Et si l’avenir des librairies était en partie entre leurs pattes ? Stars des foyers et des réseaux, les chats sont aujourd’hui aussi des libraires depuis le lancement de Mon Chat Pitre en 2021, à Aix-en-Provence. Le concept commence à essaimer ailleurs en France (Colmar, Bordeaux, Versailles) et, depuis juin, à Toulouse, en attendant une ouverture prochainement à Albi, dans le Tarn. C’est une ancienne journaliste à LCI, au nom prédestiné, Solène Chavane, qui a eu cette idée astucieuse.
« Ce concept m’est venu un matin, en voyant mon chat Moustache, allongé sur un livre. Je savais que des bars à chats existaient mais des librairies, non. Pourtant, les deux vont très bien ensemble. On combine la sérénité apportée par un moment de lecture à l’apaisement que procure le chat », raconte la fondatrice. Elle se lance dans cette aventure avec son ex-mari, lui aussi journaliste, Jean-Philippe Doux, et le succès est au rendez-vous. En quatre ans, la librairie passe de 285.000 euros à 565.000 euros de chiffre d’affaires. Et, sur les réseaux sociaux, c’est le carton. Mon Chat Pitre revendique 60 millions de vues et plus de 100.000 abonnés. « Des personnes venaient spécialement à Aix pour la librairie. Ce retour très enthousiaste d’une clientèle venant parfois de loin, voire de l’étranger, a été une belle surprise », reconnaît l’entrepreneure aixoise.
En 2024, Mon Chat Pitre lance son réseau en licence de marque. « Nous avons eu beaucoup de demandes. Nous avons sélectionné des personnes qui avaient bien conscience des difficultés de tenir une librairie. Diriger un Mon Chat Pitre, c’est un business, une tâche exigeante, ce n’est pas lire des livres en caressant des chats toute la journée », rappelle avec un poil d’humour Solène Chavane.
Métier difficile et chats européens
Dans la Ville rose, c’est un duo mère-fille, les pieds bien sur terre, qui dirige la “ronron-librairie,” Stéphanie Losteller et Annaëlle Blin. « L’aspect gestion d’entreprise ne me fait pas peur. J’ai travaillé pendant vingt-cinq ans en boulangerie du côté d’Aix. J’ai démarré très jeune. Avec mon mari, nous avons eu jusqu’à trente points de vente à travers le territoire et 300 salariés », conte Stéphanie Lotsteller, qui a vite saisi les défis et les complexités du métier de libraire. « Il y a plus de libraires qui ferment que de librairies qui ouvrent actuellement en France. Le système du livre est tellement ardu qu’en gérant une librairie, on ne vise pas vraiment la rentabilité, mais plutôt l’équilibre financier. Nous avons un coin salon de thé qui nous permettra de consolider notre modèle », confie la néo-libraire. Les gourmands pourront en effet goûter, au fond de la librairie et en sous-sol, cookies, cheesecakes et autres mets délicieux en sirotant café, chocolat ou thé matcha(t).
Cette aventure, Stéphanie la mène avec Annaëlle [1], sa fille, qui a réalisé des études de lettres puis de médiation culturelle. Elles partagent toutes les deux « un amour des polars, de la SF et du fantastique ». « Mais on trouve de tout dans la librairie. Nous avons essayé de maintenir un rayon jeunesse conséquent. Nous prenons la suite de la Librairie Tire-Lire, qui était une institution dans le domaine et dont le départ a attristé beaucoup de monde », admet Stéphanie Losteller.
Parlons enfin des chats libraires. Si deux d’entre eux, venus d’Ibiza, ne montrent pas encore leurs moustaches, Rudy, magnifique chat noir venu de l’île grecque de Crète, et Fleur, chatte Isabelle tarnaise, ont déjà leurs premiers fans. « Rudy a un port très altier. Il est déjà très à l’aise avec nos clients. Nous sentons que ce sera notre petite star », indique avec humour sa patronne. À noter que les chats de la librairie sont issus de refuges et d’associations et que l’établissement est en lien avec un vétérinaire pour s’assurer de leur parfait bien-être.
Stéphanie Losteller est enthousiasmée par « le dynamisme culturel » de la Ville rose et par « le bon accueil » des autres librairies toulousaines. « Libraire, c’est un métier difficile, mais il y a une forme de solidarité entre nous. Plusieurs confrères, en particulier du quartier, m’ont exprimé le soulagement que le lieu reste une librairie », indique la néo-Toulousaine. Maintenant, la “ronron librairie” du 24 rue de la Bourse attend d’accueillir le plus de bibliophiles et d’aillurophiles [2] possibles. Auparavant, ces derniers devaient se contenter du Chapristea, le seul bar à chat de la ville situé dans la bien appropriée rue Chalande.
Matthias Hardoy
Sur les photos :
* Rudy, chat noir aux allures de petite panthère qui a le potentiel pour devenir la mascotte de Mon Chat Pitre dans la Ville rose. Va-t-il attirer le chaland dans la librairie ?
* Stéphanie Losteller, qui dirige Mon Chat Pitre Toulouse, et ses chats libraires Rudy et Fleur. Elle a été vingt-cinq ans dans le monde de la boulangerie.
*Annaëlle Blin, qui a fait des études littéraires et en médiation culturelle, a monté le Mon Chat Pitre toulousain avec sa mère Stéphanie Losteller. Le lieu, qui devait ouvrir fin avril, a finalement ouvert ses portes début juin car les travaux, notamment de mises au norme de la partie en sous-sol de la librairie, ont pris plus de temps que prévu. Les amateurs de chats peuvent pousser aujourd’hui un “miaouh” de soulagement.
Crédits : Rémy Gabalda-ToulÉco.
Un lieu d’événementiel culturel
Mon Chat Pitre devrait accueillir prochainement « des ateliers de lecture ou d’écriture et autres événements autour du livre et de la littérature ».



