Le Carladez, le grand nord aveyronnais

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Des gorges de la Truyère jusqu’au lac de Sarrans en passant par le plateau d’altitude du Carladez, le nord de l’Aveyron parle aux visiteurs en quête de bout du monde. Cette région sauvage et préservée, qui flirte avec le Cantal d’un côté, de l’autre avec l’Aubrac, est l’une des plus septentrionales d’Occitanie. À l’écart des grandes routes touristiques, elle se parcourt au fil de paysages surprenants en mettant toujours le cap au nord.

Le voyage commence à Entraygues-sur-Truyère, au nord de l’Aveyron. C’est là que la Truyère vient se jeter dans le Lot au terme d’une course de 170 kilomètres depuis la Lozère entre l’Aubrac, le Cantal et le plateau du Carladez. Les ruelles anciennes de la cité qui fut aussi un grand port d’où partaient les gabarres vers Cahors, transportant bois, vin et seigle, valent le coup d’œil.

Avant de mettre le cap au nord pour rejoindre la pointe septentrionale de l’Aveyron, un détour s’impose par le village perché du Fel et son vignoble en terrasses dominant la vallée du Lot. C’est le lieu qui a été choisi pour implanter le Don du Fel, pôle de référence européenne dédié à la céramique européenne. Imaginé par l’architecte ruthénois Jacques Lacombe, ce bâtiment étonnant se compose de vastes cylindres en tôle ondulée, agencés en quinconce. Il abrite une galerie de renommée internationale et l’atelier de production de la Poterie du Fel où officient l’artiste Suzy Atkins et son fils Kélian, passés maîtres dans la technique du grès au sel.

Retrouvons ensuite la Truyère pour rejoindre à contre-courant de ses eaux, sur la route de Lacroix-Barrez, le village de Valon et son château, construits sur un éperon rocheux, qui sont depuis le XIVe siècle les gardiens d’un décor naturel somptueux. Dans l’édifice, un escalier de 111 marches en pierre permet d’accéder au sommet du donjon. Depuis son toit-terrasse, à 25 mètres de haut, la vue à 360 degrés est imprenable sur les gorges de la Truyère dont on devine les pentes abruptes. Elle révèle aussi l’organisation « en ruban » du village de Valon, ses maisons aux toits de lauze, typiques du Carladez et son patrimoine rural amoureusement conservé, ses séchoirs à châtaignes, ses fours et même une ancienne aire de battage de céréales matérialisée par une grande dalle de schiste. Ne partez pas sans avoir emprunté le sentier des coultades, ces parcelles en terrasse plongeant vers la Truyère où il y a moins d’un siècle les habitants cultivaient légumes et fruitiers.

Reprenons la route pour rejoindre le bourg médiéval de Mur-de-Barrez. Sa tour Monaco incarne à elle seule cette région du Carladez qui fut donnée par Louis XIII aux princes de Monaco en échanges de terres en Italie. Elle ne fut rattachée à la France qu’à la Révolution et s’étire depuis entre deux départements, sous le nom Carladès côté Cantal, le « s » final étant remplacé par un « z » côté aveyronnais. L’identité auvergnate de Mur-de-Barrez se retrouve dans son climat montagnard et dans le panorama qu’offre cette cité tranquille, depuis l’esplanade du château. L’édifice a disparu mais il reste la vue au loin sur le Plomb du Cantal, point culminant du plus grand volcan d’Europe qui domine au nord à 1855 mètres.

Cette échappée nous ramène dans la vallée de la Truyère, au bord du lac artificiel de Sarrans. Plus précisément sur la presqu’île de Laussac, un lieu totalement magique, né de la mise en eau du barrage hydroélectrique entre décembre 1933 et mai 1934. Surnommé autrefois « Petite Nice » pour son climat et ses cultures prospères, le village de Laussac, à la confluence de la Truyère et du Brézons, a été en partie englouti et il n’est aujourd’hui relié au reste du monde que par un isthme étroit. Quelques maisons éparses en pierre de schiste et de basalte, une chapelle romane du XIIe siècle et son cimetière, une prairie verdoyante plongeant vers le lac composent son paysage unique, sans doute l’un des plus beaux de l’Aveyron.
Johanna Decorse

Sur les photos :
> Construit sur un éperon rocheux, le château de Valon offre un panorama à 360° à la fois sur les gorges de la Truyère et sur le village de Valon qui a pris soin de conserver le patrimoine rural et la mémoire de ses anciens habitants.
> Née de la mise en eau du lac de Sarrans qui forme à cet endroit comme des fjords et s’étend sur plus de 1000 hectares le long de la Truyère, la presqu’île de Laussac est reliée au reste du monde par un isthme étroit. Son village abrite encore plusieurs maisons et une chapelle romane du XIIe siècle. Crédits : B.Colomb

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Source : https://www.touleco.fr/Le-Carladez-le-grand-nord-aveyronnais,54245