Ils empêchent les riverains de l’Aéroport Toulouse-Blagnac (ATB) de dormir sereinement. Les vols de nuit seront-ils un jour définitivement jetés aux oubliettes ? Le préfet d’Occitanie et de Haute-Garonne, Pierre-André Durand, a en tout cas présenté, courant de semaine dernière, les conclusions de l’étude d’impact sur le sujet. Un travail qui avait démarré en septembre 2023. Après plus de deux ans de discussions avec les acteurs aériens et les associations de riverains, le préfet fait plusieurs propositions à l’État.
Tout d’abord, il souhaite une interdiction des décollages programmés entre 23 heures et 6 heures et des atterrissages entre 23h30 et 6 heures. La mise en œuvre de cette mesure pourrait conduire à la suppression annuelle de 297 vols de nuit au départ et de 441 à l’arrivée. Pierre-André Durand demande par ailleurs la suppression, d’ici fin 2028, du vol actuellement opéré par Chronopost en milieu de nuit. Cette interdiction pourrait permettre la suppression de 240 vols par an en 2029.
Ces mesures devraient entrer en application à la fin 2026 mais doivent auparavant suivre un processus règlementaire assez long. Après avoir été transmises à l’État et fait l’objet d’un arrêté interministériel, elles seront soumises à la consultation de plusieurs instances (commission consultative de l’environnement de l’aéroport, consultation du public, avis de l’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires et commission européenne).
« Seule la mise en place de pénalités peut contraindre les compagnies aériennes à changer leurs pratiques »
Autre annonce de Pierre-André Durand, la création par arrêté préfectoral d’un comité de surveillance du trafic en cœur de nuit, qui viendra remplacer l’actuel observatoire créé en 2011. Le comité se réunira plus souvent que l’observatoire, passant d’un rythme semestriel à trimestriel. Enfin, le préfet annonce le lancement, dès début 2026, du nouveau plan de prévention du bruit dans l’environnement (PPBE). Le précédent plan est toujours en application alors que ses recommandations devaient s’appliquer seulement jusqu’en 2023. Le nouveau plan va concerner la période 2026-2029. « Nous avons abouti à une solution équilibrée. L’objectif, c’est qu’elle soit la plus robuste juridiquement. Si les mesures annoncées sont moins restrictives que celles évoquées en 2024, c’est que les vols de nuit sont moins nombreux aujourd’hui. Ils ont atteint leur niveau le plus bas depuis 2010 », affirme Pierre-André Durand.
Du côté des associations mobilisés contre les nuisances aériennes, on est moyennement satisfait. « La bonne nouvelle pour nous, c’est la suppression du vol de Chronopost. Pour les interdictions de programmation, c’est bien, mais cela ne va pas assez loin. Il n’y aura pas de pénalités pour les compagnies débordant au-delà de ce nouveau planning, donc cela va rester très théorique. Seule la mise en place de pénalités peut contraindre les compagnies aériennes à changer leurs pratiques. On l’a vu à Nantes. Sinon, elles vont toujours trouver des excuses à des retards », considère Jérome Favrel, du Collectif contre les nuisances aériennes de l’agglomération toulousaine (CCNAAT). « Nous pensons que la mise en cause publique des “mauvais élèves” ne suffira pas. Je ne pense pas que la préfecture mette de la mauvaise volonté mais, à Toulouse, l’aéronautique a un tel poids économique que l’on n’aboutit aujourd’hui qu’à de petites avancées. »
Matthias Hardoy
Sur la photo : Un avion décolle aux alentours de 20 heures de l’aéroport Toulouse-Blagnac. Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.
