Marjorie Lartigue-Chabbert, vous avez été élue le 21 mai dernier présidente de la Chambre des notaires. Quel fil conducteur souhaitez-vous donner à votre mandat ?
Je cultive une vision du notariat particulièrement humaine. Nous avons une formation juridique solide, nous rédigeons des actes, mais toujours, toujours, en lien avec des réalités humaines. Je souhaite renforcer notre accompagnement des personnes vulnérables, notamment celles en situation de handicap, car ce sont des personnes en demande d’accompagnement en matière de transmission, de protection, de mise en place de solutions financières adaptées. Nous avons les compétences pour leur apporter des réponses personnalisées et il est essentiel de les mettre à leur disposition.
Concrètement, comment comptez-vous développer cet axe ?
Plusieurs chantiers sont en cours ou à venir. D’abord, de la formation interne : nous avons besoin de renforcer certaines connaissances et de nous approprier des outils juridiques spécifiques. Ensuite, je voudrais mener des actions en collaboration avec des associations tutélaires et intervenir directement dans des établissements, ce qui nous permettra aussi de mieux identifier les besoins des personnes concernées. J’aimerais que nous commencions concrètement dès septembre. Deux ans de mandat (non renouvelable, NDLR), c’est court, il faut enclencher rapidement !
Nous pourrons également nous appuyer sur le programme national Not’isme, porté par le Conseil supérieur du notariat, qui apporte une réponse juridique aux familles concernées par les troubles autistiques, et la Fondation Notadon Occitanie, créée par la Chambre régionale, qui soutient des initiatives en faveur de l’inclusion.
Le marché immobilier a traversé une crise sévère qui a profondément affecté les notaires. Qu’en est-il actuellement ?
Je ne suis pas persuadée que nous ayons passé le plus dur. Le contexte international, auquel s’ajoute l’attentisme lié à l’année présidentielle, continue de peser. Notre profession n’avait jamais fait face à une crise d’une telle durée ; les précédentes étaient plus courtes. Cela nous a contraints à nous restructurer, et certaines études très tournées vers le neuf ont dû procéder à des licenciements. On a quand même constaté une reprise de l’activité immobilière fin 2025 et au premier trimestre 2026, avec quelques embauches à nouveau. Mais il faut aussi tirer les enseignements de cette période : nous avons sans doute trop concentré notre activité sur l’immobilier et délaissé d’autres domaines, comme le droit de la famille ou le droit des sociétés, où nous avons pourtant un vrai savoir-faire à faire valoir.
Quels autres enjeux identifiez-vous pour la profession ?
L’intelligence artificielle va prendre une place de plus en plus marquée, nous devons nous adapter à des clients qui arrivent désormais avec les réponses que leur a données l’IA. Notre valeur ajoutée sera de nuancer ou compléter ces réponses par notre connaissance fine du droit et des recommandations personnalisées pour nos clients, là où l’IA sera limitée. J’en reviens toujours à l’humain, car c’est bien là le cœur de notre profession et c’est aussi notre meilleure réponse à toutes ces évolutions.
Par ailleurs, l’unité de la profession, qui est précieuse, reste un enjeu. Sur notre cour d’appel, je crois que nous avons réussi à franchir le cap de la réforme Macron en conservant une belle cohésion, c’est important de ne pas la perdre de vue.
Un mot sur le centre d’apostille toulousain, ouvert l’année dernière. Tout se passe comme prévu ?
Oui, c’est un service qui marche bien. Il a fallu adapter les locaux et recruter du personnel, mais nous n’avons pas rencontré de dysfonctionnements jusqu’à présent.
Enfin, vous êtes la deuxième femme à prendre la présidence de cette chambre, dans une profession désormais très féminisée. L’égalité femmes-hommes chez les notaires reste un sujet ?
À mon sens, plus vraiment, même si la représentativité doit progresser. Le notariat est une profession historiquement très masculine, qui s’est, assez récemment, considérablement féminisée, comme beaucoup de métiers. Je pense que cette féminisation est très positive, la complémentarité est essentielle. Aujourd’hui, 59 % des notaires de notre cour d’appel sont des femmes. C’est un bon équilibre.
Propos recueillis par Marie-Dominique Lacour
Photo : Marjorie Lartigue-Chabbert. Crédit : M-D.L.-ToulEco.
