. L’intégration dans un grand ensemble peut créer davantage d’inertie. Comment acquérir des sociétés extrêmement agiles sans détruire leurs valeurs ? C’est la question qui anime nos recherches.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : Le lancement de l’Institut européen des fusions-acquisitions, l’eM&Ai [2] à la conférence européenne Euram (European Academy of Management), avec quatre des membres fondateurs, de gauche à droite : Audrey Rouzies (Toulouse School of Management), Florian Bauer (Lancaster University Management School), Xavier Castañer (HEC Lausanne) et Nicola Mirc (Toulouse School of Management). - Crédit : L’eM&Ai.

Notes

[1La fusion-acquisition, désigne l’achat d’une ou plusieurs sociétés par une ou plusieurs autres, acquisition qui conduit parfois à la création d’une nouvelle entité. Ces fusions-acquisitions doivent permettre aux entreprises d’accéder à de nouveaux marchés, de faire des économies d’échelle et, dans certains cas, de se diversifier et de s’ouvrir sur l’international.

[2Fusions et acquisitions se dit Mergers and acquisitions en anglais.

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Source : https://www.touleco.fr/Institut-europeen-des-fusions-acquisitions-Repertorier-les,34628